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Municipales 2026 : un scrutin très ouvert dans le nord de La Réunion

Ecrit par S.I. – le vendredi 13 mars 2026 à 22H50

Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 s’annoncent particulièrement disputées dans le Nord de La Réunion. Saint-Denis, Sainte-Marie et Sainte-Suzanne concentrent l’attention : entre bastions historiques, successions contraintes et majorités fragilisées, les partis devront redoubler de stratégie pour s’assurer de la victoires. Tour d’horizon des candidatures, commune par commune, à l’heure où la campagne entre dans une phase décisive.

Saint-Denis : Ericka Bareigts en position de force, mais sous pression

Maire sortante de Saint-Denis, Ericka Bareigts se lance dans la course à un second mandat à la tête de la plus grande commune de l’île. Dernier bastion du Parti socialiste à La Réunion, le chef-lieu reste un enjeu stratégique majeur pour la gauche. L’ancienne ministre des Outre-mer s’appuie sur une organisation militante dense et une équipe resserrée qui lui confèrent une position de favorite à l’orée du premier tour.

Cette position dominante n’exclut toutefois ni les contestations internes, ni une opposition extérieure active et fragmentée, principalement située à droite. Au sein même de la majorité municipale, Stéphane Persée, adjoint aux Sports, a annoncé sa candidature. L’élu assume des divergences politiques avec Ericka Bareigts, dont il juge le mode de gouvernance trop personnalisé.

Sur le front de l'opposition, Jean-Max Nativel, investi par le Rassemblement national assume une stratégie frontale, misant sur un rejet de la majorité sortante et le "Tout sauf Bareigts" pour créer la surprise. Gaëlle Lebon (L’Assemblée dionysienne), ancienne candidate aux législatives pour le RN puis Reconquête, s’est imposée elle ces derniers mois comme une opposante très présente, notamment dans les dossiers sensibles des expropriations à la Colline.

Autre figure de l’opposition, Farid Mangrolia (Tous Dionysiens), ancien référent local de La République en marche, entend fédérer les voix du centre-droit et de la droite modérée.

À ses côtés, René-Paul Victoria, soutenu par Les Républicains, mise sur son expérience d’ancien député-maire, malgré des réserves exprimées en interne sur les conditions de sa candidature.

Plusieurs candidatures dites alternatives complètent le paysage, dont celles de Giovanni Payet (La Voix citoyenne) et de Ludovic Sautron, écologiste sans étiquette, ou encore Sonny Welmant (Debout La France).

À Saint-Denis, l’enjeu du second tour dépendra largement de la capacité – ou non – de l’opposition à s’unir, une hypothèse encore incertaine à ce stade. Si aucune figure ne parvient à s’imposer clairement comme le principal opposant, Ericka Bareigts pourrait bénéficier d’un effet de fragmentation, rendant difficile la constitution d’un front commun anti-majorité. À l’inverse, un retrait stratégique ou un rassemblement tardif autour d’un candidat unique de la droite ou du centre-droit pourrait resserrer l’écart, sans pour autant garantir une alternance.

Sainte-Marie : un mandat contesté et des camps éclatés

À Sainte-Marie, les municipales s’inscrivent dans la continuité d’un mandat sous tension. Le maire sortant, Richard Nirlo, brigue un nouveau mandat après six années marquées par des dissensions internes et une situation financière critique en début de mandature. Un déficit supérieur à 20 millions d’euros avait contraint la commune à geler de nombreux projets, avant un redressement budgétaire revendiqué par l’exécutif en 2025.

Soutenu par le centre-droit et la plateforme Nouvel’R de Cyrille Melchior, Richard Nirlo devra néanmoins affronter son ancien mentor, Jean-Louis Lagourgue, maire pendant près de trente ans. Les relations entre les deux hommes restent marquées par une forte conflictualité, chacun rejetant sur l’autre la responsabilité des difficultés passées. L’ancien édile conserve une base militante fidèle et mène une opposition très offensive.

À droite toujours, Valérie Legros, investie par le Rassemblement national, entend s’appuyer sur son score de 5.363 voix obtenu à Sainte-Marie lors des dernières législatives pour s’imposer comme une candidate crédible.

La gauche, de son côté, apparaît divisée. Céline Sitouze, soutenue par l’Union des forces progressistes d’Huguette Bello, ambitionne de devenir la première femme maire de la commune après 17 ans d’opposition. En parallèle, Christian Annette, soutenu par le PS et la plateforme régionale portée par Ericka Bareigts, se tient prêt à discuter d’un éventuel rassemblement, sans en faire un préalable.

Enfin, Gilbert Sellier, infirmier libéral, et Giovanni Payet (sans étiquette) complètent la liste des candidats, avec un discours de rupture visant les équipes en place depuis plus de vingt ans.

À Sainte-Marie, le scrutin apparaît comme le plus imprévisible des trois communes. Richard Nirlo doit faire face à une double concurrence à droite, avec le retour de Jean-Louis Lagourgue et la candidature de Valérie Legros (RN), dont le score aux législatives constitue un point d’appui sérieux. Cette configuration pourrait conduire à un premier tour extrêmement fragmenté, ouvrant la voie à plusieurs scénarios de second tour : duel entre anciens alliés, confrontation majorité sortante – RN, ou même une triangulaire élargie. La gauche, divisée entre Céline Sitouze et Christian Annette, apparaît à ce stade en position d’arbitre potentiel, à condition de parvenir à un rassemblement crédible entre les deux tours.

Sainte-Suzanne : une succession historique sous haute tension

À Sainte-Suzanne, le scrutin municipal revêt une dimension symbolique majeure. La commune devra élire un nouveau maire après la mise à l’écart judiciaire de Maurice Gironcel, condamné à une peine d’inéligibilité dans l’affaire du Sidélec. Une situation inédite dans le dernier bastion communiste de l’île, que le secrétaire général du PCR appelait à accompagner par une phase de transition et de rassemblement à gauche.

Cette stratégie se concrétise avec la candidature du député Frédéric Maillot (PLR), soutenu à la fois par le PCR et le PLR d’Huguette Bello. Confirmée le 18 décembre dernier, sa candidature incarne à la fois la continuité politique et une tentative de renouvellement générationnel.

Face à lui, Alexandre Laï-Kane-Cheong (Croire et Oser) entend jouer sa carte personnelle. Déjà candidat en 2020 face à Maurice Gironcel, puis adversaire direct de Frédéric Maillot lors des législatives de 2022, il dispose d’un socle électoral solide, régulièrement supérieur à 3.000 voix sur la commune.

La succession Gironcel attire par ailleurs de nombreux profils. Eddy Balbine, ancien DGS de la mairie, revendique une candidature indépendante, quand Daniel Alamélou, conseiller municipal d’opposition et ancien adjoint, se positionne en opposant constructif. Adjointe au maire de Maurice Gironcel depuis 2020, Ramata Touré, par ailleurs présidente de la Délégation Outre-Mer du Conseil national Renaissance, se lance également dans cette bataille des municipales.

À droite, Nadia Ramassamy, soutenue par l’UDR d’Éric Ciotti, espère capitaliser sur son expérience nationale, tandis que Johann Idame, fort de ses 3.500 voix aux cantonales de 2021, Louis Eddie Richard (URD), refusant de se revendiquer de la gauche ou de la droite en assumant un positionnement qu’il qualifie de "pragmatique", Eddy Adekalom, ancien adjoint passé par majorité et opposition, et Pierrot Partal, ancien conseiller municipal de Sainte-Suzanne "en rupture avec Maurice Gironcel", ou encore Max Rayepin, complètent une offre politique particulièrement dense.

À Sainte-Suzanne, le scrutin devient un test grandeur nature de la capacité de rassemblement autour de Frédéric Maillot, candidat soutenu conjointement par le PCR et le PLR. Le scénario clé réside dans la capacité de Frédéric Maillot à transformer l’unité politique en dynamique électorale, notamment en mobilisant l’électorat historique de Maurice Gironcel. Mais la multiplication des candidatures hors rassemblement introduit une forte incertitude. En cas de second tour serré, la question des reports de voix, notamment à droite et au centre, pourrait s’avérer déterminante et rendre l’issue bien plus incertaine que ne le laissent penser les équilibres initiaux.

Trois scrutins, trois enjeux

Dans le nord de La Réunion, ces municipales s’inscrivent dans une séquence de recomposition politique profonde. À Saint-Denis, la solidité apparente de la maire sortante sera testée par la capacité de ses adversaires à dépasser leurs divisions. À Sainte-Marie, l’éclatement des forces politiques rend les scénarios de second tour particulièrement ouverts. À Sainte-Suzanne enfin, l’union de la gauche autour de Frédéric Maillot servira de test grandeur nature pour les stratégies de rassemblement portées par les forces de gauche.

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