Conflit Energie : Vers un syndrome France Telecom à EDF Réunion ?

Se dirige-t-on vers un syndrome France Télécom à EDF Réunion ? On peut émettre ce doute après la parution de cette lettre écrite par l'assistant social d'EDF à la Réunion. Le malaise général au sein de l'entreprise ne semble pas nouveau, selon Jean-Pierre Perouma, mais celui-ci pourrait être accentué par la situation du conflit, qui perdure depuis plus de deux ans,. Un conflit qui oppose les salariés d'EDF à leur direction sur l'application de la prime de vie chère à hauteur de 53%.
Voici l'intégralité de la lettre :
Mal être au travail… ?
Depuis quelques semaines, notre entreprise est soumise à de rudes épreuves. Elles se cristallisent autours d’un mouvement social. Ma place, mon rôle d’assistant social m’oblige à ne pas prendre parti pour telle ou telle position. Mon rôle est de rencontrer, écouter et accompagner chaque collègue qui en éprouve le besoin. Par delà les situations individuelles, il est demandé au professionnel d’assurer une veille sociale. Cela consiste à entendre et analyser le climat social afin d’orienter les pratiques managériales. L’assistant social est aussi amené à partager son analyse avec l’ensemble des collègues. Ce partage devient nécessaire quand un risque de danger avéré semble poindre.
Je souhaite ici partager cette analyse, dresser un constat sans pointer des responsables. "pointer un doigt vers l’autre, c’est oublier que les autres sont pointés sur nous". Aujourd’hui, le climat social s’est gravement détérioré. Un clivage s’opère, une bipolarisation qui amène un antagonisme rampant. Cette perception se fonde sur l’écoute des salariés de notre entreprise. De l’exécution à l’encadrement, nombreux sont ceux à s’inquiéter de cette radicalisation.
Des sentiments "nouveaux" animent les agents. De ces sentiments qui ne permettent pas le dialogue et favorisent les confrontations. La peur, le sentiment d’injustice, d’isolement de soi, de suspicion, de violence subie, réelle ou fantasmée.
L’ensemble de ces sentiments portent des coups à la qualité de vie au travail. La collusion et addition de ces éléments impactent et mettent à mal l’environnement du travail. Dans les théories du management, ces combinaisons d’éléments doivent être considérés comme des signaux d’alarme. Des signes précurseurs de risques psycho sociaux (stress, burn-out, dépression, agressivité au travail, mal être, suicides, agression physique sur le lieu d’activité).
C’est en toute connaissance de cause (et de conséquences) qu’aujourd’hui je ne peux qu’alerter sur cette situation. Vous êtes un certain nombre à m’avoir sollicité pour des rendez-vous et des discussions. Par delà des spécificités personnelles, tous, vous mettez en avant ce climat général qui vous pèse. Chacun émet alors des hypothèses pour sortir de la situation. C’est la verbalisation et l’accumulation d’hypothèses morbides qui m’obligent à écrire ce texte. Un danger me semble poindre et s’installer. Ne rien dire reviendrait à devenir complice d’agissements violents, voir morbides.
Au-delà d’une incitation à retrouver le chemin du dialogue et de l’écoute, je nous engage tous à travailler le fond du problème. Il m’apparaît que ces désirs morbides ne sont pas tant liés à des éléments d’actualités. Ils semblent plus liés à des problèmes de fonds qui trouvent là un moyen d’expression.
Aussi, j’estime ne plus être en mesure d’assurer mes missions correctement, et risque de ne plus pouvoir concourir au bien être des agents. Non pas par manque de moyens et de compétences, mais une personne ne peut changer à elle seule un système qui produit du mal-être. Face aux enjeux que je perçois et aux risques encourus, doit-on attendre le pire pour travailler ensemble au meilleur ?...
Jean-Pierre Perouma, Assistant social à EDF Réunion



