Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : « La NRL : “Voyage en absurdie” »

« Un viaduc, et après ? ». Telle était la question posée par Jean-Marc Collienne et Claude Montanet aux cinq invités présents sur le plateau de Réunion La 1ère. J’avoue que je m’étais installé devant mon téléviseur un peu dubitatif. Qu’allait-on bien pouvoir nous dire que nous ne savions déjà ? Sachant que les interrogations légitimes des citoyens réunionnais sur cette route à deux milliards (et l’ardoise va encore compter quelques centaines de millions de plus) restent sans réponse depuis des années.
Pendant 1h 20, le débat, contrairement à ce que je craignais, fut intéressant, pour ne pas dire passionnant, grâce notamment à trois invités qui ont dit clairement les choses. Sans langue de bois !
L’un d’entre eux est bien connu des Réunionnais : Jacques Écormier, ancien chef-prévisionniste à Météo-France. Il n’a pas exclu - dans 10, 20, 80 ans - qu’un cyclone particulièrement violent ne nous refasse le coup du pont de la rivière Saint-Étienne : un pilier s’effondre et toute la structure s’écroule comme un château de cartes. Cela fait froid dans le dos !
La deuxième invitée, Martine Nourry, consultante indépendante et citoyenne engagée, a sereinement mis sur la table les enjeux de toutes natures auxquels nous serons confrontés dans les années et décennies à venir. Et si gouverner c’est prévoir, on peut être légitimement inquiet pour l’avenir.
Enfin François Payet, président de l’association Alternative Transports-Réunion, a rappelé que le “tout voiture” appartient à une époque révolue.
La tendance, à long terme (et nous le savons tous) est à une hausse sensible des prix de l’essence. Nos voisins-cousins mauriciens l’ont bien compris qui ont inauguré leur métro express dès octobre 2019.
L’on sait également que toute nouvelle route ouverte à la circulation entraîne automatiquement une hausse du trafic.
Enfin le coma circulatoire que tout le monde évoque n’est pas un horizon lointain. Il est le quotidien de milliers de femmes et d’hommes qui perdent, matin et soir, temps, argent, énergie, bien-être physique et moral, dans les kilomètres d’embouteillages.
Le temps presse. Des décisions fortes doivent être prises pour que les mobilités douces ne soient pas uniquement un slogan de campagnes électorales.
Dans le cas contraire, faute de volontarisme politique, le « voyage en absurdie » se poursuivra. Jusqu’à la paralysie totale. De nos routes. De notre économie. De notre vie.
1. Par ordre alphabétique : Jacques Écormier - Jean-Pierre Marchaud - Jean-Jacques Morel - Martine Nourry - François Payet.


