Deux institutions en conflit autour de la pêche aux requins

Ça chauffe sur le littoral de la côte ouest, mais pas en raison des températures. Début juin, la sous-préfecture de Saint-Paul a organisé une réunion avec la direction de la Réserve naturelle marine de La Réunion (RNMR). Au coeur des discussions, les relations tendues avec le Centre Sécurité Requin (CSR).
Le dialogue semble rompu entre les deux institutions depuis que le conseil scientifique de la RNMR a donné plusieurs avis défavorables sur différents projets présentés par le CSR. Ce blocage de projet n’est pas la seule source de conflit entre les deux organismes. La liste des griefs est assez longue.
166 infractions constatées
Lors d’une auto-saisine du conseil scientifique sur 160 positionnements d’engins de pêche en zones de protection renforcée (ZPR 2A) et dans le sanctuaire de la RNMR, le CSR a expliqué qu’il s’agissait en fait de navires de pêche et non d’engins de pêche. Un argument « douteux » pour la RNMR qui craint que, à défaut de mensonges, les pêcheurs mandatés ne connaissent pas la position de leurs engins de pêche.
Pour la Réserve, cela révélerait le manque de vigilance du CSR sur le suivi des pêcheurs. Des explications qui étonnent, car aucune erreur de positionnement n’est contestée lorsque les observateurs montent sur les bateaux. Pour la RNMR, cela représente 166 infractions, même si cela ne constitue que 2% des positions d’engins de pêche au cours des dernières années.
Pas les bonnes prises
Le conseil scientifique de la RNMR estime que la pêche au requin-bouledogue, principale espèce ciblée par le CSR, est un échec. Cette espèce de squale ne représente que 6% des captures totales. À l’inverse, la RNMR estime que les requins-tigres ne sont pas incriminés dans les accidents et sont trop pêchés. Pire, 66% des captures du programme de pêche du CSR sont des prises accessoires, des espèces pourtant importantes pour l’écosystème récifal.
Pour en finir avec ces dérives, la RNMR a fait plusieurs demandes à la sous-préfecture. Elle exige le respect total des zones de la Réserve interdite à la pêche. La création d’une zone tampon à Saint-Leu et L’Étang-Salé afin de ne plus "jouer la ligne" est souhaitée. De plus, la RNMR voudrait une augmentation du nombre d’observateurs indépendants lors des pêches dans les zones concernées. Enfin, elle désire la transmission de la totalité des données brutes du programme de pêche qui ne soit plus analysé en interne au CSR mais par un organisme indépendant.
La sous-préfète a reçu tous les éléments et rendez-vous a été pris trois mois plus tard afin de faire un point de la situation.


