Son avocat se retirant à la dernière minute, le procès du père violent renvoyé pour la 3e fois

Pour comprendre la situation, il faut remonter au 15 décembre 2021. Ce jour-là, Paul* et Véronica* sont présentés au tribunal de Saint-Pierre dans le cadre d’une comparution immédiate. Lui est poursuivi pour des actes de violence sur sa fille, mais surtout sur le premier enfant de sa femme. La mère est de son côté poursuivi pour non-dénonciation de mauvais traitements. Les deux sont également accusés de privation de soins et d’aliments envers les enfants.
Comme le prévoit la loi, les deux prévenus ont demandé un renvoi afin de préparer leur défense. Une expertise psychiatrique des deux prévenus est alors exigée. Ils sont placés sous contrôle judiciaire jusqu’au procès fixé au 19 janvier 2022. Les enfants ont été placés en famille d’accueil.
Les expertises psychiatriques n’arrivent toujours pas
Durant le mois séparant les deux audiences, de nouveaux événements viennent changer la donne. Seulement quatre jours après l’audience, Paul a violemment agressé Véronica. La mère de famille va alors se libérer de son emprise et affirmer que ces violences sont habituelles. Les enfants, toujours en famille d’accueil, vont confirmer ses dires. Paul a également commis des sévices sur l’animal de la famille.
Suite à cette agression, Paul a été placé en détention provisoire en attente du procès. Le 19 janvier, c’est donc escorté par les forces de l’ordre qu’il arrive au tribunal. C’est à ce moment que Véronica l’informe qu’elle a engagé une procédure de divorce. L’accompagnement de l’association réunionnaise pour l’aide aux familles et aux victimes (ARAJUFA) et de son avocate, Me Delphine Savigny, lui a fait prendre conscience de la spirale infernale dont elle était prisonnière.
Malheureusement, les expertises psychiatriques ne sont pas arrivées et la présidente du tribunal n’a pas d’autres choix que de renvoyer à nouveau le procès. Celui-ci est alors fixé au 23 février. Le jour de l’audience approche, mais seule l’expertise psychiatrique de Paul est arrivée dans les mains des magistrats. Un changement d’expert est demandé et l’audience est repoussée au 16 mars.
La période de détention passée, il est libéré
Toutefois, ce dernier report n’est pas sans conséquence. La durée légale d’un maintien en détention dans le cadre d’une comparution immédiate étant de deux mois, il est donc libéré à une semaine du procès. Le maintenir en prison serait techniquement une mesure arbitraire.
Le parquet a donc prévenu l’ARAJUFA afin d’en informer Véronica. Celle-ci se voit remettre un téléphone grave danger (TGV). Il ne faudra que 3 jours pour qu’elle l’active puisque Paul a tenté de la joindre. Placé en garde à vue dès le lendemain, il est relâché puisque seulement trois jours séparent l’arrestation du procès. Effectivement, rien ne se produit.
L’avocat de la défense se retire
Hier, tous les éléments étaient donc en place pour que se tienne enfin le procès. Le prévenu a même apporté son sac en prévision de son incarcération. Néanmoins, à la surprise générale, Me Alain Le Bras va annoncer vouloir se déporter de la défense de son client. Le procès comportant deux affaires distinctes, les violences sur les enfants puis les violences conjugales, la jonction des deux doit être prononcée.
L’avocat estime avoir reçu les éléments de la deuxième affaire trop tard. Il affirme que c’est donc toute sa défense qui est remise en cause. Déclarant ne pas se mettre d’accord avec son client sur la nouvelle ligne de défense à suivre, il se retire du dossier. Le prévenu va de son côté exiger un nouvel avocat, mais refuse que celui-ci le défende dans la soirée sans avoir préalablement étudié le dossier en profondeur.
La bâtonnière Séverine Ferrante arrive en urgence et s’entretient avec les magistrats sur la suite des évènements. Ils décident de renvoyer le procès pour la 3e fois, le temps de désigner un nouvel avocat pour Paul. Néanmoins, il ne peut pas être placé en détention jusqu’à la nouvelle date fixée au 6 avril. La procureure lui rappelle qu’au moindre contact avec Véronica, il donnerait alors le motif légal pour le faire.
À la sortie de l’audience, le prévenu ne sait pas où aller et se retrouve à la rue. Du côté de la mère, c’est la peur qui domine en le sachant en liberté. Face à cette situation rocambolesque, tous les protagonistes de l’affaire espèrent que rien de grave n’arrive jusqu’à l’audience du 6 avril.
* noms d'emprunt


