[L'édito de Pierrot Dupuy] Mais que diable va faire François de Rugy dans cette galère ?

La nouvelle est tombée hier en début d’après-midi, heure de La Réunion : c’est finalement François de Rugy qui remplace Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique.
La nouvelle était somme toute prévisible. Après la démission de l’ex-animateur vedette de l’émission Ushaïa, il fallait un poids lourd politique.
Le président Macron avait d’abord à Daniel Cohn-Bendit. Pas de chance, l’ancien meneur de Mai 68 a fini par décliner l’offre.
Il avait aussi pensé à Pascal Canfin, le président de WWF France. Lui aussi a fini par dire non.
Dès lors, la liste se restreignait dangereusement. Il fallait à la fois quelqu’un de médiatiquement connu, histoire d’essayer de faire oublier Nicolas Hulot, qui ait la fibre écologiste bien ancrée et moins instable que l’ancien ministre. Quelqu’un qui ne risquait pas de claquer la porte au bout de trois mois.
Nicolas de Rugy coche la plupart de ces cases, même si c’est à chaque fois en moins bien que Nicolas Hulot.
Il est certes connu, mais sa notoriété n’a rien à voir avec celle de l’ex-animateur de télévision.
Son attachement à la cause écologiste ne peut être contestée. Il peut se prévaloir de 25 ans de militantisme chez les Verts puis à Europe Ecologie-Les Verts et d’une parfaite connaissance des dossiers. Mais contrairement à Nicolas Hulot, il ne pourra jamais se poser en rassembleur de tous les écologistes. Il avait claqué la porte d’Europe Ecologie les Verts en août 2015, en reprochant à ses camarades leur "dérive gauchiste", et cette rupture a laissé des traces qu’il lui sera difficile d’effacer.
Son seul point fort est qu’il est beaucoup plus "souple" que Nicolas Hulot. Il se veut le défenseur d’une ligne pragmatique, là où la plupart des écologistes se font plutôt remarquer par leur dogmatisme. Ce n’est pas lui qui mettra tous les matins sa démission dans la balance pour obtenir un arbitrage favorable. Il a beaucoup trop d’ambition pour prendre ce risque.
Reste quand même une interrogation : que diable va-t-il faire dans cette galère ?
En acceptant ce poste de ministre, fut-il d’Etat, il perd pas mal en termes de salaire. Encore plus embêtant, il peut être viré à tout moment, sur simple décision du président de la République, alors qu’il était certain de conserver son poste de président de l’Assemblée nationale au moins jusqu’à la fin de la mandature, en 2022.
On pourrait ajouter qu’il régresse dans l’ordre protocolaire puisque le président de l’Assemblée nationale est de fait le 4ème personnage de l’Etat. Mais surtout, il échange un poste tranquille, où il faisait surtout de la représentation, pour un ministère hyper exposé, où il marchera sur une mine à chaque pas qu’il fera.
Mais que voulez-vous ? Tel un papillon de nuit, François de Rugy est irrémédiablement attiré par la lumière des projecteurs. Espérons qu’il n’aura pas à le regretter...


