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Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : « La grande illusion. Dernière saison »

Ecrit par Mohamed Aït-Aarab – le vendredi 17 octobre 2025 à 08H02

En 2017, on avait fini par y croire à l’avènement du nouveau monde promis tout au long de la campagne électorale. La société d’avant-hier était morte et enterrée. Et on allait voir ce qu’on allait voir.

On avait également gobé avec délice la fable de la start-up nation.

Aussi à l’aise dans le Choose France qu’avec « la poudre de perlimpinpin », le prestidigitateur jonglait avec les mots et les concepts, citant ici le philosophe Paul Ricoeur, là le poète René Char. Et la foule d’applaudir le bateleur admirable d’adresse et de dextérité.

Les manifestations des Gilets jaunes furent un premier incident dans la belle mécanique concoctée en coulisses par quelques consultants d’un certain cabinet de conseil. Par la suite, d’autres sorties révélèrent une personnalité bien moins bienveillante que l’image qui nous avait été vendue. « Les gens qui ne sont rien », « le pognon de dingue », « les fainéants et les cyniques », « je traverse la rue et je vous en trouve [du travail] » : tout cela transpirait un mépris de classe qui n’est pas l’apanage d’un homme, mais qui avait été rarement exprimé aussi directement.

Nous aurions pourtant dû nous méfier car, dès les premières semaines de son mandat, Jupiter avait choisi de ne plus s’adresser au peuple que du haut de son Olympe élyséen.

Mais, après tout, pourquoi pas une verticalité agissante, efficace et volontariste en lieu et place d’une horizontalité molle, velléitaire et impuissante, ont clamé certains ?

Oui, pourquoi pas ? Si elle se teinte d’humanisme et d’un sens aigu de l’intérêt général, du bien commun.

Or ce qui nous fut proposé est bel et bien un antihumanisme. Brutalisation constante et répétée des institutions de la Ve République ; injustice sociale et fiscale ; instabilité politique ; incertitude économique et budgétaire ; vacillement démocratique…

Le bilan est lourd. L’avenir inquiétant. « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres », écrivait le philosophe italien Antonio Gramsci, dans les années 1920. Même si l’histoire ne se répète pas, elle a parfois tendance à bégayer.

La droite a dilapidé l’héritage gaulliste et passe, avec armes et bagages, dans le camp d’une extrême-droite qui s’est autrefois construite dans la haine du Général. La gauche tâtonne, entre social-démocratie et radicalité idéologique, ne sachant trop à quel saint se vouer.

La voie est ouverte à un illibéralisme qui, aujourd’hui, ne dit pas son nom, mais qui mettra en œuvre son programme, demain.

Etiquettes : Mohamed Aït-Aarab

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