La Possession : Un projet immobilier stoppé net par des riverains

La rue Alexandre Dumas, à Sainte-Thérèse, a du mal à retrouver sa sérénité d'antan. Posé au milieu de rangées de cases individuelles dont le regard plonge sur la ville du Port, la série de résidences Les Vergers du Soleil n'accueille pour l'heure aucun locataire. La faute à la résistance acharnée des riverains de la première heure.
Le permis de construire est accordé le 27 juillet 2007 à la société immobilière Novamonde. La première entorse au plan local d'urbanisme ne tarde pas, à en croire les voisins. Une série de résidences est montée en lieu et place "d'habitations individuelles à caractère pavillonnaire noyées au sein d’espaces verts" comme le prévoit le PLU dans une zone dite UC. Le promoteur Sadeck Dindar fait valoir le respect de "la hauteur des appartements en R+1", comprendre rez-de-chaussée plus un étage.
A l'époque, un arrêté interruptif des travaux est pris par la mairie en juin 2009, sous la pression d'un collectif de quartier qui s’est formé entretemps pour protester. Sur ce point encore, Sadeck Dindar dirige ses remarques non pas à l'encontre d'un "soi-disant collectif" mais d'une seule et unique forte tête : "un riverain qui g…. plus fort que les autres", dit-il sobrement.
Le respect du cadre d'habitations ne serait pas la seule entorse aux règles de l'urbanisme. Le promoteur n’aurait pas respecté la largeur minimale de 5 mètres imposée par le PLU pour la voie d’accès. Constat sur place : il n’y a pas plus de 3,5m entre la lignée de murs des riverains et la clôture de la résidence de Novamonde. "5 mètres est la norme minimale permettant à deux voitures de se croiser ou encore pour que les véhicules de lutte contre l’incendie puissent faire demi-tour", évoquent les plaignants.
"Je construis, je régularise ensuite" : Une méthode locale bien connue
La dernière étape notoire est la levée de l'arrêté interruptif de travaux en date du 24 mai 2012 signé du maire lui-même. La voie sans issue qui desservait jusque-là les six familles pourrait bien déboucher sur un chemin desservant l'ensemble du quartier en forme de boucle autour de la résidence Les Vergers du Soleil.
L'étonnement des riverains est à son paroxysme. "Nous n'avons vu aucun panneau réglementaire d'installé signalant la légalisation de la construction", explique Théo Thibur, habitant du coin depuis 26 ans.
Le promoteur attaque à son tour. "Les riverains n'ont rien dit dans la période de contestation légale du permis de construire (à comprendre le tout premier, celui de 2007, ndlr)". Par la suite, les mêmes riverains ont refusé une expertise de bornage à l'amiable selon le promoteur. Suivront donc deux bornages judiciaires pour "tenter" de mettre tout le monde d'accord. C'est sur les conclusions de ceux-ci que la mairie dit aujourd'hui s'appuyer pour délivrer le fameux sésame de reprise des travaux. Pour avoir une idée, sur place, le gros oeuvre est effectué. Les appartements se dégradent aujourd'hui sans occupants, un comble pour Sadeck Dindar. "Il faut que ces personnes se mettent en tête que la Réunion est un territoire restreint, avec de nombreuses zones protégées. On ne peut pas dire à tout bout de champ : je veux ma petite maison et pas de voisins en face", avance fermement le promoteur qui dit avoir sollicité à une dizaine de reprises un dialogue que lui aurait refusé le leader de la contestation.
Parmi les riverains justement, Raphaël Mithra ne se laisse pas bercer par l'évocation du foncier qui se fait de plus en plus rare à la Réunion. Il réfute aujourd'hui la politique du fait accompli : "je construis mon projet de résidences et je régularise ensuite" n'est décidément pas du goût de riverains remontés à bloc. Et ce n'est pas cette dernière appréciation du promoteur Sadeck Dindar qui viendra les calmer : "dans deux mois, c'est fait", annonce, serein, le promoteur.


