Capitalisme et écologie : l’impossible réconciliation

Les Gilets Jaunes, ne se revendiquant d’aucune obédience politique particulière, ébranlent depuis quelques jours notre pays suite à l’annonce d’une “taxe carbone” se présentant comme la première d’une série de mesures incarnant la transition écologique. Que cela signifie-t-il ?
À première vue, il s’agirait d’une contestation populaire qui réclamerait plus de pouvoir d’achat et moins de taxes et d’impôts pour les plus démunis. Or, la taxe carbone imposée aux contribuables n’est rien de moins qu’une autre mesure infligée aux classes populaires dans le but de détourner l’attention de l’opinion publique sur les réels enjeux de la transition écologique et de faire le jeu de la culpabilisation.
Cette mesure s’aligne dans ce qui semble être une véritable crise du capitalisme qui doit redoubler d’efforts afin de trouver un compromis avec l’écologie et, par là, tenter d’assimiler ce même mouvement en l’étouffant dans l’œuf. Bémol : écologie et capitalisme, placés dans la même phrase, sonnent comme un véritable oxymore. Le capitalisme, en tentant d’assimiler l’écologie, se rend compte de la caducité de ce projet : ça ne prend pas.
Le Président Macron avait annoncé la suppression de l’ISF au moment où l’on apprenait que 10 % des habitants les plus riches de la planète étaient responsables de plus de la moitié des émissions mondiales de CO2. Or ce gouvernement s’obstine à se réclamer de l’avant-garde de la transition écologique, au point d’avoir créé un ministère portant ce nom, tout en soutenant les moyennes et grandes entreprises, au prétexte que la France aurait besoin d’investisseurs pour créer plus d’emplois et de richesses. Alors qu’une étude révélait qu’en 2017, le 1% des plus riches avait accaparé 82% de la richesse mondiale.
Cependant, cette transition écologique prend, dans le discours officiel des pays industrialisés, une connotation qui la relègue à la simple rhétorique, au simple argument sur fond d’élections, pour surfer sur la tendance actuelle avant de passer à une autre. Rien de plus, rien de moins. Et ce discours se focalise sur la culpabilisation individuelle.
La transition écologique est un projet civilisationnel, pas seulement une série de promesses électoralistes. Ce glissement orchestré se focalise justement sur la culpabilisation individuelle lorsque le problème se trouve au cœur même des pays industrialisés : la consommation de masse et les industries. Par exemple, l’usine russe Norilsk Nickel spécialisée dans l’extraction et la transformation de métaux, produit à elle seule plus de gaz toxiques que la France entière. Les symptômes de ce double discours, la démission de Nicolas Hulot et le mouvement populaire des Gilets Jaunes, témoignent de la cristallisation de cet oxymore et de l’effectivité du paradoxe.
Difficile d’imaginer une coexistence entre capitalisme et écologie. Cet échec se cristallisera au fur et à mesure que le capitalisme sera confronté à ses propres limites. La chute est inexorable : plus l’on tiendra de doubles discours, plus l’échéance sera proche.
Les véritables paramètres à considérer sont au cœur du paradigme écologique : la décentralisation des pouvoirs économique, social et politique ; la déconstruction de certains dogmes, tels la croissance économique infinie ou le recours à la dette ; l’amoindrissement des écarts entre riches et pauvres. En un mot, ce que ne sont ni le capitalisme ni la Macronésie. En faisant de la transition écologique une récupération politique pour s’accaparer le mouvement écologiste, le capitalisme est plus que jamais sur la sellette. Il n’y a pas d’échappatoire possible.
Bruno Bourgeon
D’après le blog Huffpost Maghreb


