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Ananas, letchis, fruits de la passion : un partenariat clé avec la BRED pour éviter la crise

Ecrit par S.I. – le mercredi 26 novembre 2025 à 07H55

Un accord stratégique vient d’être signé pour structurer durablement les filières ananas, letchis et fruits de la passion à La Réunion. Objectif : mieux accompagner les producteurs, renforcer la transformation locale et sécuriser des débouchés face à une demande en hausse.

La filière fruits de La Réunion a franchi une étape importante avec la signature d’un partenariat quadripartite réunissant la BRED Banque Populaire, la coopérative Anafruit et la société Boyer SA. Cette convention, officialisée ce mardi 25 novembre, s’impose comme un nouvel outil destiné à sécuriser la trésorerie des exploitations d’ananas, de letchis et de fruits de la passion, trois productions emblématiques du territoire mais fragilisées ces dernières années par une baisse des subventions et des cycles agricoles exigeants. 

Ce partenariat repose sur un mécanisme de financement simple et adapté, permettant aux agriculteurs d’accéder à une trésorerie de court terme calibrée selon la structure de leur exploitation. Les producteurs d’ananas pourront bénéficier d’un apport de 15.000 euros, ceux qui cultivent également le letchi auront accès à 30.000 euros, tandis que les exploitations intégrant les trois cultures pourront solliciter jusqu’à 60.000 euros. 

Des aides privées pour compenser la baisse des subventions

Pour Gaël Dijoux, président de la coopérative Anafruit, cette convention apporte une réponse concrète à une urgence financière. Il rappelle que la culture de l’ananas impose un cycle de production long, de seize à dix-huit mois, et mobilise une trésorerie importante avant toute rentabilité. Il souligne que les agriculteurs ont été fragilisés par "le défaut des subventions, parce que le FEADER n’accompagne plus l’ananas", et par un soutien départemental jugé insuffisant face aux besoins réels de la filière. Les demandes formulées début novembre estimaient le besoin annuel à environ 1,2 million d’euros, loin des 400.000 euros envisagés par la collectivité.

Lire aussi : Vers un ananas à 5 euros : la filière tire la sonnette d’alarme

Cette situation a nourri une passe d’armes entre Anafruit et le Département. De son côté, Serge Hoareau, premier vice-président du conseil départemental en charge de l’agriculture, rappelle que le précédent dispositif mis en place lors du Salon de l’agriculture relevait d’un plan de relance temporaire, arrêté le 31 décembre 2024 en accord avec les représentants. Il insiste sur les limites financières actuelles, d’autant que l’Europe ne reconnaît pas l’ananas comme une culture pérenne, ce qui limite l’accès aux cofinancements. Selon lui, le Département peut accompagner la filière mais ne peut "pas payer tous les frais" dans un contexte de restriction budgétaire globale.

La BRED et Boyer SA, acteurs clés du dispositif

La BRED Banque Populaire joue un rôle central dans ce dispositif. Christophe Allein, directeur régional Réunion-Mayotte, explique que la banque souhaite soutenir l’emploi agricole, la production locale et la souveraineté alimentaire du territoire. Il insiste sur l’importance d’être présent dans les moments où les exploitants font face à des tensions financières, notamment après le passage du cyclone Garance.

La société Boyer SA, exportateur de la marque Philibon, apporte quant à elle une caution partielle et assure la commercialisation pour l’export, un rôle clé pour sécuriser les flux financiers.

Maintenir la production locale face à l'importation

Pour les producteurs, ce partenariat représente une opportunité de maintenir la production locale et d’éviter un recours accru aux importations. Gaël Dijoux insiste sur l’importance de préserver les filières existantes pour garantir un approvisionnement régulier et soutenir la transformation locale. Il estime que ce nouveau mécanisme de financement, plus simple et plus accessible, pourrait véritablement changer la donne pour une agriculture réunionnaise en quête de stabilité.

"Il ne faut pas oublier que nous supportons les coûts de la France à tous les niveaux et que juste à côté de l'île se trouve par exemple l'île Maurice qui a des coûts bien moindre de production et qui est un gros concurrent", insiste pour sa part Joël Boyer, dirigeant de Boyer SA. 

Avec cette convention, les trois acteurs cherchent à consolider des filières essentielles à l’économie locale et à redonner aux planteurs la capacité d’investir, de produire et de se projeter. Dans un contexte où les aides publiques tendent à se réduire et où les filières agricoles doivent se réinventer, cet accord marque peut-être le début d’un nouveau modèle de soutien, plus réactif et plus ancré dans les réalités du terrain.

Etiquettes : Agriculture

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