Les Chroniques de Tonton Jules # 114 - Délation fiscale et égoïsme syndical

C’était à peu près le conseil que donnait Lénine aux membres du soviet suprême en guise de leçon de réalisme politique. C’est si tentant de croire une rumeur… Le large succès des « informations » (!) complotistes est là pour le prouver.
Là, chez nous, on se croirait revenu aux pires heures de la Collaboration : les Français étaient chaudement invités par le Maréchal, Laval, Doriot, la Milice, la Gestapo, à dénoncer tout ce qui passait à leur portée, les juifs, les tziganes, les communistes, les francs-maçons, les homosexuels, les trafiquants de tickets de rationnement, les BOF (beurre-oeufs-fromages au noir), les ennemis de l’État français cachant des israélites, les trafiquants d’armes, les saboteurs, les assassins d’occupants, ceux pissant dans la rue, les masturbateurs compulsifs, les voyeurs des pissotières publiques, les coprophages, etc.
Et ils ne s’en sont pas privés, ces fumiers, qui s’empressaient très souvent de dénoncer le voisin… pour lui piquer ses meubles ou sa femme ou son vélo.
Ben là, c’est du pareil au même : le responsable de la Cour régionale des Comptes demande aux citoyens réunionnais de dénoncer, sous couvert d’anonymat, les personnes soupçonnées de profiter du système, trop gros salaires, tricheries fiscales, placement de pognon à l’étranger, voitures peu en rapport avec le poste occupé… La liste n’est pas exhaustive.
Si ça n’est pas de la délation avec bénédiction des pouvoirs publics, qu’on m’explique ce que c’est !
On flatte ainsi les plus bas instincts de l’individu et cette saloperie de démarche est assez bien pensée : le sport préféré des Réunionnais étant le ladi lafé, gageons que la Cour des sales Comptes va devoir se payer une boîte aux lettres, physique ou en ligne, plus grosse que prévue.
Tant qu’elle y est, cette Cour qui pue, je lui suggère de remettre à l’honneur les bounty killers. Je vois bien des affiches « WANTED » placardées ici ou là. Quelques exemples :
« WANTED » Aniel Boyer, indépendantiste, 10.000 euros, dead or alive.
« WANTED » Didier Robert, prise illégale d’intérêts, 20.000 euros, dead or alive.
« WANTED » TAK, prise illégale d’intérêts, 30.000 euros, dead or alive.
« WANTED » Tonton Jules, emmerdeur public, 40.000 euros…
Non mais on est où, là ? On est où, b… de D… de… N… de D… de b… de m… ? C’est encore la France, « ça » ? Ou l’Amérique de Trump ? Ou la Russie de Vladimir 1er ? Ou le Brésil de Bolsonaro ?
Dans mes leçons de morale de l’école primaire, Mâââme Fritz m’apprenait qu’il fallait aimer mes copains, leur prêter main-forte, leur prêter mon stylo, jouer avec les plus faibles, ne mépriser personne, ne tenir aucun compte des disgrâces physiques, ne jamais croire que certaines races sont supérieures, ne pas me moquer du copain dyslexique mais plutôt l’aider à mieux parler. Et c’était enthousiasmant, pour le sentimental romantique que j’étais, ces leçons de vrai savoir-vivre.
Que je t’adore, Mâââme Fritz, d’avoir aidé à faire de moi celui que j’ai essayé d’être et de rester !
Et voici qu’un gros connard de fonctionnaire vient battre en brèche toutes les leçons d’humanisme qui me resteront, de toute façon, chères au coeur.
Mais bon, obéissons, comme un toutou stupide, à ce Courdescons de service. J’ai une info pour toi, sale quart-de-micheton :
On susurre, sous le sceau du secret, que le directeur de la Cour régionale des Comptes palperait un salaire démesuré et aurait un énorme SUV de service, sans compter que son logement de service est plus luxueux que celui de Kim Kardashian au Georges V.
Ne l’ébruitons pas.
On a parfois honte d’être créole. C’est mon cas aujourd’hui.
Un syndicat de pompiers, que je ne citerai pas par pure charité athée, a reproché au SDIS-Réunion de « gaspiller » une dizaine de sapeurs professionnels pour venir en aide aux collègues des Landes aux prises avec les désastres démentiels que l’on sait. Si mon voisin se casse la gueule dans les escaliers, ne surtout pas lui porter secours car il pourrait m’entraîner dans sa chute, ce fumier !
Bref, on se demande si le simple devoir d’entraide existe toujours ou s’il ne faut plus en parler parce qu’on risque d’avoir besoin d’un pompier quelque part ici-même.
Je crois me souvenir que lors de très grands incendies, comme au Maïdo, y’a pas si longtemps, on a été bien heureux de recevoir des Dash-8, des Canadair et des volontaires du feu venus de l’Hexagone.
Personne, là-bas, n’a reproché quoi que ce soit à qui que ce soit. Je sais pertinemment que nos effectifs locaux sont en-dessous de tout et c’est honteux. Est-ce suffisant pour justifier un manque d’assistance à personne en danger ?


