Rétro politique : La Réunion n’a pas encore préparé l’après Vergès - Virapoullé

Quelles sont les deux personnalités politiques toujours les plus en vue depuis bientôt 40 ans, à La Réunion ? Gagné, c’est Paul Vergès, président de la Région Réunion, et Jean-Paul Virapoullé, sénateur de La Réunion. Cette année 2009 a confirmé cette réalité. Si le patron du Conseil régional a consolidé et renforcé (par exemple avec la route des Tamarins) sa place de “président de La Réunion”, le parlementaire de l’Est a pris le temps de revenir sur l’échiquier, et cela contre la volonté d’une grande partie de son camp politique.
Paul Vergès a surtout montré tout l’étendu de son pouvoir et de son influence au plus haut niveau de l’Etat, lors des Etats généraux (lancement officiel le mercredi 29 avril). Ce rendez-vous manqué, d’abord par le gouvernement puis par les Réunionnais, a été taillé sur mesure pour faire passer les idées du président de la Région. Sur huit ateliers proposés, quatre étaient présidés par des collaborateurs ou proches de Paul Vergès. Le patron du Conseil régional était également bien représenté dans les quatre autres.
C’est Françoise Vergès, la fille du président, désignée experte transversale, qui a été chargée de remonter jusqu’au Conseil interministériel de l’Outre-mer (le 6 novembre), la conclusion des travaux des Etats généraux. Paul Vergès espérait secrètement y glisser une proposition d’une assemblée unique comme aux Antilles, les Réunionnais n’en ont pas voulu.
Première confrontation aux Européennes
L’inévitable confrontation entre les deux hommes, s’est déroulée lors de la campagne pour les Européennes. Le sénateur Jean-Paul Virapoullé a alors ressorti son vieil épouvantail : “les rêves d’autonomie du grand timonier et son ambition d’instaurer une assemblée unique à La Réunion”. Les vieux fantômes du sénateur, n’ont, semble-t-il, pas effrayé l’électorat réunionnais. C’est en effet Élie Hoarau (PCR) qui a été élu député européen à l’issue du scrutin (dimanche 7 juin).
Toutefois, Jean-Paul Virapoullé a confirmé son retour sur la scène politique, également au cours de ces multiples interventions, lors de la discussion sur la Lodeom. La Loi d’orientation pour le développement économique de l’Outre-mer votée par le Parlement (jeudi 13 mai), alors que La Réunion n’avait pas lancé sur le terrain ses Etats généraux.
Déroute de la droite aux partielles
Le sénateur espérait poursuivre sur sa lancée lors des élections locales partielles. L’annulation de la cantonale de Jean-Claude Fidji (Saint-Denis 4) et Isabelle Poudroux (Saint-Leu 2), et de la municipale de Claude Hoarau (Saint-Louis) et Huguette Bello (Saint-Paul), a relancé un débat politique, à nouveau bipolaire (gauche - droite). Ce rendez-vous électoral a mobilisé tous les partis politiques. Toutefois, ce sont surtout les municipales de Saint-Louis et Saint-Paul qui ont retenu l’attention.
La campagne électorale à Saint-Louis a atteint des proportions inégalées en matière de pression, bêtise, désinformation et intoxication. A Saint-Paul, la division de la droite a frisé par moment le ridicule. Didier Robert pour Alain Bénard et Jean-Paul Virapoullé pour Cyrille Melchior, sont allés jusqu’à Paris, devant les instances nationales, pour obtenir l’investiture de l’UMP pour leur poulain. C’est Didier Robert qui a gagné. Et la droite a perdu.
Si Cyrille Hamilcaro a limité les dégâts à Saint-Louis, Alain Bénard, malgré le soutien de Cyrille Melchior lors du second tour (dimanche 4 octobre), a été laminé à Saint-Paul. 6.000 voix séparaient Huguette Bello de son adversaire. Les résultats dans les cantonales ont conforté le succès de la gauche et du Modem. Jean-Claude Fidji (PS) aux dépens de Jean-Jacques Morel (UMP), et Thierry Robert (Modem soutenu par la gauche) contre Jean-Luc Poudroux (UMP) ont transformé la défaite de la droite, en une déroute. Le triomphe de la gauche et du Modem) a été total.
Tous unis pour les Régionales... sauf les Verts
Ce scrutin a eu le mérite de clarifier les positions au sein des partis politiques traditionnels. Le retour à une bipolarisation de façade a mis fin à au moins deux conflits internes. A droite, Didier Robert et Jean-Paul Virapoullé sont parvenus à un accord pour la construction d’une liste d’union. C’est aussi le cas au PCR, toute la famille communiste s’est retrouvée pour les municipales. L’union sera également de mise pour les Régionales 2010.
Il y aura également une liste d’union au PS. Après plusieurs mois d’un conflit larvé par presse interposée, Patrick Lebreton et Gilbert Annette ont signé une trêve, le temps des Régionales. C’est Michel Vergoz qui a été choisi pour conduire la liste d’union.
Du côté des Verts, c’est l’inverse. Les Verts sont empêtrés dans une bataille de chefs. La concurrence entre les différents responsables de courant a provoqué un véritable séisme. Même le passage de Noël Mamère en décembre n’y a rien changé. 2010 ne sera pas mieux, car le ver est dans le fruit…


