"Le port de Sainte-Marie est mal conçu"


"On m'a prévenu à 3h15 dans la nuit du 26 au 27 octobre dernier pour me dire que mon bateau était chaviré". C'est tout amer que Jean-Pierre Thébault explique le calvaire qu'il vit depuis près d'un mois. Une amertume qui l'atteint d'autant plus qu'il y a six ans, son bateau avait déjà été touché par le tsunami.
Malgré ce moral en berne, le breton espère une indemnisation la plus optimale au niveau de son assurance.
A ce sujet, Michel Vennere, de la direction des Affaires maritimes, confirme les craintes des propriétaires. "Aucun décret de catastrophe naturelle n'est dans les tuyaux, l'ampleur du phénomène ne s'y prêtant pas, contrairement à décembre 2004. Dans ces conditions, c'est le droit commun qui s'applique", rappelle-t-il froidement. Sans surprise, les propriétaires devront faire jouer leurs assurances.
Loin de se contenter de cette dilution des responsabilités, Jean-Pierre Thébault s'avance en promettant une action commune avec les trois autres propriétaires lésés dans cette affaire. Pour le moment, cette action n'est pas à l'ordre du jour.
L'expert, qui est passé le 29 octobre constater les dégâts, rendra son rapport à son assurance dans les jours prochains. Jusqu'à cette date, le K’Frin Breizh reste à quai, le toit toujours défoncé par son chavirage dans le port.
"Le président de la CCIR aurait pu, au moins, se déplacer"
Son bateau de pêche extrait de l'eau à l’aide d’une grue le soir même et immobilisé depuis trois semaines, le propriétaire ne sait plus à quel saint se vouer. En attendant le rapport d'expertise qui attestera de la hauteur du remboursement possible, le breton de 62 ans n'en reste pas moins écœuré. "A mon âge, même si ce n'est qu'un dommage matériel, ça fait mal au moral. J'en attendais plus des différents interlocuteurs. Le président de la Chambre de commerce aurait pu au moins se déplacer, par politesse au moins, pour constater. Rien, il n'y a rien eu".
Au cœur du grief que le marin pêcheur fait à la CCIR se trouve la disposition générale du port. "Je ne suis pas ingénieur mais ce port est mal conçu. C'est la deuxième fois après 2004 que la même rangée de pontons est atteinte, c'est celle située en entrée de port, il manque forcément une sortie Sud pour permettre à une trop forte affluence de se dégager et de créer un passage. Actuellement ce port c'est un cul-de-sac, ce port est mal branlé", dit-il sans détour.
La flexibilité du ponton est mise en cause
Il n'en reste pas là : "On se pose des questions dans le port. Vous voyez, déjà il n'y a pas eu d'alerte. De plus, le ponton A sur lequel mon bateau était amarré aurait dû monter en fonction de la hauteur de l'eau, ça n'a pas été le cas". Le phénomène de marnage qui provoque des gisants (flux) et des jusants (reflux) quand il rencontre un obstacle ou un endroit confiné comme un port a inévitablement engendré des contacts entre les bateaux.
En attendant un éventuel dédommagement de la part de son assurance, "pour un bateau qui coûte pas moins de 55.000 euros tout de même", selon son propriétaire, Jean-Pierre Thébault reste suspendu au rapport de l'expert.


