Revenir à la rubrique : Non classé | Société

Notes de lecture : "Sur la dalle", de Fred Vargas

Un polar époustouflant, par un maître du genre !
Ecrit par Jules Benard – le dimanche 13 août 2023 à 10H15

Le commissaire Adamsberg, comme son vieux copain Poirot, travaille beaucoup avec ses petites cellules grises mais différemment. Quand Poirot les agite en permanence, Adamsberg, lui, les laisse aller et venir à leur guise, souvent pour les oublier sans comprendre pourquoi tel ou tel éclair lui a traversé l’esprit pour aussitôt s’enfouir dans les limbes. Peu lui chaut, il les retrouvera à l’orée du bois un de ces quatre « et fiat lux », comme disait Burma.

Adamsberg est très mal vu de sa hiérarchie, qu’il méprise souverainement et dont il outrepasse souvent les directives. Tous les divisionnaires de Navarre aimeraient le chasser à coups de pompes dans le larynx mais comment virer un flic qui réussit toutes ses enquêtes, surtout les plus compliquées dont même ses collègues les plus chevronnés n’ont pas voulues ?

Outre ses cellules grises, Adamsberg utilise également les compétences souvent musclées de ses équipiers. Comme cette inspectrice un petit peu moins baraquée qu’un bucheron canadien, courant plus vite qu’un champion de 200 mètres, capable d’assommer trois dangereux filous en collant le canon de son Sig-9mm sur la nuque de leur chef, tirant plus vite que l’ombre de Lucky Lucke. Ou cet autre lieutenant, hypersomniaque, qui doit faire une petite sieste de quatre heures… toutes les quatre heures, mais indispensable car ce génie de l’informatique serait capable d’entrer dans les arcanes du Pentagone si Adamsberg le lui demandait poliment. Les autres sont du même acabit, aussi irrespectueux des lois et règlements que leur vénéré patron.

Lors d’un briefing près de la retraite des truands, Adamsberg leur demande ce qu’ils en pensent ; la lieutenante de choc est simple : « On dézingue tout ce qui bouge et on entre ».

Finaud comme c’est pas permis, monsieur Vargas, outre l’intrigue principale, arrive à nous en fournir deux autres qui n’ont jamais l’air d’être des cheveux sur la soupe. Très fort.

Ce coup-ci, la fine équipe est envoyée dans les parages de Combourg où un descendant direct de Chateaubriand et sosie parfait de son illustre ancêtre, est accusé d’avoir commis une série de crimes aussi horribles qu’impossibles. Les flics n’y croient pas une seconde et se penchent alors sur les moindres soupçons d’indices. Pendant ce temps, les petites cellules grises d’Adamsberg vont et viennent jusqu’à ce qu’allongé sur la dalle d’un dolmen, il parvienne à les collationner et s’écrier « eurêka » comme vous savez qui.

On dévore ce gros roman avec une seule hantise : que va-t-il encore trouver à dire dans la page suivante ? Car il en dit tant !

Ajoutant encore à notre plaisir comme tous les faiseurs de poids, Vargas nous délivre les bribes d’une culture époustouflante sans jamais sombrer dans un pédagogisme prétentieux.

Vous avez compris : j’aime, je kiffe, j’en redemande.

P.S. : « Les mémoires d’outre-tombe » est un livre écrit par Chateaubriand après sa mort » (Jean-Charles, La foire aux cancres).

« Sur la dalle »
De Fred Vargas
En librairie

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :