Airbags Takata : un distributeur automobile réunionnais mis en examen pour blessures involontaires

C’est une première en France. Leal Réunion a été mis en examen dans le cadre du scandale mondial des airbags Takata, après qu’un conducteur grièvement blessé a porté plainte. Le distributeur conteste toute négligence.
L’affaire Takata, aux ramifications mondiales, rebondit à La Réunion. Pour la première fois en France, un distributeur automobile a été mis en examen pour blessures involontaires, à la suite d’un accident impliquant un airbag défectueux. Leal Réunion, qui commercialise notamment des BMW sur l’île, a été mis en cause dans une information judiciaire ouverte à Saint-Pierre, après un accident survenu en mai 2020 dans les hauts du Tampon. Ce jour-là, Sébastien, 35 ans, a été gravement blessé au visage lors d’une sortie de route à bord de sa Série 3. L’explosion violente de l’airbag, dont le gonfleur s’est transformé en projectile, a brisé sa mâchoire, tranché une oreille, et laissé des séquelles neurologiques irréversibles.

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Pour les enquêteurs, la responsabilité de Leal Réunion pourrait être engagée pour ne pas avoir informé à temps les conducteurs du danger, alors même que les défauts des airbags Takata étaient déjà identifiés à l’échelle internationale. Le juge d’instruction a retenu à ce stade une violation manifeste d’une obligation de sécurité ayant causé une incapacité de plus de trois mois.
De son côté, Leal Réunion réfute tout manquement. Entendu fin mars, un dirigeant de la société a affirmé avoir alerté les clients concernés "dans la limite des moyens disponibles", évoquant notamment les difficultés à obtenir les coordonnées précises des détenteurs de véhicules. Selon une expertise judiciaire, les rappels ciblés n’auraient toutefois réellement démarré qu’en juillet 2020, soit deux mois après l’accident de Sébastien. Un retard jugé lourd de conséquences par la victime, toujours dans l’attente de réparation.
L’avocat de Leal Réunion plaide pour un passage sous le statut de témoin assisté, estimant que la dangerosité réelle de ces airbags était encore méconnue à l’époque, et que l’accès aux données d’immatriculation avait été refusé par l’État. Au niveau mondial, les airbags Takata ont causé au moins 60 décès en quinze ans, dont 18 en France. Depuis un récent rappel fin juin, 1,7 million de véhicules sont désormais interdits de circulation jusqu’au remplacement du dispositif incriminé.


