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"Un an après" - Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 5 août 2021 à 10H03

4 août 2020. 214 morts. 6500 blessés.

4 août 2021. RIEN !

La classe politique s’accroche à ses privilèges, bloque toute enquête judiciaire et perpétue un système politique vérolé par des décennies de prédation, de corruption, de clientélisme.

4 août 2020. L’explosion ravage le port de Beyrouth, détruit une grande partie de la ville. À ce jour, aucun responsable n’a été mis en examen.

Beyrouth expose ses stigmates. La population tente de s’organiser pour survivre dans un pays où l’état libanais n’est plus qu’une ombre malfaisante.

Prédation, corruption, clientélisme. The show must go on ! La caste au pouvoir n’a rien perdu de ses mauvaises habitudes, nichée au cœur d’une organisation qui a permis la fortune de quelques grands féodaux.

La scène politique est un théâtre d’ombres où les mêmes acteurs jouent la même pièce depuis des décennies. Mais plus personne n’est dupe, surtout pas les Libanais, victimes de l’incurie de leurs dirigeants. Et, chose nouvelle, la communauté internationale, réveillée de sa léthargie par l’explosion d’août 2020, n’accorde plus aucun crédit à un pouvoir qui, chaque jour, étale son impuissance (selon certains), sa duplicité (selon d’autres).

« Il faut que tout change pour que rien ne change », affirme Tancredi (Alain Delon, dans Le Guépard, film de Luchino Visconti inspiré du roman de Lampedusa). Cette formule, les cyniques de Beyrouth l’ont usée jusqu’à la corde.

Mais le peuple libanais, à l’instar d’autres peuples arabes, ne croit plus ni au grand soir, ni aux lendemains qui chantent. Le “dégagisme” fera son œuvre. Dans un an. Dans cinq ans. Ou dans six mois. Peu importe ! La façade vermoulue s’écroulera.

Que réclament (à juste titre) les Libanais ? Ce que nous voulons tous dans nos pays : « une société décente », (selon le concept forgé par le philosophe Avishai Margalit), c’est à dire une société dont les institutions n’humilient pas le peuple.

L’espoir existe car la contestation qui a émergé transcende les appartenances confessionnelles et partisanes. Et qu’il faut en finir avec la cogestion communautaire et la république marchande qui ont ruiné le pays, paupérisé la population, exilé les Libanais.
 
Beyrouth est témoin de mon cœur.
De ses rues, j’émigre, et de moi,
Suspendu à un poème sans fin.
Je dis : Mon feu ne meurt pas…
Colombes sur ses immeubles,
Paix sur ses décombres…
Je referme la ville ainsi qu’un livre
Et je porte la terre menue, telle un sac de nuages.
Je me réveille et, dans les habits de mon cadavre, je cherche trace de moi.
Et nous rions : Nous sommes encore en vie.

Mahmoud Darwich, « La Qasida de Beyrouth »

 

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