[L'édito de Pierrot Dupuy] Chômage : et si Macron avait raison ?

Lors des Journées du patrimoine le week-end dernier, dans les jardins de l'Élysée, Emmanuel Macron a dialogué avec un jeune qui essayait désespéramment de trouver un travail dans l’horticulture.
Selon le jeune homme, en dépit de nombreux CV envoyés, il serait toujours au chômage. Le président de la République lui a donc conseillé de changer de secteur et de postuler dans l'hôtellerie ou la restauration pour trouver rapidement un poste.
"Si vous êtes prêt et motivé, dans l'hôtellerie, les cafés et la restauration, dans le bâtiment, il n'y a pas un endroit où je vais où ils ne me disent pas qu'ils cherchent des gens. Pas un ! Hôtels, cafés, restaurants, je traverse la rue, je vous en trouve !".
Aussitôt, les réseaux sociaux et les partis politiques se sont enflammés. Si certains saluent le "franc-parler" et l'esprit de débrouillardise que préconise le président, d'autres, de loin les plus nombreux, critiquent le ton hautain du président et y voient une insulte envers les chômeurs qui peinent à retrouver du travail ou ne veulent pas changer de secteur ou n’acceptent pas de toucher moins que dans leur précédent emploi.
Et pourtant, Emmanuel Macron a-t-il tort ?
Si l’on veut bien ne pas s’arrêter sur la forme des propos, certes un peu directs et un brin provocateurs, le président de la République ne fait que dire des choses connues de tous.
Il y a un énorme paradoxe en France : Alors qu’officiellement, il y a un peu plus de 6 millions de Français au chômage, dans le même temps, il y a environ 300.000 emplois qui sont là, disponibles, et qui ne trouvent pas preneurs.
Dans quels secteurs ? Et bien, comme l’a dit Emmanuel Macron, dans le bâtiment, la construction, l’hôtellerie-restauration, le transport, l’industrie… On manque par exemple de plombiers, de bouchers, de carreleurs, et j’en passe.
Pour ceux qui écoutent les radios nationales comme moi, on entend presque tous les jours les témoignages de petits patrons ou d’artisans qui cherchent des employés et qui n’en trouvent pas.
On a tous encore en mémoire le cas de ce patron d’un restaurant à Guéret, en métropole, qui a été contraint de fermer son restaurant, car il ne trouvait pas de cuisiniers.
Enfin, ne pas trouver n’est pas le terme exact. Il y a bien des candidats qui se sont présentés, mais soit qui n’avaient pas le niveau, même s’ils avaient les diplômes, ce qui jette un doute sur la qualité des formations dispensées, soit qui ne voulaient pas travailler tard le soir ou le week-end, soit qui trouvaient que ce n’était pas assez bien payé…
Le drame, c’est que ces jeunes n’ont aucune idée de comment fonctionne une entreprise et quelles sont ses contraintes notamment en termes de rentabilité. On ne peut notamment pas dépenser plus qu’on ne gagne…
Et puis pourquoi accepter un boulot difficile quand il suffit de travailler quelques mois pour ensuite toucher les ASSEDIC ?
Mais surtout, le nombre de chômeurs aura du mal à diminuer tant que certaines boites de formation continueront à jeter tous les ans sur le marché du travail des milliers de jeunes qui ont suivi une filière pour devenir prof de sports ou journalistes, pour ne prendre que ces exemples, alors que ces filières sont bouchées et n’embauchent plus depuis longtemps…


