Enseigner et se droguer, en 2023, c'est possible

L’histoire de Valérie* a tout d’un cliché. Une enseignante qui pratique depuis une dizaine d’années et "parce qu’on y est mieux rémunéré" décide de venir s’installer à la Réunion. "Votre projet était d’acheter une maison et une dépendance", indique le président de la cour d’appel lors de l’audience de ce jeudi matin. Mais rien ne s'est passé comme prévu.
"Elle dit que ce n'est pas pour elle mais pour son petit ami de l’époque qu'elle a récupéré les produits, fustige la représentante de la société. Mais elle est beaucoup plus impliquée qu’elle ne veut le faire croire" , tance Nathalie Leclerc'h. A la barre, Valérie est en pleurs. Elle évoque sa mère malade dans l’Hexagone. Elle évoque aussi sa grand-mère qui "a besoin d'elle" et les mauvaises fréquentations à son arrivée à la Réunion. Elle jure ses grands dieux qu’elle a compris, qu’elle a changé de vie, qu’elle a mis fin à toutes ses relations passées, qu’elle a arrêté de se droguer, qu'on ne l'y reprendra plus.
Valérie avait été interpellée lors de la réception d’un colis qui avait été contrôlé par les douanes. A l’intérieur se trouvait un flacon de gel douche dans lequel étaient dissimulés 808 g de kétamine. Dans un flacon d’eau de Cologne qui se trouvait également dans le paquet, les douaniers avaient retrouvé 543 g de cocaïne. "Elle avait trouvé un ami en métropole qui s’était proposé de lui envoyer les produits bien moins chers qu’à la Réunion", explique la représentante de la société.
En première instance, Valérie a été condamnée à la peine de 2 ans d’emprisonnement avec sursis probatoire. Le président de l'audience correctionnelle avait décidé de ne pas inscrire cette condamnation à son casier judiciaire. Une aubaine pour la jeune femme qui enseigne dans le chef-lieu.
Mais le parquet avait fait appel pour ce deuxième procès, le ministère public n'a pas été de cet avis et a même sous-entendu qu’étant donné la quantité de drogue interceptée, cette dernière n’était certainement pas uniquement destinée à la seule consommation personnelle de la trentenaire. Trois ans de prison dont 18 mois avec sursis probatoire ont été requis ainsi que l’inscription de cette condamnation au casier judiciaire.
Un élément qui pourrait avoir un retentissement négatif sur le devenir professionnel sa cliente, a insisté Me Chantal Laguerre en défense. La robe noire a fait valoir les 96 heures de garde à vue qui avaient profondément marqué la mise en cause. "Elle a changé. Elle est suivie par une psychologue. De plus, elle a déjà remboursé l’amende de 16.000 € qui lui a été infligée par le tribunal", a soutenu le conseil.
Autre coup dur, le service des douanes présent à l’audience a proposé à la cour de prononcer une amende douanière de 121.410 euros, "la quantité de drogue retrouvée ayant été sous-estimée lors de la première audience". La cour a mis sa décision en délibéré au 30 novembre.
*Prénom d'emprunt


