Elle l'aide à sortir de prison, il la menace

Olivier M., 30 ans, devait répondre de violences à l'encontre de son ex-compagne commises le 15 août 2022 à Saint-Paul. Ce dossier, ouvert il y a plus de deux ans, était jugé en comparution immédiate, mais a été instruit au départ pour des faits criminels de viol, tentative de viol et violences. Au final, le magistrat instructeur ne retiendra que les faits de violences, la victime changeant sa version des faits. Elle a notamment expliqué par courrier avoir menti sur le viol et la tentative. Ayant un bébé de quatre mois avec le prévenu au moment des faits, elle changera son témoignage "pour qu'il n'aille pas en prison et qu'ils puissent élever leur enfant ensemble". Le prévenu a été mis en examen et placé en détention provisoire d'août 2022 à juillet 2023 puis libéré sous contrôle judiciaire avec une interdiction de contact avec la victime.
Il s'avère que dès la sortie de détention d'Olivier M., le couple se remet ensemble malgré l'interdiction de contact. Le temps se gâte lorsqu'il append qu'elle voit un autre homme. La séparation est actée alors qu'elle est enceinte et que menaces réciproques sont échangées par message. À ce petit jeu, c'est elle qui gagne puisqu'elle dépose plainte pour menace, ce qui l'envoie de nouveau en prison le 9 juin dernier alors qu'il devait être jugé le mois suivant. Résultat, il est à la barre ce mercredi en audience correctionnelle.
Il la violente alors qu'elle porte leur bébé dans les bras
Tout part, ce 15 août 2022, d'un refus de la victime d'avoir une relation sexuelle avec son compagnon. Elle est malade, mais il insiste à trois reprises. Une fois la veille au coucher, une fois dans la nuit et le matin au réveil. N'étant pas du genre à se laisser faire, elle finit le matin par lui mettre un coup de poing dans les parties intimes.
Elle prend ensuite son bébé de quatre mois et descend dans le salon. Il la suit de très mauvaise humeur et provoque une dispute. Il lui assène une gifle au visage qui la blesse alors qu'elle porte leur bébé dans les bras. Elle dépose plainte pour violences, mais explique aux forces de l'ordre qu'il a aussi tenté de lui baisser son legging pour forcer le rapport ce matin-là. Elle rapporte de plus un autre fait de viol, un mois plus tôt. Il est alors mis en examen pour viol, tentative de viol et violences. Seuls les faits de violences sont jugés. Lors de cette audience, il est question de pratiques usuelles au sein du couple : ils aiment se taquiner en se battant. Elle ne démentira pas, ce qui permet au prévenu d'invoquer un jeu en évoquant le geste du legging.
Un accident qui l'a changé à vie
Obligatoire dans les affaires de violences sexuelles, une expertise psychiatrique a été ordonnée. Le rapport indique que le prévenu est atteint de schizophrénie avec des passages de bipolarité. Il est aussi noté que ces troubles sont la résultante d'un grave accident de voiture qu'il a eu il y a plusieurs années. Depuis, il est en proie à des passages colériques accompagnés de passages à l'acte sous la forme de violences. L'expert conclut à une altération du discernement. Comme Olivier M. l'explique au tribunal : "Je deviens violent depuis mon accident, ce n'est pas moi qui me contrôle. Je reconnais les violences, mais je ne l'ai pas violée. Elle a dit ça, car ce jour-là, je lui ai dit que j'allais trouver une autre femme et lui faire un enfant, elle l'a mal pris. Dans le couple, c'est elle qui est violente. On se frappait, on rigolait, c'est un jeu entre nous. En fait, c'est elle l'homme et moi la femme".
"Elle a été frappée, car elle se refusait à lui"
Présente à l'audience, la victime confirme qu'elle a menti pendant l'instruction pour le faire sortir de prison. Mais elle maintient ses accusations de viol et de tentative de viol, même si ce n'est plus à l'ordre du jour. "Il m'a téléphoné un soir de la prison et on s'est mis d'accord sur ce que l'on allait dire", avoue-t-elle à la barre. "Il est impossible de couper ce dossier en deux", rebondit la partie civile. "Elle a été frappée, car elle se refusait à lui. On ne peut parler des violences sans parler de ce qu'il s'est passé dans le cadre des relations intimes. Les deux sont liés", conclut la robe noire. Pour le parquet, "son contrôle judiciaire a été révoqué, car elle a déposé plainte pour menaces". La procureure insiste sur le fait qu'"elle a interjeté appel de la décision de ne pas le poursuivre pour viol et tentative de viol" mais reconnait qu'"il est difficile de savoir ce qu'il se passe dans l'intimité d'un couple". Et de conclure : "Nous sommes ici pour le juger pour des faits de violences". Elle requiert deux ans de prison dont six mois de sursis avec maintien en détention.
L'altération du discernement comme défense
"Dans ce dossier, pour qu'une ordonnance de non-lieu ait été prononcée, c'est que la chambre de l'instruction a tout passé au peigne fin", répond vertement la défense à l'adresse du parquet. "Il n'a pas été question d'être clément. C'est le droit du parquet de faire appel, mais pour information, le parquet général a appuyé l'abandon des charges de viol et tentative de viol avant que ce soit confirmé par la chambre de l'instruction. Pour ce qui nous occupe aujourd'hui, donc les violences, il le sait, je lui ai dit, personne ne devrait lever la main sur sa compagne. Il reconnait son geste et ce qu'il a fait est inadmissible, pour autant, cela aurait pu être jugé par le biais d'une ordonnance pénale, car on parle ici d'une gifle. Il est atteint de schizophrénie et de bipolarité, il est malade. Les violences sont reconnues, assumées et regrettées, je demande une peine juste", plaide la robe noire.
Après délibération, le prévenu est condamné à 18 mois de prison dont six mois de sursis probatoire et ne sera pas placé en détention, la peine tenant compte de l'altération du discernement au moment des faits. De plus, il lui est interdit d'entrer en contact avec la victime. Au final, la durée de la peine de prison ferme prononcée est la même que celle passée en détention jusqu'au procès. L'homme ressort libre avec six mois de sursis au-dessus de la tête.
Vous avez besoin d'aide ? Voici les moyens à votre disposition :
- Déposez plainte dans un commissariat de police ou une brigade de gendarmerie
- Contactez un policier ou un gendarme de la plateforme numérique d’accompagnement des victimes.
- Appelez le 3919 - Violences femmes info
- Contactez le 114 - Envoi d'un SMS en cas de difficulté à parler ou entendre.
- Appelez le 3977 – Maltraitances des personnes âgées/majeures en situation de handicap.
- Contactez un service d'accès au droit.
- Contactez les dispositifs d'aide et d'accompagnement des victimes via le document à télécharger ci-dessous :
Les numéros utiles dans la lutte contre les violences conjugales de La Réunion (974)Le récapitulatif des ressources ici : https://arretonslesviolences.gouv.fr/besoin-d-aide
Vous êtes témoins ?Agir peut tout changer. Les ressources utiles ici.


