Le lagon a-t-il bénéficié de la création de la Réserve marine ?


Voilà plus de trois ans que le lagon de la Réunion est sanctuarisé. Une sanctuarisation rendue possible par la publication au Journal Officiel du décret du 21 février 2007 portant création de la Réserve naturelle nationale marine de la Réunion. Une Réserve qui a bénéficié du travail associatif de l'ancien Parc marin de la Réunion dont le statut ne pouvait convenir à un financement public, d'où la création en groupement d'intérêt public.
Menacés par une fréquentation humaine grandissante, une pêche excessive et les effets désastreux des rejets d'eaux usées en mer ou du phénomène naturel d'érosion, les récifs coralliens de la Réunion tentent depuis trois ans de regagner du terrain.
100 procès verbaux dressés en un an
Couvrant une superficie de 3.500 hectares sur 40 kilomètres de littoral, la réserve concerne les communes de Saint-Paul, Trois Bassins, Saint-Leu, les Avirons et l'Etang Salé. Avec ses 20 km de barrière corallienne discontinue, elle intègre environ 75 % du patrimoine corallien de l'île. Cinq sanctuaires sont totalement interdits d'activité. Ils se situent sur les côtes de l'Etang-Salé, de Saint-Leu, de l'Ermitage-les-bains, de la pointe des Trois bassins et de la Saline-les-bains (au Nord de Trou d'eau).
La protection du récif corallien reste la mission principale assignée au GIP. Cette mission a été largement renforcée par un pouvoir de police dont peuvent se prévaloir les gardes-techniciens assermentés depuis la fin 2009 (plus connus sous le nom de brigade marine). Depuis un an, près de 100 procès verbaux ont ainsi été dressés.
Afin d'expliquer ce mal-être du lagon, Bruce Cauvin, responsable de l'éducation et de la sensibilisation à la Réserve marine, préfère parler de causes multi-factorielles. En premier lieu, on retrouve l'habituel piétinement humain dans le lagon, première cause de dégradation des sites. Dans une moindre proportion se trouve le braconnage ou, plus pernicieux, l'érosion qui envoie dans le lagon des nitrates ou du phosphate issus d'activités humaines (agriculture ou molécules présentes dans les produits ménagers).
Aujourd'hui, le blanchissement corallien reste préoccupant au niveau des coraux de l'Etang-Salé et de la Saline rappelle Bruce Cauvin.
Phénomène nouveau mais tout aussi inquiétant car global, les relevés démontrent une augmentation de la température de l'eau dans le lagon.
Le taux de recouvrement du récif corallien aurait régressé ces dix dernières années, passant de 60 à 40%. Le site de Saint-Leu, avec un taux de recouvrement corallien de 80%, demeure un coin d'oasis qui donne de l'espoir aux scientifiques.
Une dizaine de balises arrachées
Concernant les poissons, le directeur de la Réserve reste plus inquiet concernant les espèces présentant un intérêt commercial. Leur présence est "quasi nulle", dit Emmanuel Tessier. Aussi, de façon plus large, le poids moyen des poissons sur une surface donnée est extrêmement faible. Un signe de plus de forte exploitation du lagon.
Mais le recul n'est pas possible. 2011 ou 2012 devraient apporter des éléments nouveaux. Un point d'étape 1 recensera l'ensemble des constatations scientifiques relevées depuis le point zéro de 2005.
Le balisage du lagon a, lui, été mis en place en cours d'année dernière et "est de mieux en mieux compris des acteurs du lagon", selon Bruce Cauvin.
Seule ombre au tableau, la perte d'une dizaine de balises sur 40 ne permet plus de délimiter "visuellement" certaines zones sanctuarisées. Le directeur de la Réserve relativise : "ça fait près d'un an que nous avons ce problème. Évidemment, il est plus facile d'exercer le pouvoir de police avec des balises en place, mais si des zones sont non-balisées actuellement, les gens de la mer sont compréhensifs. De plus, les bateaux ont gardé les positions GPS des balises, même si celles-ci ne sont plus présentes". Des balises avec un nouveau système d'attache sont attendues dans quelques semaines. Le dossier est suivi par la Diren.
Au bout de trois ans d'activité, la Réserve marine de la Réunion semble avoir donc pris son rythme de croisière. "Seule reste la confusion dans l'esprit des gens entre Parc marin et Réserve marine", ironise Bruce Cauvin. Et pour cause, puisque la création de la Réserve marine a bénéficié du travail du… défunt Parc marin qui, lui, avait été créé 10 ans plus tôt, en 1997. L'exigence de la préservation de cet espace naturel avait ainsi rendu obligatoire le passage du statut associatif, peu propice à la gestion de la Réserve nouvellement créée, à celui de GIP.
Cette configuration semble pour le moment répondre à l'exigence de la mutualisation des expertises des multiples acteurs, qu'ils soient scientifiques ou simples pêcheurs. Mais au-delà des dégâts causés localement (eaux usées, drainage de produits chimiques à cause de l'érosion…), le réchauffement climatique pourrait apporter son lot de changements sur la fragile barrière corallienne de la Réunion.
L'émerveillement comme outil de sensibilisation
Avec un budget de 900.000 euros, la Réserve doit continuer à cibler ses interventions. Emmanuel Tessier envisage des campagnes d'information dans les avions, "avant même que les touristes ne posent les pieds sur l'île", dit-il.
En attendant, les 14 employés de la Réserve marine s'attachent à sensibiliser la population locale. A côté des traditionnelles interventions auprès des scolaires, un autre moyen original de sensibiliser est sans doute d'émerveiller le public. C'est pour atteindre ce but que des visites guidées en masques et tubas sont proposées par la Réserve.
L'émerveillement reste donc une des armes des professionnels de la Réserve. Devant le combat à mener, Emmanuel Tessier demeure optimiste : "Ce n'est pas un combat perdu d'avance. Il reste difficile. On ne va pas se leurrer. Les gens ne sont pas conscients de tout ce que le lagon peut apporter. Mais je pense que d'une certaine façon, le lagon de la Réunion doit s'appuyer sur le classement des montagnes au patrimoine de l'Humanité afin que l'île devienne aussi bien une île verte qu'une île bleue".
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Historique de la préservation du lagon de la Réunion :
Fin des années 70 : premiers signes de dégradation des récifs coralliens, premiers arrêtés de protection de la ressource de pêche.
Années 80 : les collectivités locales financent de grands programmes de sensibilisation du public et de construction de stations d'épuration. L'idée d'une structure spécifique pour gérer et protéger les récifs coralliens est émise.
Début des années 1990 : colloque sur les récifs coralliens, renforcement des protections réglementaires.
1994 : seconde étude pour la mise en place d'un Parc Marin.
17 juillet 1997 : création de l'Association Parc marin.
Décret du 21 février 2007 portant création de la réserve naturelle nationale marine de la Réunion


