La MCUR et les têtes réduites
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Quelques amis réunionnais, qui savent que j’ai eu plus d’une fois à réfléchir aux problèmes de l’action culturelle, m’ont parlé de la MCUR avec une telle perplexité que j’ai eu envie d’en savoir plus. L’un d’eux m’a apporté, à son dernier voyage, outre quelques superbes mangues, une volumineuse documentation qui m’a d’abord un peu effrayé, puis que j’ai dévorée avec passion. J’ai longtemps hésité à rendre publiques mes réactions. S’il s’était agi uniquement de politique réunionnaise, je me serais abstenu. Mais il s’agit de culture, et elle est sans frontières.
Je le dis donc respectueusement, mais fermement : si j’étais Réunionnais, je ne soutiendrais pas ce projet. Quelqu’un, paraît-il, a objecté que c’était l’île elle-même qui était et devait être une MCUR. Rien n’est plus juste. J’ai longtemps cherché à quoi me faisait penser cette initiative bizarre. Je viens de trouver : c’est une Réunion réduite, à la manière des fameuses têtes réduites des Jivaros, celles de leurs ennemis naturellement.
Comme le disait un humoriste d’antan, "tout est vrai là-dedans, à part que tout est faux". J’ai bien trouvé dans cette abondante (et trop luxueuse) documentation le passé, le présent, le futur de l’île, ses paysages, ses coutumes, son artisanat et, évidemment, les multiples cultures de ses habitants. Rien ne manque, tout est là, mais les Jivaros modernes sont passés par là. Tout a été réduit. Ou, comme disent les dentistes, dévitalisé. La vie s’est absentée, on l’a desséchée, cataloguée, encartée. Et, finalement, ce qui devait susciter l’enthousiasme, la recherche, l’élan, le désir, l’amitié, n’est plus qu’un gigantesque "garde-à-vous!" crié par des propagandistes au service de... Au service de quoi ? Là est la seule vraie originalité de la MCUR, mais cette originalité est perverse : au service d’une volonté de puissance démente où se côtoient - que dis-je, se côtoient !- où copulent avidement le réalisme socialiste gâteux made in URSS et la déjà fort défraîchie "communication", cette pute du pire libéralisme. Vraiment, pour les amateurs de monstres, la MCUR vaut le détour ! Mais on appelle souvent monstres les objets encombrants qu’on dépose deux fois par an devant sa porte pour que les éboueurs les enlèvent.
Louis de Ruti (Paris)


