19/03/1946 - 19/03/1962

D’une date anniversaire l’autre.
Deux 19 mars, bien différents.
D’un côté le 19 mars 1946, sa loi de départementalisation et l’entrée dans la communauté nationale (beaucoup restant à accomplir durant les décennies suivantes pour parvenir à un semblant d’égalité après de longues luttes, pour certaines toujours d’actualité 75 ans après) des ex colonies de la Réunion, de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Guyane.
D’un autre côté le 19 mars 1962, ses fumeux faux accords d’Evian (mais vrais « pourparlers » entravant une France du lâche abandon et dont l’Algérie nouvelle s’affranchit sitôt ceuxlà signés sans qu’on ne la rappelle à l’exigence de ses responsabilités) et la séparation violente, le déchirement après 8 ans d’une guerre fratricide des 15 départements français d’Algérie avec une, dès lors, bien amère patrie pourtant défendue en tous points et en tous lieux, toujours encensée, par ces désormais orphelins de terre natale.
Amputation dont nous portons encore la cicatrice douloureuse, à fleur de peau, dans une adversité non démentie 59 ans plus tard.
Et bien plus douloureuse encore ces derniers temps avec le fumiste « rapport Stora » remis à sa demande au président Macron dont, pour rappel, les propos tenus depuis Alger en février 2017 alors candidat à la présidentielle.
Du sel sur les plaies, sans cesse…
Deux dates, deux destins collectifs.
La joie des uns et la reconnaissance nationale pour près de 700 000 Français des nouveaux DOM qui aujourd’hui font honneur à notre vieux pays, sa richesse et sa fierté.
Le drame et les chemins de l’exil pour catastrophe ultime après tant de tragédies de plus d’un million d’autres Français, d’Algérie, abandonnant tout et toujours en attente que justice leur soit rendue…Une tache de honte indélébile sur le drapeau national.
D’un côté des Français enfin à part entière, d’autres des dits « rapatriés » in fine Français entièrement à part. Ceux que l’Histoire a retenu sous le nom de Pieds-Noirs, et leurs frères Harkis.
Alors ce jour, vendredi 19 mars 2021, le réunionnais d’adoption que je suis depuis 32 ans - adopté et de cœur, reconnaissant de ce que la Réunion la bien nommée lui a offert – se souvient.
De TOUTES les souffrances de celles et de ceux qui durant 8 ans eurent à vivre la cruauté d’une guerre également civile.
Je les fais miennes.
Pas comme catharsis ni à des fins de rédemption, mais en souvenir de ceux - et de ce - qui font aussi ce je suis, ma foi, mes convictions, mes engagements.
J’honore donc en ce jour la mémoire des miens, ballottés par le fumeux vent mauvais de l’Histoire portant les noms de ses responsables que le tribunal des temps qui viennent finira par condamner.
Je les honore répondant en cela sans restriction mentale d’aucune sorte au Onzième commandement d’André Rossfelder dans son roman éponyme (Gallimard 2000) « tu seras fidèle aux tiens, surtout quand la nation les oublie ou les diffame ».
Plus encore, je fais mien ce qu’écrit Antoine de Saint-Exupéry dans « Pilote de guerre » (1942) « Puisque je suis l’un d’eux, je ne renierai jamais les miens quoi qu’ils fassent… ».
Ce qui me fait garder, je l’avoue, quelques rancœurs tenaces!
Et finalement, comme un pied de nez à l’Histoire, ce n’est pas à Roissy, arrivant de la Réunion, qu’à la PAF l’on me dit « bienvenue chez vous », mais bien en mettant les pieds sur ma terre natale algérienne où je me rends parfois et où sont inhumées plusieurs générations de mes aïeux !


