L'enfumage d'une contrainte étatique

Nous pourrions dégager par exemple, avec un sourire coincé, le brillantissime reportage d’investigation sur Pravda 2, vous savez cette chaîne de télévision publique française en charge d’éduquer voir même d’émanciper les masses pour la bonne cause en produisant les mêmes effets que les chaînes privées mais avec l’argent des autres c’est-à-dire vôtre pognon.
Il est question d’un admirable vol tel un planeur informationnel diffusé hier soir sur RFO Réunion première, dans un traditionnel Complément d’Enfumage d’Enquête, un de ces reportages qui prescrivait de déployer aux téléspectateurs ce que incarnent les Anonymous, associations mystérieuses dont les entrains dynamiques de leurs activités, à en préjuger la besogne d’une propagande grossière de cette chaîne, s’autorisent à vendanger des numéros de cartes bancaires, hacker des sites divers et glandouiller ensuite sur internet pour des causes futiles voire peut être pédonazies (il renferme à ce moment qu’il en aurait été étonnant de n’en point atteindre cette vision des choses, vous en conviendrez).
Et ça n’a pas raté, Anonymous n’aurait pas trop apprécié le barbouillage putassier de la concrète existence par les branquignoles de la télé publique et ils l’ont fait savoir.
Voir ici juste pour la risée
http://www.anonnews.org/index.php?p=press&a=item&i=704
Preuve encore qu’il ne reste guère que chez Frédéric Taddeï Ce Soir ou Jamais pour encore laisser dire certaines vérités à la télévision.
Ce qui est d’autant plus captivant, dans ce cas d’espèce relativement caractéristique, est le décalage de plus en plus faible entre les techniques dont dispose les médias du XXème siècle et ceux du XXIème pour acharner de diffuser une information.
Nous parvenons facilement à se rendre compte en effet que l’audience des Anonymous Pro-Wikileaks serait foncièrement équivalente à celle d’une chaîne de télé publique, que les réalisations des uns se comparent sans rougir aux réalisations des autres. On est de plus en plus loin des petites réalisations miteuses et floues d’adolescents mal dans leur peau.
On notera aussi que ce qui est vrai pour le groupe Anonymous Pro-Wikileaks le serait pareillement dans d’autres domaines : la distribution de musique et sa création ne nécessitent plus des moyens financiers, matériels ou médiatiques importants. La moisson d’informations locales et leur propagation serait devenu à la portée de tous et de chacun. Les effets spéciaux numériques, le cinéma amateur (de la réalisation au montage, en passant par les effets sonores ou autres) est de plus en plus accessibles à tous.
http://fr.readwriteweb.com/2010/03/12/a-la-une/prix-net-citoyen-rsf-les-bloggeurs-sont-dsormais-complment-indispensable-journalisme/
D’ailleurs tous ces éléments, en eux-mêmes, ne surprendront pas l’internaute moyen, chaque individu ordinairement branchée à internet enregistre par elle-même, tous les jours, qu’entre les promoteurs traditionnels de médias et d’informations et les producteurs occasionnels et non-professionnels, la frontière entre le no man's land deviendrait de plus en plus étroite, au grand monde des premiers, d’ailleurs.
Jusque là, c’est, pratiquement, une simple démarche d’évidence.
En revanche, c’est lorsqu’on s’essaye à établir la liste de tous les domaines de production, de comportement et de diffusion de l’information qu’on se rend rapidement compte d’une tendance générale lourde qui est en train de modifier très profondément la société humaine dans des rapports que peu estiment à leur juste proportion.
Car s’il en va ainsi des industries du loisir (cinéma, musique), il en sera de même des médias d’information, de diffusion, et bien évidemment, des appareils d’état et des politiciens.
A partir des années 90, nous avons enregistré cette montée en robustesse des cafouillages grognements et des tentatives désespérées des différents domaines pour conserver leurs prérogatives. Grognements qui se sont borné par se travestir par des lois et décrets ad-hoc, superfétatoires et déjà trépassés : le copyright conduit à déchoir, la propriété intellectuelle aussi. ce n’est plus qu’une question de temps.
Les entreprises expertes dans la musique ont sorti les crocs les premières. Elles trouvèrent rapidement comme associés les majors du cinéma pour les suivre, puis, de façon plus machinale, par les grands groupes de distribution de loisirs.
Bonan malan ce discutable attelage viendra se greffer à ces joutes les couinements plus ou moins forts des professions dont le business-model est dénommé, lui aussi, à métamorphoser de façon radicale : les photographes et les journalistes ont rapidement suivi, tentant à la fois d’ déployer une énergie à expliquer qu’ils se présentent pour l’émergence de la vérité, la liberté d’expression, bref leur manière à eux de pratiquer la langue de bois, mais aussi pour des "labels de qualité" des sites, une sorte de droit à diffuser sur internet. Bref : la liberté de s’exprimer, oui, mais de façon parfaitement encadrée. L’altruiste blague hilarante, allez donc faire un tour sur le site des pignoufs d’Antenne Réunion avec leur égo sur dimensionné et leur méthode de censure.
Et d’une manière grivoise sont venues à ces requêtes s’ajouter celles, de plus en plus pressantes, des élus et les hautes administrations, pour asphyxier les flux, de les contrôler au mieux l’information qui circule instantanément et sans obstruction à la vitesse de la lumière, c’est très ennuyeux pour leur petite carrière de mafieux. La transparence des informations mensongères d’état, tout connaitre d’une personne qui se veut publique, c’est … totalitaire, voyons ! D’où le débordement naissant de textes pour fliquer au mieux l’internet et ralentir la chevauchée vers un état qui ne pourra plus dissimuler ses exactions et la corruption, qui devra rendre des comptes, sur absolument tout c’est bien connu les vermines ainsi que les cancrelats n’apprécient pas la lumière.
Alors oui, puisque le fait sensiblement entrevoir Anonymous, "internet n’oublie pas et ne pardonne pas".
A présent, n’importe qui peut récupérer rapidement la masse des affaires louches, des combines et des magouilles, les coupures de presse concernant chaque élu, chaque personnalité importante. Toute petite phrase stupide, toute vidéo infamante, toute dérapage, toute contradiction d’un homme ou d’une femme publique peut être porté facilement et rapidement à la connaissance de tous, en fuyant complètement au musellement discret par la subvention doucereuse de la presse conventionnelle.
Tant et si bien que si l’on couple cette capacité de savoir distinctement de quel bois se chauffent les hivers frisquets nos politiciens à celle de s’organiser et de répandre des informations supplémentaires, les canaux d’information alternatifs que sont twitter, facebook, les médias en ligne, les simples SMS ou mails, les téléphones mobiles et les smartphones et les autres à venir façonnent d’incontestables armes pour dépouiller les dirigeants de leurs sinécures trop longtemps profitables. Je pense qu’il n’est pas besoin d’illustrer ce dernier point étant donné l’actualité avec les naissantes révolutions libérales arabes.
Il est d’ailleurs pittoresque de poinçonner que cette société de l’information galopante, c’est l’exemple même de réussite capitaliste qui ronge les petites et grandes compromissions. Surtout lorsque ces crétins de bobos et gauchos, tous frétillants à l’idée de voir les pays se révolter contre leurs tortionnaires, mais les idiots ils oublient pudiquement que ce serait impossible sans internet, sans le contrepouvoir de la révolution numérique, sans ces téléphones mobiles produits en masse par l’ immonde capitalisme que les mêmes gauchistes haïssent, sans ces micro-ordinateurs peu onéreux conçus par les ingénieurs du Nord et assemblés par les petites mains travailleuses du Sud.
Force de constater que nous assistons en une physique réalité d’un effondrement silencieux, inéluctable et complet des business-models fondés sur le contrôle omniprésent millimétrique de l’information, sur ses coûts d’appropriation, de traitement et de diffusion.
Il faut bien admettre qu'entre les années 80 et 90, les politiciens ont admis qu’ils devaient se métamorphoser comme des produits marketing sur les têtes de gondoles d’une grande distribution tel des barils de lessive lavant plus blanc que blanc . Alors ,des petits comiques comme Séguéla en ont fait leur beurre avec une marque de fabrique de cette accomplissement et ont foncièrement réussi à convertir les hommes politiques en bêtes de communication, dont chaque mot, chaque posture était longuement préparée et calculée parce que dans un cadre qu’ils contrôlaient.
Mais la mécanique s’est emballée : de nos jours, les politiciens ne sont plus que des communicants charismatiques mais totalement vides. Et ils ne saisissent pas pourquoi, petit à petit, la démocratie, les médias, le pouvoir leur échappe furtivement, comme du sable dans un tourbillon céleste.
C’est pourtant limpide : le pouvoir de ces hommes ne tenait que parce que le peuple y consentait. Les citoyens n’y consentaient que parce qu’ils voulaient bien croire aux bobards et sophismes qu’on leur produisait. Et ceux qui n’y croyaient pas se croyaient seuls car ils ne pouvaient en parler. À présent, les citoyens disposent du pouvoir de s’exprimer alors ils parlent. Ils échangent sur le net comme jamais dans l’histoire de l’humanité.
Et c’est distinctement pour cela qu’importent fort peu les ahuris sondages à la con sur Marine Le Pen ou les autres bouffons pathétiques gauchistes qui essayent en vain de décrocher la timbale : croyez-moi , mollement, mais sûrement, l’avenir se fera sans eux.
http://fr.readwriteweb.com/2010/03/12/a-la-une/prix-net-citoyen-rsf-les-bloggeurs-sont-dsormais-complment-indispensable-journalisme/
Comptez sur eux pour que la transition se présente comme désagréable. Ils ont beaucoup à perdre.
Mais au final c’est déjà écrit d’avance, ils perdront cette bataille libérale.
Cambronne


