Crise du système de santé à La Réunion : élus et personnel hospitalier tirent la sonnette d’alarme

Crise sanitaire, déficit structurel et manque de financements : le CHU Réunion est confronté à une pression croissante. Réunis au conseil régional, les élus de l’île ont dénoncé les inégalités de traitement entre les territoires ultramarins et exigé un plan d’urgence. À quelques semaines de la visite d’Emmanuel Macron, la tension monte.
Face à une situation qualifiée de critique pour le système de santé réunionnais, les élus de l’île, toutes sensibilités politiques confondues, se sont réunis ce vendredi 21 mars au conseil régional sous l’égide de la présidente Huguette Bello. La quinzaine de maires mais aussi des représentants du personnel des établissements hospitaliers ont tenu un point presse pour alerter sur les défis majeurs auxquels fait face le Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de La Réunion, fragilisé par des crises sanitaires, climatiques et des contraintes structurelles.
Des crises exceptionnelles qui aggravent une situation déjà tendue
Le cyclone Garance, qui a récemment frappé l’île, a laissé des séquelles profondes, notamment sur le Groupement Hospitalier Est Réunion (GHER). Infiltrations dans les bâtiments anciens, dégâts sur les infrastructures, coupures d’eau et d’électricité, ainsi qu’une fragilisation des systèmes de production de froid ont saturé les capacités hospitalières. Parallèlement, le chikungunya sévit depuis le début de l’année 2025 avec 3.245 cas qui ont été recensés en janvier et février. Le CHU Sud, particulièrement sollicité, doit composer avec une hausse des absences parmi les soignants.
Pour répondre à cette épidémie, une campagne de vaccination a été lancée avec 40.000 doses commandées, alors que 125.000 personnes sont considérées à risque. Les autorités ont également sollicité le renfort de deux médecins supplémentaires via la réserve sanitaire.
Un système de santé sous pression structurelle et financière
Au-delà des crises conjoncturelles, le CHU de La Réunion fait face à des défis chroniques. Classé parmi les cinq CHU les plus actifs de France (+6,28 % d’activité en 2024), il souffre pourtant d’un taux d’emploi hospitalier parmi les plus bas (13 % contre 17 % en métropole) et d’un déficit de lits : -12 % en médecine, chirurgie et obstétrique (MCO), -31 % en psychiatrie et -30 % en soins médicaux et de réadaptation (SMR). Cette situation est aggravée par une demande de soins en constante augmentation, portée par une population croissante, vieillissante et confrontée à une précarité et des maladies chroniques en hausse.
Sur le plan financier, le Plan Pluriannuel d’Investissements (PPI) 2025-2030 a vu son budget amputé, passant de 348 à 282 millions d’euros, compromettant la modernisation des équipements et des bâtiments. Parmi les priorités menacées figure le bâtiment Femme-Parent-Enfant du CHU Nord, dont le financement nécessite une subvention supplémentaire de 31 millions d’euros.
Solidarité régionale et manque de compensation
La Réunion joue également un rôle clé dans la solidarité avec Mayotte et l’océan Indien, accueillant chaque année 1.600 patients en évacuation sanitaire (EVASAN) sans compensation financière.
Pour loger ces patients, plus de 60 chambres d’hôtel sont louées, un record national. Les élus réclament une compensation de 3 millions d’euros par an, comme préconisé par l’Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS), ainsi qu’un soutien accru lors d’événements exceptionnels, comme le cyclone Chido qui a frappé Mayotte.
"On fait plus avec moins"
Huguette Bello a pris la parole pour tirer la sonnette d’alarme et réclamer des engagements concrets. "Les Réunionnais subissent aujourd’hui beaucoup de choses. Il y a eu le cyclone Garance évidemment, mais pas que. J’ai rencontré la semaine dernière la ministre de la Santé et nous l’avons sensibilisée sur les difficultés de notre CHU, qui traverse une crise majeure", a déclaré la présidente de la Région Réunion.
Selon cette dernière, le CHU a un besoin urgent de 25 millions d’euros pour équilibrer ses comptes. L’an dernier, une aide exceptionnelle de 40 millions d’euros avait été accordée au CHU Réunion, mais cette année, aucune annonce concrète n’a été faite.
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Huguette Bello a également dénoncé une iniquité dans les financements : "Le CHU Réunion a besoin de 25 millions d’euros pour son équilibre. L’an dernier, l’ancienne ministre a donné 40 millions. Mais pourquoi la Martinique reçoit-elle 100 millions, la Guyane 60 millions, et nous à La Réunion devons-nous marcher à genoux pour ce qui nous est dû ? On fait plus avec moins, sans compter les 1.600 EVASAN jamais financés."
Concernant le chikungunya, elle a ajouté : "Nous connaissons une autre crise majeure avec cette épidémie. La Région met 250.000 euros pour amorcer la lutte, mais l’ARS doit aussi mettre ces 250.000 euros pour les frais d'amorçage. On ne peut pas rechigner pour 500.000 euros face à une telle urgence !"
Huguette Bello s’est réjouie de l’unité politique autour de cette cause : "Que les 24 maires de La Réunion se mobilisent pour la santé, c’est de la belle politique. Un peuple sans santé ne peut pas travailler. Nous attendons que le ministère, le président Macron, qui viendra fin avril, et le ministre des Outre-mer, Manuel Valls, entendent nos besoins. Nous ne sommes pas calmes face à cela."
Une motion pour des mesures urgentes
À l’issue de ce point presse, une motion a été signée par les élus et les représentants du personnel hospitalier, réaffirmant leur attachement à un accès équitable à des soins de qualité. Parmi les demandes phares figurent une aide de trésorerie de 25 millions d’euros (dont 20 millions dès avril 2025), le financement du bâtiment Femme-Parent-Enfant, la compensation des EVASAN et des coûts liés aux cyclones Garance et Chido, ainsi qu’un renforcement de la campagne de vaccination contre le chikungunya.
Pour les hôpitaux privés, une adaptation de la réforme tarifaire aux spécificités réunionnaises et une sécurisation des financements des SMR sont également exigées. "Nous faisons plus avec moins, mais cela ne peut plus durer", a conclu Huguette Bello, illustrant l’urgence d’une mobilisation nationale pour sauver le système de santé réunionnais.


