Alika, la PA à bout de bras

Le sourire malgré les difficultés. L’association Alika organisait début juin un canicross pour récolter des fonds, encore et toujours.
Les acteurs de la protection animale (PA) ploient sous les demandes de sauvetage. Dans un monde parallèle dont les élus n’ont même pas idée, des petites mains tentent l’impossible chaque jour, aux quatre coins de l’île. Parmi ces associations, Alika (« chien » en malgache) - qui tient son nom d’un chien que Marie Polio a ramené de Madagascar - oeuvre principalement dans l’ouest de l’île mais cela n’empêche pas, de temps en temps, d’ « aider des gens dans le sud et dans le nord », explique sa présidente.
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Son association a un peu plus de trois ans, tout autant que son canicross qui, après avoir foulé la poussière des sentiers de la forêt domaniale d’Etang Salé, a migré cette année vers celle de l’Etang-Saint-Paul. Environ 80 participants ont parcouru le circuit aux cotés de leur ami à quatre pattes pour un moment sport - solidarité puisque chaque participation était destinée à alimenter les caisses de l’association. Une goutte d’eau dans un océan de sollicitations. Et quelques vagues à l’âme.
« On passe notre temps à aller chercher les sous. On gagne des sous avec les adoptions mais qui remboursent tout juste nos frais en fait ! On est presque en déficit à chaque fin d’année. On fait des goodies, on fait les marchés,… Dans un événement comme le canicross, on gagne un peu d’argent mais ça va être tout de suite remis dans les stérilisations. Si on stérilise une chienne gestante, c’est 300 euros. Donc même si on gagne 1500 euros sur un événement comme celui-là, ça fait pas beaucoup… », explique Marie Polio dont l’implication dans la « PA » est apparue comme une évidence.
« Je tiens ça de ma mère, de ma grand-mère. On a toujours eu des animaux dans la famille, on a toujours fait attention, on a toujours sauvé, c’est quelque chose qui est dans notre coeur ! Et en plus nous on vit dans un endroit où on ne peut absolument pas ignorer ça », évoque-t-elle un contexte qui fait, là aussi malheureusement, de La Réunion une île intense.
Du bénévolat qui empiète sur la vie personnelle et professionnelle
« Il faudrait vraiment que les intercommunalités axent sur la stérilisation. A notre sens, il faudrait qu’ils emploient, eux, des gens pour capturer, stériliser et remettre sur site. Il faut neutraliser le problème et le problème c’est la reproduction », détaille la présidente qui, avec ses trente bénévoles - quasiment que des femmes car « les femmes sont prêtes à sacrifier de leur temps et de leur énergie gratuitement » - a contribué à environ 120 adoptions et/ou stérilisations en 2024.
« On fait 20 à 30% de nos adoptions à La Réunion, ce qui est déjà pas mal », nous répond la présidente d’Alika, qui réfléchit à passer le relais.
« Si on ne met pas de limites, ça peut remplir toute notre vie, tout notre emploi du temps. Entre la gestion des messages, des appels, des demandes de sauvetage, des demandes de stérilisation, des demandes d’aide financière, la gestion avec les partenaires, la gestion de l’équipe, les départs (en métropole), les problèmes qui surviennent,… ça peut vraiment prendre toute notre vie. Là j’ai mis un peu mes limites pour mon travail et ma vie personnelle. On est une trentaine donc on a bien réussi à diviser les tâches mais c’est quand même de la gestion donc je me questionne un peu. Je ne sais pas encore », hésite-t-elle à renouveler son bail à la tête d’Alika lors d’une prochaine assemblée prévue au second semestre.
Un travail de fourmi qui, réalisé loin des yeux des responsables politiques, présente quand même l’avantage de faire baisser les chiffres de l’errance à La Réunion.
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« On considère qu’on fait des choses qui doivent arranger et beaucoup aider les intercommunalités. On travaille avec le TCO, avec la mairie de Saint-Leu mais on fait aussi beaucoup de choses seuls. On a eu une subvention pour nos stérilisations l’année dernière avec le TCO mais il faudrait toujours plus d’argent et toujours plus d’actions, toujours plus de petites mains et surtout plus de familles d’accueil », en profite-t-elle pour passer le message alors que le découragement frôle bien souvent l’esprit des bénévoles.
« C’est dur mais on le fait car c’est nécessaire, pour les animaux et pour nous ! Si on accepte une prise en charge d’un chien accidenté où il y a plus de 2000 euros de frais vétérinaires qu’on ne peut pas payer, eh bien on en devient responsables donc, heureusement, comme on est ensemble et solidaires, on se redonne du courage justement ».


