Lucille Got the Blues - So long and one more time, BB !

P… ! Le coup de blues, les enfants. A 12 heures, Europe 1 annonce le départ de BB King pour le paradis des musiciens.
Sûr qu’il va en trouver de sacrés bons, là-haut ; ils vont pourvoir en faire, des " sessions " (nous on dit " un bœuf ") à n’en plus finir. Ils ont tout leur temps.
Que retiendrons-nous de l’homme à la Gibson ? Ben qu’il fut tout simplement l’un des meilleurs guitaristes de blues de tous les temps. Peut-être même le meilleur, cela dépend si on apprécie ou pas les superlatifs.
Les musico-cinéphiles retiendront sa performance dans Blues Brothers 2, quand BB ne cessait de se moquer de lui-même. Tout en nous donnant, mine de rien, une leçon de guitare en même temps que de modestie. C’est l’apanage des vrais grands.
Il y a toujours eu, il y aura toujours, dans les différents domaines de l’expression musicale, un ou deux représentants du genre qui se hisseront, sans faire exprès, parce que surdoués, au-dessus des autres. Cela s’appelle le génie.
Dans le classique, c’est Ludwig. Dans la guitare jazz, ce furent Django et Charlie Christian. La guitare rock ?… Vaste choix, Scotty Moore, Marvin, Clapton, ajoutez les vôtres, je ne peux tous les citer. La guitare flamenco restera le domaine sans partage de Paco de Lucia, Manitas et… Jean-Pierre Santot.
La guitare picking a deux rois, l’un vivant, Chet, l’autre décédé dans le crash de l’avion d’Atlanta, Dadi.
Quand on parle reggae, on songe naturellement à Marley. Mais si Peter Tosh avait survécu à cet attentat, va savoir. La guitare séga a d’excellents pratiquants, dont le maître incontesté est Harry Pitou. Et si on parle de King incontesté, tous styles et toutes époques confondus, il y a Elvis… et puis les autres.
Pour ce qui est de l’excellence du blues, bien sûr BB King se pose un peu là. Mais je citerais aussi Mickey Baker (vu au Théâtre de Plein-Air avec Memphis Slim en 1974) ; John Lee Hooker et re-Clapton.
Il va de soi que tous ces noms appartiennent à mon panthéon musical perso. Je ne conteste pas les choix des autres. Certains préfèrent Mozart à Beethoven, Merle Travis à Chet, Ricky Nelson à Elvis. Je les approuve chaleureusement parce que n’étant pas dans leur peau et leur tête.
Pour finir avec notre héros jour malgré lui, certains demanderont ce que " Lucille " vient faire là. Lucille est le surnom de la guitare de BB King, une Gibson 335 comme celle popularisée par Chuck Berry, mais sans les " effes ", les ouvertures en " F " sur la table d’harmonie. Et sans vibrato si je ne m’abuse. Mais là, je fais confiance à Ange, Awa et autres coquins pour me tirer les oreilles si je me goure.
La pauvre Lucille va se sentir bien seule. Comme la guitare Selmer de Django, exposée dans un petit musée de la région Centre : depuis la port du génial Manouche, plus personne n’a osé jouer dessus. Face le ciel que Lucille ne finisse pas dans un couvent !
“Good bye BB ! Cast your faith to the wind… I’ve got a right to sing the blues… Même le dentiste a le blues… Swingy blues… Oh Dadi blue… Blue finger… Memphis a le blues… Poor boy blues… Blue suede shoes… Mean woman blues… GI blues… Blue Hawaii… Something blue… It’s been a blue day… Blue sky, blue sea, blue me… Don’t make my baby blue…and I send a Blue shadow for you, dear BB !”
Mes amis s’amuseront à retrouver les références bluesy de ce dernier paragraphe, qui ne sont de toute façon qu’un hommage au grand BB King.
Salut à toi, BB ! Le plaisir que tu nous as donné toutes ces décennies t’ouvre toutes grandes les " Blue paradise doors ". N’empêche que tu fais ch… de partir si tôt.
Jules Bénard


