Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

Un an de transition malgache = les urnes aux citoyens, les gisements aux consortiums !

Un après les journées d’insurrection de Février 2009 à l’origine de la chute de Marc Ravalomanana et pour sortir de l’enlisement des négociations de Maputo, la mouvance Rajoelina mise sur les législatives anticipées, tandis que les multinationales se bousculent pour explorer les immenses richesses du sous-sol de Madagascar…
Ecrit par zinfos974 – le vendredi 12 février 2010 à 16H59

Aucune image à la une trouvée pour cet article.

Rentré au pays discrètement le 06 Février dernier après une semaine de campagne médiatique en faveur de son nouveau schéma de sortie de crise "incluant les 3 mouvances de l’opposition dans un Conseil Supérieur de Contrôle de la Transition", on ne sait si le message de Andry Rajoelina assurant que "l’esprit de la Charte de Maputo sera sauvegardé, notamment sur l’exercice consensuel et inclusif du pouvoir" a convaincu ses interlocuteurs européens.

Contrairement à son habitude après ses sorties officielles à l’étranger, les journalistes  malgaches attendent toujours la conférence de presse promise à son arrivée par le Chef de la Transition, signe que les dirigeants – à commencer par le Ministre des Affaires Etrangères Ny Hasina Andriamanjato, donné démissionnaire dans la presse, en attendant confirmation des autorités de transition ! - ont du mal à accorder leurs violons dans l’interprétation de la nouvelle proposition de "l’homme fort de Madagascar"…

Médiation internationale en panne

Dès la première médiation interne du FFKM (Conseil Chrétien des Eglises Malgaches) en Février 2009, on pouvait prévoir l’incompatibilité entre les deux principaux protagonistes de la crise, aboutissant au retrait de la médiation de Mgr Odon Razanakolona et laissant le champ libre à la démocratie de la rue jusqu’au double transfert de pouvoir du 17 Mars 2009, qualifié de "putsch" par la mouvance Ravalomanana et la communauté internationale.

Même son de cloche peu après la signature des Accords de Maputo en Août 2009 lorsque des cadres de l’Union Africaine confient à l’Express (cf" Un accord pour la forme à Madagascar" du 20.08.2009) : "Ravalomanana est prêt à tout pour au mieux revenir au pouvoir, au pire reconquérir son empire agro-alimentaire Tiko […] Quant à Rajoelina, il n’écoute personne et se prévaut indûment du soutien de la France…"

L’entrée en scène des "4 mouvances politiques" - ayant pour chefs de file les "4 Présidents" Didier Ratsiraka, Zafy Albert, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina - sous l’égide du Groupe International de Contact (GIC) a encore compliqué les termes des négociations comme l’explique le politologue malgache Rasolo André : "A partir du moment où le tandem Zafy-Rajoelina n’a pas pu fonctionner, la cohabitation à quatre était vouée à l’échec." (interview dans <laverite.mg> du 24.12.2009).   

La récente résolution le 11 février 2010 du Parlement Européen "convaincu que l’Accord de Maputo et l’Acte additionnel d’Addis-Abeba est le seul cadre possible d’une solution à la crise à Madagascar" renvoie en fait la balle à l’Union Africaine, avec en prime quelques perles exotiques comme la demande de "mise en place rapide du processus de désarmement et de dissolution des milices en vue de rétablir une armée républicaine (cf. point10)" sans doute pour faire plaisir à Robert Mugabe, qui n’hésite pas à  exiger une intervention armée de la SADC à Madagascar !

De son côté, Andry Rajoelina a fait savoir le même jour par voie de communiqué son intention de "solliciter la Cour Européenne pour la démocratie et le droit (organe consultatif du Conseil de l’Europe sur les questions constitutionnelles)… pour que cet organe assiste les autorités malgaches dans la réforme du code électoral, la préparation des prochaines élections et la surveillance des scrutins."

Reconfirmé comme médiateur principal du GIC, Joachim Chissano devra donc faire preuve de souplesse pour relancer le dialogue entre la mouvance Rajoelina et la mouvance "Madagasikara" -nouvelle appellation des "3 mouvances d’opposition Ratsiraka- Zafy – Ravalomanana" après le sommet manqué de Maputo3 - et surtout élargir le débat à la société civile, tous les acteurs s’accordant sur la nécessité d’aller aux élections pour une sortie par le haut de la crise malgache…

 Assemblée constituante pour cinq ans ?

Depuis le début de l'année 2010, les ateliers élargis se succèdent à Antananarivo dans l'espoir de conjurer les accusations d'unilatéralisme envers la mouvance Rajoelina, suite à la décision prise en Conseil des Ministres de la Transition le 18 Décembre 2009 de mettre fin aux accords de Maputo et Addis-Abeba.

En lieu et place des accords déclarés caducs après 5 mois d'inapplicabilité et de marchandages sans fin entre les 4 mouvances, l'Ordonnance 2009-012 du 18 Décembre 2009 institue "la réorganisation du régime de transition vers la 4e République" à mettre en oeuvre dans un délai de 10 mois calendaires.

Pièce maîtresse du nouveau processus de transition "à la malgache", l'organisation d'élections législatives est annoncée dans un premier temps pour le 20 mars prochain puis "dans le courant du mois de Mai 2010, après concertation avec les forces vives du pays": l'enjeu déclaré étant de mettre fin à la logique de partage arithmétique des postes au gouvernement d’union nationale entre les "4 mouvances" « créées de toutes pièces par le GIC et ne reflétant pas l'effectivité du pouvoir entre les mains du gouvernement de la Haute Autorité de Transition (HAT)" d'après la mouvance Rajoelina.

Saluée par les autorités françaises comme "une sortie de crise pacifique"  (par la voix de Bernard Kouchner) mais refusée par l'Union Africaine condamnant de nouveau "le régime illégal de Madagascar" en 14e session des Chefs d'Etat à Addis-Abeba début février 2010, l'initiative d'élections législatives constitue un nouvel exemple de l' "exception politique malgache": s'agira-t-il d'une Assemblée transitoire pour accompagner le processus démocratique jusqu'aux présidentielles prévues en Octobre 2010 (inspirée du modèle de l'Assemblée Constituante française de 1945-1946 ?) ou d'une nouvelle Assemblée Nationale autoproclamée pour 5 ans ?

Dans ce contexte, les entités de la mouvance "Madagasikara" seront tentées de s'aligner sur la position de l'Union Africaine et de refuser les élections unilatérales, à moins d'adopter une stratégie de repli sous la "pression amicale" de la France pour sortir de l'impasse de Maputo, c'est-à-dire intégrer le processus électoral, inéluctable dans toutes les hypothèses de règlement interne de la crise malgache (sans intervention armée étrangère s.v.p.!), mais en exigeant au préalable des clarifications sur le cadre légal des élections législatives proposées par la mouvance Rajoelina, ainsi que sur les modalités opérationnelles d'une véritable Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI).

En cas de consensus avec l'opposition et le Groupe International de Contact, des législatives anticipées permettraient de dégager une majorité parlementaire (provisoire ou pour 5 ans, suivant les scénarios envisagés par la HAT ?), socle d'un gouvernement transitoire d'union nationale chargé d'organiser sans délais la Concertation Nationale et le référendum constitutionnel de la 4e République, suivi des élections présidentielles au plus tard en Octobre 2010, avant la saison des pluies.

En tous cas, à la base les préparatifs matériels se poursuivent: recensement par foyer au niveau des " Fokontany" (cellules administratives de base, correspondant au hameau à la campagne ou au quartier en milieu urbain) et opération carte d'identité qui remplacera la carte électorale, mise en place du dispositif de saisie informatique (doté d’un nouveau logiciel "Sigem") pour la refonte des listes électorales.

Sur le terrain, les candidats députés potentiels commencent à faire valoir leurs cursus et certains - du côté de la mouvance Rajoelina comme  dans l'opposition - sont déjà en pré campagne, avec dons d'argent aux paroisses et chefs traditionnels, distribution de kits scolaires en brousse ou vente de riz à prix cassés dans les grandes villes: comme au bon vieux temps!...

Pragmatisme économique contre souveraineté nationale

Un an de sevrage d' aide économique suspendue depuis Décembre 2008 sous le régime Ravalomanana et 10 mois de pilotage à vue - depuis Mars 2009, début de la gestion de crise sous le régime de la HAT - ont sensiblement réduit la marge de manoeuvre des autorités de transition malgache: à preuve la promulgation par Ordonnance de la Loi de Finances 2010, avalisée in extremis le 31 Décembre 2009 par la Haute Cour Constitutionnelle.

Alors que la crise politique perdure, les multinationales continuent leurs activités à l'instar de QMM (exploitation d'ilménite à Fort Dauphin) et SHERRITT (pré-exploitation de nickel et cobalt à Ambatovy Moramanga) : continuité et recettes de l'Etat obligent, les autorités de transition ont décidé récemment de ne pas renégocier les contrats miniers signés sous le régime précédent.

Les partisans du pragmatisme en matière de gouvernance dans le contexte de crise actuelle justifient ainsi le rapprochement avec la France "partenaire traditionnel de Madagascar" et l'ouverture aux pays asiatiques pourvoyeurs de capitaux privés, à la recherche de nouvelles terres et de matières premières stratégiques: on peut citer par exemple le géant industriel Varun - dont le PDG Kiran Mehta a été nommé consul honoraire de Madagascar en Inde - investissant notamment dans la prospection et l'exploitation du pétrole, du gaz naturel et de l'uranium malgaches (source : <varun.com/index.php/news>).

Pour les partisans d’une "voie alternative" basée sur la souveraineté nationale (Otrikafo, Monima), la crise politique actuelle est au contraire une occasion de rupture avec la stratégie de recolonisation néolibérale mise en oeuvre par le biais de contrats de location ou fermage de terres à très long terme (d'une durée de 50 ans ou plus: lire à ce propos l'article sur <courrierinternational.com> du 28 Octobre 2009 : "les méthodes de l’indien Varun à Madagascar"), garantissant des taux de rentabilité de projets très rentables, des taux de croissance macro-économiques élevés (de l'ordre de 7% en 2008 sous le 2e mandat de Marc Ravalomanana) mais aussi, parallèlement, une paupérisation croissante de la population (plus de 70% de taux de pauvreté dans le cas malgache).

En attendant les retombées de la diplomatie malgache "après-Maputo" - en termes de reconnaissance comme l’espère le Chef de la Transition ou  au contraire de sanctions ciblées, en fonction des recommandations du GIC attendues vers la fin Février - les signaux de relance économique locale par la relance industrielle intérieure, synonyme de création d'emplois et d'économie de devises, s'éloignent un peu plus, comme les promesses de lutte contre la vie chère sur la Place du 13 Mai ou les mirages de souveraineté nationale sur les sables bitumineux  de Bemolanga en cours de prospection par Total – qui compte investir entre 9 et 13 milliards de US $ à l’horizon 2019 - avec l'appui logistique d'Areva.

Face aux ententes des consortiums internationaux, les altermondialistes malgaches en devenir auront au moins cette année du pain sur la planche, afin de conquérir une base électorale et d'arracher une "minorité de blocage" dans le futur gouvernement d'union nationale de transition !

12 Février 2010    AdyGasy-SystemD

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :