Accusations visant Vincent Fontano : après l’enquête des Jours, plusieurs associations réclament de rompre le silence

La publication d’une enquête du média national Les Jours mettant en cause le réalisateur réunionnais Vincent Fontano pour des faits présumés de viols et de harcèlement sexuel provoque de vives réactions à La Réunion. Plusieurs organisations féministes, syndicales et culturelles appellent à une prise de conscience collective. De son côté, l’intéressé conteste fermement les accusations.
Le monde culturel réunionnais est secoué depuis la publication, mercredi, d’une enquête du média national Les Jours consacrée au metteur en scène et réalisateur Vincent Fontano. Dans ce long article, quatre femmes témoignent et dénoncent des faits présumés de violences sexuelles, évoquant notamment de faux castings organisés au domicile de l’artiste à Saint-Denis. Deux d’entre elles accusent le cinéaste de viol, deux autres de harcèlement sexuel. Vincent Fontano rejette l’ensemble des accusations.
Même mode opératoire
Les témoignages publiés décrivent un même mode opératoire présumé : promesse de rôles, invitations à des essais privés, puis situations à caractère sexuel imposées ou suggérées. L’enquête revient également sur une plainte déposée en 2021, ayant abouti à un non-lieu en juillet 2023 faute de preuves matérielles, ainsi qu’une autre plainte pour harcèlement sexuel déposée en janvier 2026.
Dans la foulée, plusieurs organisations locales — NousToutes974, Mouvman FH+, la CGTR Spektak et l’Union des Femmes Réunionnaises — ont diffusé un communiqué commun particulièrement offensif. Elles estiment que les faits relatés dépassent le cadre d’« affaires individuelles » et révèlent « un problème structurel, profondément ancré dans les milieux professionnels, y compris dans le secteur culturel réunionnais ».
« La présomption d’innocence ne peut pas être utilisée comme un bouclier »
Les signataires dénoncent également l’usage de la présomption d’innocence comme rempart à toute remise en cause collective. « La présomption d’innocence ne peut pas être utilisée comme un bouclier pour éviter toute remise en question collective ni entretenir l’impunité des agresseurs supposés », écrivent-ils, appelant les institutions culturelles et les financeurs publics à prendre leurs responsabilités.
Le communiqué vise directement les structures qui continueraient à programmer ou soutenir des personnes mises en cause dans ce type d’affaires. « Continuer à soutenir, programmer ou légitimer, sans condition, des personnes mises en cause dans des affaires aussi graves, c’est prendre une responsabilité politique », préviennent les organisations.
« Il continue à contester avec la plus grande fermeté les accusations »
Interrogé par nos confrères de Réunion la 1ère, l’avocat de Vincent Fontano, Me Jean-Pierre Gauthier, affirme que son client maintient sa ligne de défense. « Il continue à contester avec la plus grande fermeté les accusations qui sont portées à son encontre », indique le conseil du réalisateur.
L’avocat insiste également sur la distinction entre parole des parties et vérité judiciaire. « Le vrai problème dans ce type d’affaires, ces affaires MeToo, c’est que vous avez d’un côté la vérité du plaignant, et de l’autre celle du mis en cause. Et puis vous avez la vérité judiciaire », a-t-il ajouté.
Selon ces mêmes déclarations, Vincent Fontano a également déposé plainte pour dénonciation calomnieuse après avoir été mis en cause.
Au-delà du cas personnel du réalisateur, cette affaire remet brutalement sur le devant de la scène la question des violences sexistes et sexuelles dans les milieux artistiques réunionnais. Et ravive, surtout, le débat sur le silence, l’entre-soi et les mécanismes de protection dénoncés par plusieurs témoins.


