Revenir à la rubrique : Faits divers

Assassinat de Maximin Chane Fane: 25 et 20 ans de réclusion criminelle pour Georget et Kevin Hoarau

Georget et Kevin Hoarau viennent d'être condamnés respectivement à 25 et 20 ans de réclusion criminelle pour l'assassinat de Maximin Chane Fane. Lors d'une condamnation pour assassinat, une mesure de sûreté de la moitié de la peine prononcée est automatiquement appliquée pour les condamnations au-delà de 10 ans de réclusion criminelle.

Ecrit par 2181159 – le mercredi 16 mars 2022 à 16H27

Le verdict est tombé dans l’affaire du sordide assassinat de Maximin Chane Fane. Georget et Kevin Hoarau, père et fils, viennent d’être condamnés respectivement à 25 et 20 ans de réclusion criminelle. A ses condamnations sont assorties une peine de sûreté de moitié (soit 12 ans et demi et de 10 ans) qui est appliquée automatiquement lorsqu’il s’agit d’un assassinat. 

Peu avant midi en ce troisième et dernier jour de procès d’assises, l’avocate générale avait requis 30 ans de réclusion criminelle assortis d’une peine de sûreté de 20 ans à l’encontre des deux assassins présumés de l’ancien commerçant, sauvagement tué en mars 2019. 

Le père et le fils étaient accusés d’avoir volontairement donné la mort à leur propriétaire à qui ils devaient un reliquat de deux mois de loyer. Les deux hommes avaient attiré Maximin Chane Fane, un homme connu et reconnu pour sa gentillesse et sa bienveillance, dans un piège.

Ils l’avaient invité ce dimanche 3 mars 2019 à venir discuter de leurs dettes. Assis dans le salon, le malheureux avait été attaqué par derrière par Kévin Hoarau qui s’était caché dans la salle de bain, un couteau à la main. S’en était suivi un véritable massacre, la victime sans défense ayant reçu une vingtaine de coups de couteau de façon gratuite et infiniment cruelle.

La scène s’était achevée dans un bain de sang avant que les deux sauvages ne lui fassent les poches, ne lui dérobent ses clés de voiture et partent tranquillement boire des bières et faire un billard. Lors des deux premiers jours de procès, Georget et Kévin Hoarau, interrogés sur leur geste, n’ont pas été capables d’en expliquer les raisons. 

« La vie de Maximin Chane Fane pour eux valait 1300 euros »

En ce dernier jour de procès, Me Djalil Gangate, avocat de la partie civile, a décrit un immense sentiment d’injustice. « C’était un homme qui faisait des choses ordinaires avec un amour extraordinaire ».  La robe noire a rappelé l’aspect sordide des faits : le plan échafaudé, l’attaque par derrière et le coup de couteau dans une zone vitale, la carotide. Puis la manipulation du corps d’un homme qui agonise et le massacre à l’abri des regards indiscrets, « il fallait le finir ». Pointant du doigt « les deux bouchers qui s’en vont jouer au billard et boire des bières », Me Gangate a aussi insisté sur la préméditation, le passage à l’acte sans aucune remise en question, et évoqué l’erreur de procédure permettant à Kevin et Georget Hoarau de comparaître libres, « une deuxième injustice pour la famille de Maximin Chane Fane ».

Simona Pavel, l’avocate générale, a de son côté introduit ses réquisitions en rappelant que « la vie humaine n’a pas de prix ». « Le fil de la vie de Maximin Chane Pane a été rompu par la volonté de deux hommes, des assassins », a-t-elle déclaré. La représentante de la société a appuyé sa démonstration sur le côté rationnel de ce crime dans sa préparation. « Ce qui frappe dans cette histoire, c’est l’unanimité concernant la victime en ce qu’elle était conciliante et bienveillante et d’autre part l’absence d’explications des accusés », a-t-elle mis en avant.

« La vie de Maximin Chane Fane pour eux valait 1300 euros, le montant de leur dette. Et pour cette raison, les deux hommes ont commis l’horreur absolue en allant jusqu’à humilier le corps d’un homme égorgé, lardé de 14 coups de couteau dans tous les organes vitaux puis fracassé par des coups de poings et de pieds au visage », a-t-elle ajouté. « Mais ça ne suffisait pas. Ils lui ont fait les poches et volé les clés de sa voiture avant de partir se promener sur le front de mer de Saint-Pierre comme si tout était normal ».

Pour ces deux personnes « normales » qui vivent « normalement » depuis deux ans et qui considèrent cet assassinat comme « une parenthèse », le parquet général avait ainsi décidé de requérir 30 ans de réclusion criminelle assortis d’une peine de sûreté de 20 ans.
 

En défense, Me Tina Diot a fait valoir que son client Kevin Hoarau avait toujours été constant dans ses déclarations et n’avait jamais tenté de minimiser les faits. « C’est grâce au souvenir de son adolescence dans la rue qu’il a trouvé le courage de planter la victime », a déclaré la robe noire. 

« Je demande pardon et je regrette sincèrement mon acte »

Selon cette dernière, c’est son père qui lui aurait expliqué où frapper et qui lui aurait demandé de faire les poches de la victime et de lui dérober les clés. Ensuite, Kevin Hoarau aurait tout occulté, ne cessant de s’alcooliser jusqu’à atteindre les 3g/l dans la soirée. « Une dissociation de sa personnalité », a plaidé son conseil.

Pour la défense de Georget Hoarau, son avocate décrit un homme travailleur, sans histoire, dont les deux années de liberté surveillée lui ont permis de prendre conscience et d’évoluer. Comme sa consœur, Me Virginie Von Pine a insisté sur les qualités humaines de son client. « Grâce à l’introspection de son année de détention provisoire, il a prié et demandé pardon. Aussi monstrueux que soient les faits vous n’avez pas un psychopathe ou un pervers devant vous mais un être normal qui a une part de monstruosité », a conclu la robe noire.

Juste avant la suspension d’audience, Michel Carrue, président de la cour, a donné la parole en dernier aux deux accusés.

« Je demande pardon et je regrette sincèrement mon acte », dit Georget Hoarau. Même son de cloche pour le fils.

A 14H15, les jurés sont allés délibérer. Le verdict, donc en-deça des réquisitions, est tombé peu avant 16H30 au terme d’une troisième journée d’audience.

Les réactions de Me Djalil Gangate, avocat de la famille Chane Fane, de Me Virginie Von Pine, avocate de Georget Hoarau et de Me Tina Diot, avocate de Kevin Hoarau, à l’énoncé du verdict :

Thèmes :
Partagez cet article:
S’abonner
Notification pour
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Dans la même rubrique

Trafic de drogues de synthèse : Le psychonaute sévèrement condamné

Des substances psychédéliques par kilo importées par colis postal de Chine où elles sont fabriquées par des laboratoires ont inondé La Réunion. Ces cristaux qui imitent la cocaïne ou les amphétamines ne seraient pas de la drogue, selon un trentenaire rejugé à sa demande par la cour d’appel en novembre 2023. Celui-ci s’est réclamé de sa consommation personnelle et n’a pas manqué d’imagination pour justifier son train de vie. Mais il n’a pas convaincu la cour dont la décision tombe comme un couperet.

Trottinettes électriques : La police contrôle et verbalise

Ce jeudi matin, les policiers de Saint-Denis avaient dans leur viseur les propriétaires de trottinettes électriques. Comme indiqué sur la page Facebook de la Police Nationale de La Réunion, de nombreuses infractions ont été relevées et de nombreuses verbalisations ont été dressées.

Opération Place Nette : Trois individus interpellés pour port d’arme

Les fonctionnaires de la police nationale de La Réunion ont effectué des contrôles dans le cadre de l’opération « place nette » ce mercredi à Saint-Denis. À ce titre, cinq personnes ont été interpellées dans le quartier de Sainte-Clotilde, indique la police sur sa page Facebook.

Tentative de meurtre au carré cathédrale : Avant son jugement en appel, le suspect souhaite retrouver la liberté

Un acquittement pour tentative de meurtre « incompréhensible » selon le parquet général qui a fait appel de la décision de la cour d’assises prononcée en septembre dernier. Julien G. est poursuivi pour avoir planté une lame dans la carotide d’un touriste suite à une discussion animée sur fond d’alcool avec des touristes en décembre 2020 au centre-ville de Saint-Denis. Il souhaite attendre son nouveau procès en liberté.