Correctionnelle: Elle attache ses deux chiens et les laisse mourir

Si les associations réunionnaises de défense des animaux mènent depuis plusieurs années un combat contre l’errance et la maltraitance, la justice n’a pas toujours suivi. Mais les amis des bêtes se voient encouragés par les condamnations de plus en plus nombreuses.
Ce mardi, c’était au tour de Florence S. de passer devant le juge au tribunal correctionnel de Saint-Pierre. Accusée d’abandon d’un animal domestique par le CRAPA (Collectif Réunionnais d'Assistance et de Protection des Animaux), la femme de 40 ans a quitté la maison qu’elle louait à Saint-Leu en février dernier sans informer le propriétaire. Laissés dans la cour : deux chiens attachés avec moins d’un mètre de corde sans eau ni nourriture. Ce n’est que plus de deux semaines plus tard qu’un voisin alerte une association.
Sur place, les bénévoles découvrent le cadavre d’un chien. L’autre est d’une maigreur choquante et souffre d’une déshydratation très importante. "Pourquoi les avoir laissés sur place ? demande le juge.
Sans même la décence minimale de leur laisser accès à l’eau et la nourriture, Florence S. ne semble pas ressentir de remords. Déjà condamnée pour vol et dégradation en 2012, 3 mois de prison avec sursis et 150 euros d’amende ont été requis par le parquet à son encontre. Elle a finalement été condamnée à 105 heures de travaux d’intérêt général, 97 euros de remboursement de frais de vétérinaire, 800 euros de frais d’avocat de l’association et un euro symbolique pour préjudice moral.
Si pour certains la sévérité de la peine laisse à désirer, Me Ariane Bouvet, avocate du CRAPA, est optimiste. "Toute condamnation en correctionnelle est un pas en avant", déclare-t-elle. En effet, si beaucoup d’affaires restent encore classées sans suite "par manque d’intérêt", selon elle, d’autres individus se sont vu condamnés.
En février dernier, 200 euros d’amende, le remboursement des frais de vétérinaire de 375 euros et des 400 euros de frais d’avocat pour avoir donné un coup de sabre à un chien qui serait passé trop prêt, alors que son maître se trouvait à quelques mètres, à l’Étang-Salé. En janvier dernier, 12 mois ferme pour violences contre sa concubine et un coup de pied mortel à son chien à Saint-Denis. En novembre 2017, 6 mois de sursis, une amende de 300 euros, une interdiction définitive de posséder un animal et la confiscation du chien, pour l’avoir traîné derrière sa voiture à Saint-André.
Des condamnations, oui, mais le CRAPA attend "une sanction exemplaire pour arrêter ce sentiment d'impunité qu'ont les gens". Entre juin 2017 et juin 2018, ce sont 31 plaintes qui ont été reçues par le collectif.
"Changa", la chienne amaigrie abandonnée par Florence S. dans la cour à Saint-Leu qui a survécu, n'avait que 6 mois. "Heureuse et pleine de vie", elle a pu être adoptée.


