Plus de 1.500 tonnes de pesticides déversés sur les cultures péi par an

Dénoncer les méthodes actuelles est très rare car on ébranle un système où chacun porte une part de responsabilité, d'autant qu'il est difficile d'en montrer précisément l'impact sur l'homme ou l'animal tant les produits sont variés, en nombre et en effets. "A la Réunion on utilise 1.500 tonnes de produits par an. Les cultures locales sont enclins à mettre beaucoup d'intrants (peu d'autochtones, culture qui se développe mal)", rappelle-t-on du côté de l'Armse (Association réunionnaise médicale santé-environnement).
La chlordécone en Guadeloupe et Martinique
De plus en plus, un travail de prévention est mis en place. Il y a quelques semaines, le gouvernement a décidé d'adopter un "nouveau plan d'action 2011-2013" afin de lutter contre la chlordécone, un pesticide qui sévit en Guadeloupe et en Martinique. Ce produit toxique aujourd'hui classé comme cancérigène, a été utilisé pendant près de 20 ans dans les bananeraies de ces deux départements d'Outre-mer. Selon un récent bulletin épidémiologique, son utilisation a conduit à des "pollutions graves des sols, avec des conséquences en profondeur". Des traces de chlordécone ont ainsi été retrouvées dans les légumes : choux, patates douces, ignames… Certaines viandes et produits laitiers ont également été contaminés.
Au niveau local, des prélèvements effectués dans les nappes phréatiques montrent la présente élevée de pesticides, notamment de diuron, d'atrazine, et de métolachlore, des produits interdits en France depuis plusieurs années. 12,5% des captages en eau sont fermés à la Réunion du fait d'un taux de pesticides trop important (chiffres de 2008 issus d'une étude de qualité de l'eau consommée, par l'ARS). "Une pollution émergente qui commence à gêner" car les résidus de pesticides sur les fruits et légumes provoquent, par exemple, une baisse de la fertilité, souligne un membre de l'Armse.
Fin 2010, l'Armse a demandé un bilan de toutes les eaux réunionnaises : eau agricole, effluents des stations d'épuration, eau consommée. "Quel bilan des pesticides à la Réunion? Où sont-ils? Dans quelles proportion? On demande que des eaux soient réservées à l'agriculture biologique autour des captages. A la Réunion, l'eau de boisson est fragile, il faut qu'on ait des captages très protégés", souhaite l'Armse.
Pression sur les agriculteurs
Sur le terrain, les professionnels de la terre sont peu nombreux à utiliser des moyens de protection au moment de répandre ces produits sur leurs champs. Josette Brosse, présidente de l'association de lutte contre le chikungunya, aujourd'hui élargie à d'autres combats, rappelle qu'il est "inconcevable qu'un homme meurt parce qu'il a travaillé la terre". La présidente réfléchit pour consacrer un volet à cette problématique : "Nous devons, en urgence, aider nos agriculteurs, les éduquer et les protéger. Ce sont eux qui nous nourrissent. A force de vouloir toujours plus, des fruits et légumes à n'importe quelle saison, nous forçons les agriculteurs à succomber à des produits chimiques, sans laisser jamais reposer leurs terres", dénonce Josette Brosse qui envisage sur Saint-Louis d'aller, avec son équipe, à la rencontre des agriculteurs afin de les interroger sur leurs pratiques.
"Nous sommes solidaires des agriculteurs, ils sont les premières victimes et en même temps ils sont coincés dans un système de concurrence qui les rendent dépendants, avec peu de possibilité de faire autrement s'ils veulent s'en sortir financièrement", conclut un représentant de l'Armse. Une autre agriculture est-elle possible? Un travail de prévention et de formation est réalisé sur les jeunes agriculteurs plus sensibilisés que leur aînés sur toutes ces questions environnementales, mais confrontés à d'autres problèmes liés à leur statut (voir la vidéo).



