Les cocottes-minute d’Alternéo : tickets 20 % plus chers… bus 50 % plus pourris !

La CIVIS, sans préavis, a augmenté les tarifs de ses bus roses avec, on présume, une pensée émue pour sa population la plus démunie, à savoir plus de 50 % des habitants d’Etang-Salé, Saint-Louis, Cilaos, Saint-Pierre et Petite-Ile.
Le ticket à l’unité est passé de 1,50 à 1,80 euro. Soit 20 % de plus. Ce qui fait en réalité 0,60 centimes de plus par voyage car l’utilisateur dort rarement derrière le marché couvert de Saint-Pierre. Pour des travailleurs et travailleuses gagnant royalement 800 euros, cela fait beaucoup : 15 euros pour 25 jours de boulot.
A se demander quel esprit malade a imaginé une telle aberration et quels esprits faisandés quoiqu’élus ont approuvé cette proposition débile. Car il faut le savoir, la CIVIS, la SEMITTEL et ALTERNEO sont loin d’être en déficit, il s’en faut même de beaucoup.
Si le ticket augmente, l’état des bus en fait autant dans la décrépitude. Si vous montez à bord, fasse le Ciel que ce soit un bon avec une clim en état de marche. Car en plein cagnard sudiste, de 10 à 16 heures, ça mijote, on baigne dans son jus. Au cas contraire, prévoyez une bouteille d’eau glacée et un mouchoir, que dis-je, une serviette de bain. Car les vitres coulissantes i coulisse pas in merde ! Elles sont VISSEES de l’extérieur. Merci l’amer Michel !
De même, lorsque le bus approche, tâchez de deviner si ses amortisseurs sont à la hauteur. Sinon, prévoyez un bon massage réparateur après. Récemment, plusieurs chauffeurs se sont fait porter pâles les reins en compote. Ces bus craquent, grincent, gémissent, rotent et pètent une fois par seconde.
Le clou, si j’ose dire, ce sont les arrêts de bus. On en a mis un tout beau tout mignon devant le tribunal, à l’usage des touristes sans doute ? Ailleurs, ce sont des bancs de 2 mètres de long en fer. J’ai compté : il y a 12 lamelles d’un demi-centimètre d’épaisseur soudées verticalement, qui vous labourent les fesses. Faut avoir le cul en acier pour y rester plus de trois minutes.
Ce matin, arrêt église de La Ravine, un vieux monsieur avec béquilles s’y est assis, s’est relevé en gueulant « Ouaille-aïe-aïe, languette ton momon ! (sic) Ca in zaffair i baise boyo domoune, ce m…-là ! »
S’ensuivit une bordée de jurons que ma pudeur bien connue m’interdit de répéter.
On aurait pu souder ces lamelles de fer « à plat ». Mais non. Là encore, un génial abruti a jugé bon de les souder « verticalement ». Pourquoi ? Pour le plaisir d’emmerder la clientèle, je suppose.
Encore heureux quand il y a un auvent car la plupart n’ont qu’une banquette de fakir, ou un banc en béton brut… ou rien.
Si votre bus parvient à destination, dites « bravo » car ce n’est pas toujours le cas. Récemment, l’un d’eux s’est arrêté trois fois dans la montée de Terre-Sainte qui n’est pourtant pas le Tourmalet. « Pikapab-pikapab-pikapab » comme nos antiques locomotives ti-train. Avant de faire définitivement valoir ses droits à la retraite.
De ces engins antédiluviens, Alternéo nana in’ poignée, i mette su chemin tous les jours.
Finalement, la seule chose qui fonctionne, ce sont les chauffeurs. Ils continuent d’assurer avec une constance qui force l’admiration. Courtoisie, disponibilité… Mais ils ont un salaire pharamineux aussi : 1390 euros en moyenne, pour un métier à grande responsabilité et à grands risques. En métropole, il est de 1700. C’est ce qu’on appelle les outre-mer. Autrement dit les colonies.
Un de leurs boss, monsieur K… , a dit il y a peu : « Mi mette le bus su l’chemin. Après, c’est pu mon affaire ! »
Jules Bénard


