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Mains et jambes amputées : Tatiana veut retrouver sa vie d'avant

Après avoir contracté une forme grave de paludisme, Tatiana, danseuse réunionnaise, a frôlé la mort. Elle a dû subir une amputation des membres inférieurs et des mains. Un élan de solidarité est lancé autour de cette femme courage au moral inébranlable.
Ecrit par Sophie Fontaine – le lundi 9 janvier 2023 à 10H48

Tatiana est une sportive et danseuse de Kizomba installée à Londres depuis une dizaine d’années. L’année qui vient de s’achever a été pour la Réunionnaise l’une des plus belles mais aussi l’une des plus terribles. “C’est l’année où j’ai pu voyager, où j’ai eu une augmentation, mais aussi celle qui m’a transformée, celle où j'ai contracté le paludisme", confie-t-elle.

Après une période de restriction liée au Covid-19, la trentenaire passionnée de voyage et de danse a enfin pu se rendre à Luanda, en Angola, fin avril 2022. "C’était un voyage organisé. Je suis partie en vacances avec un groupe pour aller danser la kizomba là-bas. C’est une danse que je pratique depuis 2015 et que j’adore”.

Sur place, le séjour se passe bien et le groupe de danse de Tatiana connaît son heure de gloire en passant sur la chaîne nationale locale à l’occasion d’une journée dédiée à la danse.“De retour en Angleterre, j’allais bien. Je suis allée travailler, je suis allée danser”, se souvient-elle.
 

"Je suis en vie c’est tout ce qui compte"

Tout commence à se gâter au bout de quelques jours, suite à un accident de vélo : "En allant au travail, je suis tombée en vélo", rapporte-t-elle.

En raison de nombreuses douleurs ressenties après cette chute, elle décide de se rendre à l’hôpital et se voit mise au repos. "Après, c’est un peu flou. J’étais chez une amie. Mes amis m’ont rapporté que j’allais bien et un jour, tout à coup, plus du tout”.

L’état de santé de Tatiana se dégrade. Elle s’affaiblit, a du mal à parler ou à marcher, et retourne à l’hôpital, sans se douter du lien entre sa situation et son récent voyage.

"Ils ont découvert que j’avais une forme grave de la malaria (ou paludisme), la forme la plus meurtrière. Le lendemain, j’ai été placé dans le coma".

Durant cette période, où des complications aux poumons et aux reins surviennent,  “j’ai frôlé la mort à plusieurs reprises, m’ont rapporté mes proches”. Après quelques semaines plongée dans le coma, Tatiana se réveille, et l'amputation des mains lui est proposée : “Je savais que quelque chose de grave venait de m’arriver, mais je ne savais pas quoi. J’étais sous médicaments. (...) C’était pas encore très clair pour moi, mais assez pour accepter l’amputation. Mes bras et mes jambes étaient tout noir. C’était l’unique solution pour me sauver la vie".

Fin juin, elle subit d’abord une amputation des deux mains, puis début juillet, des deux jambes.  “Je suis restée à l’hôpital pendant trois mois pour récupérer. (...) La cicatrisation s’est bien passée”.

Une fois admise en rééducation où elle se trouve encore aujourd’hui, Tatiana prend peu à peu conscience de ce qui lui est arrivé :  “J'ai commencé à réaliser. J’ai réalisé que mon corps ne ressemblait plus à ce qu’il était avant, que je n’étais plus la même. Ça a été le choc, mais je suis  en vie, c’est tout ce qui compte. J’ai réalisé que c’était mon nouveau corps et ma nouvelle vie, qu’il fallait juste être forte et continuer".

"Je vais redanser"

D’un mental d’acier, la danseuse, connue désormais sous le nom de BionicTati, compte profiter de cette nouvelle vie, “une nouvelle chance” qu’elle compte bien saisir : “J’aime la vie et ça ne m’empêche pas de faire du sport, de voyager, de revenir à La Réunion en vacances ou de danser. Mon handicap ne m'empêchera pas de vivre", assure-t-elle.

Entourée de ses proches, de l’entreprise dans laquelle elle travaille, elle remercie ceux qui lui ont apporté du soutien, et ne lâche pas son objectif : “Je suis très contente d’être en vie, d’avoir une autre chance. Je vais redanser. Je ne vois pas ma vie sans danse”.

Jour après jour, elle s’habitue à ce nouveau corps et à ses prothèses, qui ne lui permettent cependant pas d’effectuer tous les gestes qu’elle voudrait. D’autres prothèses, à la technologie plus avancée, mais aussi coûteuses, devraient l’aider à atteindre son but. Pour les financer, ses proches ont lancé un appel à la solidarité au travers d’une cagnotte en ligne.

Tatiana tient également à alerter sur le paludisme, qui continue de tuer : "Ce qui m'est arrivé aurait pu être évité. Avant de voyager, je ne me suis pas vraiment informée, il n’y avait que le covid dont on parlait. On était vraiment focus sur le Covid, je n'ai pas regardé. La malaria tue des gens. Je conseille à tous de se renseigner au maximum avant de voyager".

Le paludisme, ou malaria, est une maladie potentiellement mortelle causée par des parasites transmis par les piqûres de moustiques infectés. En 2020, l’organisation mondiale de la Santé (OMS) estimait à 241 millions le nombre de cas dans le monde et  627.000 décès imputables à la maladie.

Une protection contre les piqûres de moustiques et une chimioprophylaxie (administration en prévention un médicament anti-infectieux) par Atovaquone-Proguanil ou Doxycycline ou Méfloquine est recommandée pour voyager en Angola, quelle que soit la période de l'année.

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