Un réseau de passeurs identifié après des mois d'écoutes

Quatre trajets, et guère plus de 500€ de revenus au total. À écouter le trentenaire à la barre du tribunal correctionnel de Mamoudzou, son rôle dans le réseau de passeurs a été plus que modeste. Mais le parquet avait contre lui un dossier d'une rare épaisseur pour une affaire de ce type. En tout, quatre mois d'écoutes téléphoniques, de septembre à janvier dernier, qui dressent un portrait bien différent du jeune homme. On l'y entend donner des ordres, et faire preuve d'un cynisme glaçant à l'égard des passagers. Ces derniers sont qualifiés de "corossols", de "maniocs" ou encore de "cocos" voire de "choses" que le passeur n'hésite pas à menacer de "pousser à l'eau".
Les écoutes montrent que l'homme, surnommé Chakri, était l'acheteur d'une barque, et qu'il se chargeait de toute la logistique du côté mahorais du trafic : transport des passagers en taxis clandestins à l'arrivée, fourniture de téléphones prépayés aux pilotes des barques, mais aussi encaissement. Les écoutes font état de milliers d'euros, de transport d'Anjouannais mais aussi d'Africains, transportés comme du bétail sur des barques chargées de cigarettes de contrebande, de zébus, de chèvres et autres moutons.
"La semaine dernière, il a été question d’un certain nombre de personnes décédées entre les Comores et Mayotte. Cela arrive tout le temps. Ces faits ne sont pas que des faits d’atteinte à l’intégrité des frontières, ce sont des faits qui mettent la vie des personnes en jeu, pour un gain financier", a exprimé le substitut du procureur qui réclamait 4 ans ferme.
Malgré ses tentatives pour minimiser les faits, le prévenu, seul à la barre, a été condamné à 3 ans de détention, cinq ans d'interdiction du territoire français et 3000€ d'amende. Ses complices présumés, abondamment cités dans les écoutes, seraient quant à eux cachés à Anjouan. Le réseau, lui, a pris un coup dans l'aile.


