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[L'édito de Pierrot Dupuy] La carrière de Bois Blanc, un mal nécessaire

Ecrit par zinfos974 – le mardi 11 septembre 2018 à 10H00

?? [L'édito de Pierrot Dupuy] La carrière de Bois Blanc, un mal nécessaireEntre 3 et 5.000 personnes ont formé dimanche une chaine humaine pour manifester leur opposition à la création d’une carrière à Bois Blanc, sur le territoire de la commune de Saint-Leu.
 
C’est beaucoup et c’est le signe que la mobilisation ne faiblit pas.
 
Parmi les manifestants, outre la quasi-totalité des candidats aux futures élections législatives de la 7ème circonscription et des opposants politiques au projet de NRL, on trouvait beaucoup de Saint-Leusiens et d’Avironais, particulièrement concernés par les nuisances potentielles : tirs de mine ou passage de camions. Leur opposition peut donc se comprendre.
 
J’aurais été à leur place, j’aurais sans doute fait de même.
 
Mais, dans ce type de dossier, il faut savoir prendre de la hauteur en même temps que du recul.
 
Pour y arriver, je vais vous conter une histoire personnelle. Mes parents avaient acheté alors que la route du Littoral n’existait pas encore, une magnifique case créole à la Possession, la seule à être côté mer, à l’emplacement des travaux actuels d’entrée de la NRL.
 
J’avais à peine quelques mois quand ils s’y sont installés. Il n’y avait rien. Ni eau, ni électricité. Nous avions récupéré un grand trou dans la cour, vestiges d’une fouille pour chercher un trésor, pour y creuser un puit et devions mettre en marche un groupe électrogène tous les soirs pour nous éclairer. Le frigidaire marchait au pétrole ! Un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaitre.
 
Autour de la maison, un grand terrain constitué pour l’essentiel de galets. Au fil des ans, ma mère a fait déverser des tonnes et des tonnes de terre, et a gagné mètre après mètre sur les galets jusqu’à avoir un des plus beaux jardins de la Réunion.
 
Si je vous raconte tout ça, c’est qu’un jour, lors de la mise à quatre voies de la route du Littoral, l’Etat nous a expulsé pour permettre le passage de la route.
 
Ma mère a pleuré toutes les larmes de son corps, comme on dit. Mon père s’est battu, a fait tous les recours possibles et imaginables, mais a fini un jour par devoir s’incliner. Et nous avons dû abandonner la maison familiale et partir. Elle a ensuite été squattée, on y a mis le feu et un jour, elle a été démolie.
 
A chaque fois que je passe devant cet endroit, j’ai un pincement au coeur. Je suis partagé entre deux sentiments : la nostalgie de mon enfance mais en même temps, avec le recul, je me dis que c’était sans doute un mal nécessaire. Nécessaire pour que des dizaines de milliers d’automobilistes puissent circuler correctement entre le Nord et l’Ouest de l’Ile.
 
Plus tard, lors de mes études de Droit, mes professeurs ont formalisé juridiquement ce sentiment : l’intérêt général doit toujours passer avant l’intérêt particulier. Autrement dit, l’intérêt de l’ensemble des Réunionnais passe avant les inconvénients de quelques personnes. Même si on peut comprendre leur colère.
 
D’où ma question ? La NRL est-elle une nécessité ? Posez la question aux milliers d’automobilistes et vous aurez vite la réponse. D’ailleurs, la question avait été posée à tous les Réunionnais lors des Régionales de 2010 et ils avaient répondu oui.
 
Maintenant que les travaux sont très avancés, l’urgence est qu’ils se terminent. Pour ce faire, le chantier a besoin de roches massives. Le seul endroit où on en trouve, nous disent les spécialistes, c’est dans la carrière de Bois Blanc. Il faut donc que la carrière se fasse, même si ça doit gêner quelques riverains.
 
C’est dommage mais c’est comme ça.

 

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