Fausse paternité : Un septuagénaire au cœur d'un scandale familial

C'est une affaire peu commune qui a occupé une partie de l'audience d'appel de jeudi 28 août dernier. Jacques T., un septuagénaire, était à la barre de la rue Juliette Dodu, suspecté d'avoir simulé être le père d'un bébé en 2017 sur fond de conflit familial. L'enfant née en 2016 est reconnue par sa mère biologique immédiatement après l'accouchement.
En 2018, elle dépose plainte contre celui que l'on surnomme "Tonton Jacky" et son épouse. Elle déclare que sur pression du couple, elle a signé une fausse déclaration de paternité et rapporte des agressions sexuelles sur la petite qui déboucheront finalement sur un non-lieu après enquête.
Concernant l'acte de naissance, Jacques T. reconnait avoir fait une fausse déclaration à la demande de la mère qui était une proche du couple. Celui-ci l'avait prise en affection tout comme la fillette dont il explique s'être occupé quasiment à temps complet pendant une année jusqu'à ce que les choses se gâtent. Les deux époux ne s'expliquent pas le revirement soudain de la mère alors qu'elle était d'accord sur tout.
"On est pas dans les 101 Dalmatiens"
Du jour au lendemain, les époux ne voient plus l'enfant et le regrettent à tel point qu'ils saisissent le juge aux affaires familiales (JAF). "En regardant le magistrat droit dans les yeux, il a affirmé avoir eu des relations sexuelles avec ma cliente et être le père", rappelle à la cour l'avocate de la mère déboutée de ses demandes lors d'un premier procès devant le tribunal de St-Pierre en 2021.
En filigrane, Jacques T. qui a élevé six enfants avec son épouse tout en étant famille d'accueil exprime son incompréhension alors que du côté de la partie civile, Me Marie Loutz insiste et lance qu'il a voulu "s'accaparer l'enfant" et utilisé "un subterfuge administratif" pour la récupérer. De multiples procédures se sont succédé dans cette histoire jusqu'à ce que le résultat d'un test ADN mette fin aux tergiversations.
Agacé, le président de l'audience tacle le prévenu qui ne se souvient plus exactement du nombre d''enfants qu''il a eus : "on est pas dans les 101 Dalmatiens", ironise Jacques Rousseau. Pour recadrer le débat, la représentante de la société indique que ce qui est reproché au Tonton, c'est d'avoir voulu faire croire qu'il était le père biologique alors que dans les intérêts de l'enfant, Me Nacima Djafour rappelle que la petite fille a été psychologiquement suivie dans la mesure où elle a eu un papa avant qu'on lui explique que ce n'était pas lui et qu'elle en avait un autre, le "véritable" ayant refait surface.
Relaxé en première instance, Jacques T. sera fixé sur la décision de la cour d'appel le 31 octobre. Le parquet général a requis entre 8 à 10 mois de prison avec sursis. En défense, Me Ghislain Chung-To-Sang n'a pas manqué de mettre l'accent sur la présence de la mère lors de la déclaration de paternité ainsi que devant le JAF où elle "n'avait rien dit".


