Floraison des letchis : des premiers signaux encourageants, mais la récolte reste suspendue à la météo

Après une année 2025 fortement marquée par le passage du cyclone Garance, les producteurs de letchis retrouvent un motif d'espoir. La floraison vient de débuter dans les vergers réunionnais et les premières observations sont encourageantes, même si personne ne se risque encore à prédire la récolte qui garnira les tables des fêtes de fin d'année.
La période de floraison a commencé dans les exploitations de l'île. Malgré un hiver particulièrement chaud, le différentiel de température enregistré entre le début de l'année et les mois de mai-juin a été suffisant pour permettre aux letchis d'entrer en période de stress, une étape indispensable au déclenchement de leur reproduction. Les arbres sont désormais en fleurs, laissant le rôle essentiel aux abeilles, qui assurent la pollinisation avant la nouaison, cette phase où les fleurs fécondées se transforment en jeunes fruits verts. Seule une infime partie d'entre elles, entre 2 et 5 %, donnera toutefois un letchi arrivé à maturité.
Pour les producteurs, impossible toutefois de crier victoire.
"Il y a beaucoup de travail derrière, les gens ont tendance à l'oublier quand un letchi se mange en cinq secondes"
"Tant que le letchi lé pas dans le bol…", résume avec prudence une exploitante. "Les années se suivent mais ne se ressemblent pas", ajoute un autre producteur.
Car si la floraison constitue un premier indicateur encourageant, de nombreux paramètres restent encore à réunir pour espérer une belle campagne. L'irrigation sera notamment déterminante dans les prochaines semaines, alors que plusieurs secteurs de l'île restent confrontés à un déficit hydrique. Les épisodes venteux, les fortes pluies ou un éventuel cyclone pourraient également compromettre une récolte qui ne sera connue qu'en fin d'année.
"Il y a beaucoup de travail derrière, les gens ont tendance à l'oublier quand un letchi se mange en cinq secondes", souligne une exploitante, évoquant également les difficultés du métier et la hausse des coûts de production.
Une filière concentrée dans l'Est de l'île
Au-delà de son caractère emblématique des fêtes de fin d'année, le letchi représente une production importante de l'agriculture réunionnaise. Selon les données du recensement agricole analysées par l'ODEADOM, la filière comptait 476 exploitations en 2020, contre 713 dix ans auparavant. Dans le même temps, les surfaces cultivées sont passées de 702 à 590 hectares, traduisant une concentration progressive des exploitations.
La production reste largement ancrée dans l'Est de La Réunion. À elles seules, les communes de Saint-Benoît (252 hectares) et de Sainte-Rose (107 hectares) regroupent près de 60 % des surfaces plantées en letchis.
La DAAF rappelle par ailleurs que la filière fruits produit près de 38.000 tonnes par an à La Réunion et couvre environ 60 % des besoins en fruits frais de l'île. Le couple letchis-longanis figure parmi les principales productions fruitières réunionnaises, derrière les agrumes, les bananes et les ananas.
Malgré les incertitudes qui entourent encore cette campagne, les exploitants interrogés restent raisonnablement optimistes. Si les conditions météorologiques restent favorables dans les prochains mois, le fruit emblématique des fêtes de fin d'année pourrait bien retrouver une place de choix sur les tables des Réunionnais.


