Sainte-Suzanne n'a plus de premier(e) adjoint(e) : la majorité au complet écarte Sarah Assama

Le conseil de ce mercredi soir avait des allures de nouveau test pour la majorité. Malgré des débats nourris et le soutien appuyé de l'opposition, aucune voix n'a manqué dans les rangs de la majorité lors du vote sur le maintien ou non de l'élue dans ses fonctions d'adjointe. Cinq mois après les élections, Sainte-Suzanne n'a désormais plus de premier adjoint, le poste ne devant pas être remplacé.
Le résultat ne faisait plus vraiment de doute. Sarah Assama elle-même l'avait compris avant que les mains de ses ex-collègues de la majorité ne se lèvent. L'ex-première adjointe s'est alors levée et a quitté la salle, suivie par l'ensemble des élus de l'opposition, applaudis par des partisans.
"Ceux qui ont contribué à ce déficit brillent par leur absence", lance le maire, Alexandre Laï-Kane-Cheong, également applaudi par ses soutiens.
Attendu, le premier rapport du conseil venait d'être voté. Un rapport en forme de nouveau test pour la majorité municipale, secouée depuis plusieurs semaines par le cas de celle qui était encore sa première adjointe au début du mois.
A l'origine, le conseil municipal du 15 juillet durant lequel Sarah Assama s'était abstenue lors du vote sur la nouvelle répartition des subventions aux associations, se démarquant du reste de la majorité.
Le groupe majoritaire avait ensuite décidé d'en "tirer les conséquences". Le maire lui avait retiré ses délégations, avant que le conseil ne soit appelé mercredi à décider de son maintien ou non dans ses fonctions d'adjointe.
Cette fois, la majorité n'a laissé apparaître aucune fissure. Au moment du vote, toutes les mains des élus de majorité présents se sont levées pour acter son non-maintien.
L'opposition a également voté en bloc contre cette décision, après avoir longuement pris la défense de l'élue.
Comme lors de tous les conseils depuis les élections, une seule voie manquait, celle de Nadia Ramassamy, de nouveau absente (procuration à Sarah Assama).

"Je ne suis pas en colère, je suis déçue"
Avant le vote, Sarah Assama a livré un nouveau fonker, revenant sur les cinq mois passés aux côtés d'Alexandre Laï-Kane-Cheong et sur un parcours au sein de la majorité qu'elle décrit comme une succession de "désillusions".
Elle a rappelé les circonstances de son ralliement pendant la campagne et la proposition qui lui avait alors été faite de devenir première adjointe en cas de victoire. "J'y ai cru", a-t-elle répété, avant de revenir sur les difficultés rencontrées après l'élection.
Sarah Assama affirme de nouveau n'avoir jamais obtenu les moyens qu'elle estimait nécessaires à l'exercice de ses responsabilités, en particulier au CCAS, dont elle était devenue première vice-présidente avant de démissionner. "Au final, je me suis rendu compte qu'en tant que première adjointe de cette commune, pendant cinq mois, je n'ai fait que l'officier d'état civil", a-t-elle lancé.
L'élue a également évoqué plusieurs épisodes qui ont, selon elle, progressivement dégradé ses relations avec la majorité, en particulier son opposition à une première hausse des indemnités des élus et son abstention sur les subventions aux associations. Elle a également évoqué avoir été vivement "incendiée" par le cabinet après avoir acheté, à ses frais, un téléphone destiné à dissocier son activité professionnelle de ses fonctions d'élue, après avoir demandé sans succès qu'un appareil lui soit attribué.
Sur ce dernier point, elle maintient n'avoir voulu défier ni le maire ni sa majorité. "Je n'ai pas voté contre notre maire, je n'ai pas voté contre notre groupe. Je me suis abstenue [...] en soutien aux associations", a-t-elle insisté.
Persuadée avant même le scrutin que ses collègues de la majorité voteraient son éviction, Sarah Assama a conclu sans colère mais avec amertume : "Je ne suis pas en colère, je suis déçue."

Le maire invoque un "manque d'implication"
Alexandre Laï-Kane-Cheong a livré une tout autre lecture de ces cinq mois. S'il reconnaît une "déception" qui peut être "partagée de part et d'autre", le maire rejette l'idée selon laquelle Sarah Assama aurait été privée des moyens d'exercer ses fonctions.
Il rappelle que l'arrêté de nomination des adjoints prévoit les missions attachées à la fonction et notamment celle, pour la première adjointe, de suppléer le maire. "Est-ce qu'aujourd'hui, à cinq mois ou un peu moins, cette fonction supplétive a été respectée ? Il me semblerait que notre groupe constate que non", a-t-il répondu.
Le maire est également revenu sur l'épisode des subventions, estimant que la majorité aurait attendu "un peu plus d'implication" de Sarah Assama dans leur élaboration. Il pointe aussi ce qu'il considère comme une différence entre les raisons de son abstention présentées le soir du conseil et celles avancées ensuite publiquement.
Alexandre Laï-Kane-Cheong refuse que l'affaire soit présentée sous l'angle du traitement réservé à une femme. Face aux interrogations exprimées notamment par l'opposition et après le soutien apporté ces derniers jours par l'Union des Femmes Réunionnaises (UFR), il s'est dit "sidéré et stupéfait" de voir ce sujet utilisé, selon lui, de manière "purement politicienne" à l'approche des prochaines échéances électorales.

"Nous ne sommes pas une équipe qui peut être vendue ou achetée"
Une élue de la majorité, Eden Felicidali, est elle aussi sortie de sa réserve pour répondre aux attaques portant à la fois sur la solidarité féminine et sur la redistribution entre les quinze conseillers municipaux délégués de l'indemnité jusqu'alors attachée aux fonctions de première adjointe.
"Nous ne sommes pas une équipe qui peut être vendue ou achetée", a-t-elle lancé. Elle a également rejeté l'idée que la quarantaine d'euros supplémentaires évoquée puisse déterminer son vote : "Je ne suis ni achetée ni vendue." L'élue assure au contraire assumer sa décision au nom de l'engagement collectif pris pendant la campagne et des valeurs partagées par la majorité.
Dans l'opposition, Nicolas Robert avait précisément attaqué la majorité sur ce terrain, voyant dans la redistribution de l'indemnité de Sarah Assama l'impression d'un "achat de vote (...) C'est comme si vous étiez en train de tenir votre majorité sur cette redistribution".

Alamélou menace de saisir le contrôle de légalité
Daniel Alamélou a, lui, porté le débat sur le terrain juridique. L'élu d'opposition avait demandé avant le conseil que le retrait de Sarah Assama et la redistribution de son indemnité fassent l'objet de deux délibérations distinctes.
Une demande qu'il a réitérée en séance, considérant que l'élection ou le retrait d'un adjoint et la fixation des indemnités relèvent de deux décisions différentes.
Face au refus de scinder le rapport, Daniel Alamélou a prévenu qu'il pourrait saisir le contrôle de légalité, voire contester la délibération devant le tribunal administratif.

Eddy Balbine : "une crise qui aurait pu être évitée"
Eddy Balbine a regretté une situation préjudiciable, selon lui, à "l'image de notre collectivité". "Cette situation aurait probablement pu être évitée si chacun avait accepté de faire un pas vers l'autre et de privilégier, avant toute considération personnelle ou politique, l'intérêt général et le bon fonctionnement de la collectivité", a estimé l'élu d'opposition.
L'élu a lui aussi posé la question du traitement réservé à la première adjointe : "La situation aurait-elle été exactement la même si le premier adjoint avait été un homme ?", tout en précisant ne vouloir porter "aucune accusation sans éléments".
Lire aussi : Finances de Sainte-Suzanne : l'opposition refuse que “la population paie l'addition” et réclame un plan alternatif
Frédéric Maillot : "Qui imagine un gouvernement sans premier ministre ?"
Frédérique Maillot a, de son côté, défendu son soutien à Sarah Assama au nom de la "démocratie" et non d'un quelconque opportunisme politique. "Qui imaginerait un gouvernement sans premier ministre", s'interroge l'élu de l'opposition et député. Pour lui, Sarah Assama a été élue première adjointe devant le conseil municipal avant de se voir retirer son écharpe sur la base d'explications qu'il juge "floues". Il voit en elle "celle qui a été l'avocate des associations" en choisissant de s'abstenir lors du vote du 15 juillet. "On n'a pas le droit d'aller contre l'avis que le maire a imposé", tacle-t-il.

La CRC en toile de fond et un appel à "faire corps collectif"
Des débats qui sont intervenus dans un contexte financier particulièrement tendu. Avant même d'ouvrir l'ordre du jour, Alexandre Laï-Kane-Cheong a consacré une longue intervention à l'avis de la Chambre régionale des comptes et à sa recommandation d'augmenter fortement la fiscalité locale pour participer au rétablissement des comptes.
Une perspective que le maire continue de vouloir éviter, estimant que "ce n'est pas à la population de payer" pour combler le déficit dont sa majorité dit avoir hérité.
Il assure que les services travaillent depuis cinq mois à dégager des économies et de nouvelles recettes afin de donner des "gages" à la préfecture et à la CRC sur la capacité de Sainte-Suzanne à "remonter cette pente du déficit", tout en commençant à appliquer le programme sur lequel la majorité a été élue.
Dans ce contexte, Alexandre Laï-Kane-Cheong a appelé élus, agents et habitants à dépasser les clivages et à "faire corps collectif". Un message d'unité qui résonnait forcément d'une manière particulière quelques minutes avant le vote concernant Sarah Assama.

Le maire renonce à sa majoration de 15 %
Autre "geste" annoncé en marge du conseil : Alexandre Laï-Kane-Cheong a déposé une motion dans laquelle il propose de renoncer à la majoration de 15 % de ses indemnités liée au statut de Sainte-Suzanne comme chef-lieu de canton. Une motion déposée avant la séance, mais qui n'a finalement pas été lue par le maire et devrait faire l'objet d'un vote lors du prochain conseil municipal.
Dans le texte, le maire évoque les défis hérités d'une "gestion cacophonique d'hier" qui contraignent selon lui la nouvelle majorité à prendre rapidement des mesures difficiles : taxes sur les logements vacants et les friches commerciales, baisse des subventions ou encore mutualisation des services et des agents.
Pour "accompagner les efforts" demandés aux agents, Alexandre Laï-Kane-Cheong souhaite que les sommes correspondant à cette majoration de 15 % soient réaffectées à un fonds destiné à la "valorisation des agents les plus méritants" dans le cadre de cette mutualisation. Une nouvelle manière, pour la majorité, d'afficher sa volonté de partager les efforts imposés par le redressement des finances communales.

Cantine à un euro et budget participatif, malgré les contraintes
La majorité a voulu démontrer lors du conseil qu'elle ne compte pas abandonner ses engagements sociaux pris lors de la campagne.
Le conseil a notamment validé le lancement d'un budget participatif doté de 100 000 euros, permettant aux habitants, collectifs et associations de proposer des projets d'intérêt général. Le maire a défendu un outil de "démocratie participative" et de "libération de la parole".
Une enveloppe que Frédérique Maillot aurait préféré voir revenir directement au monde associatif, quelques semaines après les coupes opérées dans les subventions. Pour l'élue d'opposition, il y a une contradiction à réduire certaines aides puis à remettre 100 000 euros sur la table à travers un autre dispositif.
Le conseil a également validé la première étape de la cantine à un euro. La première tranche tarifaire doit passer à un euro par repas et par enfant, tandis que les deuxième et troisième tranches bénéficieront d'une baisse de 4,50 euros. Environ 300 familles sont concernées par cette première étape, selon le cabinet du maire, avec l'objectif affiché, si les finances le permettent, d'étendre progressivement la cantine à un euro.
À la sortie du conseil, si la majorité a voté de façon unie, elle se retrouve désormais sans premier adjoint, ayant déjà annoncé que le poste ne serait pas pourvu jusqu'à la fin du mandat.
Une situation pour le moins singulière, cinq mois seulement après les élections municipales.


