Accusé d’avoir drogué près de 300 femmes, l’ex-DRH du ministère de la Culture travaillait sous une fausse identité

Christian Nègre, ancien haut fonctionnaire du ministère de la Culture mis en examen dans une vaste affaire de soumission chimique, a tenté de reprendre une activité de consultant en ressources humaines à Paris sous une fausse identité.
Il se faisait appeler “Bernard”. Christian Nègre, 63 ans, ancien directeur des ressources humaines du ministère de la Culture, proposait ses services comme consultant et coach en ressources humaines auprès d’un cabinet parisien, sans dévoiler sa véritable identité.
L’ancien haut fonctionnaire est pourtant au cœur d’une importante enquête judiciaire. Il est accusé d’avoir administré à leur insu du furosémide, un puissant diurétique, à des femmes rencontrées notamment lors d’entretiens d’embauche, afin de les contraindre à uriner devant lui.
En novembre 2017 par exemple, Christian Nègre aurait contacté une femme via LinkedIn pour un échange préalable à un entretien d’embauche. Le jour de l'entretien, il lui aurait proposé un thé dans son bureau avant de faire durer le rendez-vous pendant plusieurs heures. La victime présumée, qui aurait ressenti une très forte envie d’uriner après avoir consommé la boisson, aurait finalement été orientée vers des “toilettes privées” situées dans le bureau de Christian Nègre.
Tous les faits présumés se seraient déroulés entre 2009 et 2018, au ministère de la Culture à Paris puis à la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) du Grand Est, à Strasbourg, où il avait été muté en 2016.
Près de 300 victimes présumées sont aujourd’hui recensées.
Un fichier recensant 181 femmes découvert
L’affaire avait éclaté en 2018 après que Christian Nègre avait été surpris en train de photographier sous une table les jambes de la sous-préfète de Moselle. Il avait alors été suspendu.
Au cours de leurs investigations, les enquêteurs avaient notamment découvert un fichier Excel baptisé “Expériences P”. Celui-ci contenait une liste de 181 femmes, accompagnée de photographies et de commentaires sur leurs réactions aux diurétiques.
Christian Nègre est mis en examen depuis 2019, notamment pour “administration de substance nuisible”, “violences par personne chargée de mission de service public”, “atteinte à l’intimité” et “agression sexuelle”. Il est actuellement placé sous contrôle judiciaire et reste présumé innocent.
Le nombre de victimes présumées a continué d’augmenter au fil de l’enquête. Un appel national avait notamment été lancé au début de l’année afin de permettre l’identification d’autres femmes susceptibles d’avoir subi des faits similaires.
Consultant RH sous le prénom de “Bernard”
Malgré cette procédure judiciaire toujours en cours, l’ancien haut fonctionnaire avait repris une activité dans le domaine des ressources humaines. Sous le prénom de “Bernard”, il apparaissait sur le site d'un cabinet parisien.
Sur son CV, il mettait en avant plus de 25 années d’expérience et indiquait avoir travaillé auprès de collectivités territoriales et d’organismes privés, sans faire apparaître son passage au ministère de la Culture.
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Le cabinet affirme ne pas avoir eu connaissance de sa véritable identité. Après avoir été informé de la situation, il a suspendu sa collaboration avec Christian Nègre et retiré son profil de sa plateforme. Le dirigeant précise toutefois qu’il n’avait assuré aucune formation pour le cabinet.
Cette reprise d’activité n’était pas interdite par son contrôle judiciaire. Christian Nègre avait déjà travaillé ces dernières années dans le domaine de la formation et du coaching sous un autre pseudonyme, “Bernard Genre”. Ses collaborations avaient cessé après la découverte de sa véritable identité.
Un procès encore attendu
Huit ans après le début de l’enquête, l’instruction se poursuit. Les parties civiles doivent rencontrer les juges d’instruction le 10 septembre afin de faire un point sur l’avancement du dossier.
La clôture de l’instruction est espérée d’ici la fin de l’année. Un éventuel procès ne pourrait cependant pas intervenir avant 2027, voire 2028.
En attendant, l’affaire continue de prendre de l’ampleur. Près de 300 femmes sont désormais recensées comme victimes présumées, contre 248 encore au début de l’année.


