Ethique pour les générations futures, à propos des incinérateurs d’ordures ménagères

L’éthique s’articule autour de ces notions : le respect de la dignité humaine, la bienfaisance, la non malfaisance, la solidarité, la justice. La dignité humaine est ce qui fait de l’homme un personnage unique rendant sacrée son existence. La bienfaisance peut se définir comme faire le Bien au sens d’Aristote. La non-malfaisance est le principe qui veut que nos actions, quand bien même seraient-elles bonnes, ne doivent pas pour autant nuire à autrui. Le principe de solidarité s’entend comme le fait de s’identifier à l’autre et de le traiter en conséquence, de le traiter comme si soi-même est autrui (Ricoeur). La solidarité s’applique non seulement aux autres vivants mais également aux enfants qui ne sont pas encore nés (Jonas). La justice est le fait de tendre à ce que tous soient traités équitablement. Ces notions devraient guider nos choix de société : elles ne le font pas.
Les incinérateurs d’ordures ménagères (IOM) sont nés du mythe du feu purificateur. Depuis des millénaires les hommes ont enflammé pour rendre propre et pur. Cependant la science nous a appris que l’incinération transforme sans détruire, sans nettoyer, sans purifier. Aussi est-il illusoire de penser que l’incinération ne laisse aucun déchet. Au contraire. Aucun IOM n’échappe aux lois de la Physique. Ainsi qu’une gigantesque cigarette, l’IOM rejette dans l’air des milliers de composés complexes, des métaux lourds, des poussières, des particules ultrafines dont les toxicités sont reconnues. Tout aussi problématiques, les mâchefers, issus de la combustion, sont concentrés en toxiques qui pour certains sont quasiment indestructibles par la Nature et finissent à un moment ou à un autre dans les graisses animales puis s’accumulent dans les tissus de l’homme, dernier maillon de la chaîne alimentaire. Les conséquences sur la santé humaine des pollutions produites par les IOM ne sont pas encore toutes connues malgré ce qu’affirment les industriels ; en revanche celles qui le sont ne laissent pas d’inquiéter : il n’est pas neutre que le Conseil National de l’Ordre des Médecins ait demandé un moratoire sur ces équipements lors du Grenelle de l’environnement.
Outre les effets sur la santé humaine, la pollution irréversible des milieux est certaine.
Enfin l’installation d’un IOM a des effets indirects tout aussi redoutables : il doit fonctionner à plein régime systématiquement pour être rentable économiquement. La question de réduction du volume total des déchets est obérée pour deux ou trois décennies alors que le nombre d’habitants de l’île va croître de 25% d’ici là. La conséquence sera de transformer notre île en gigantesque décharge définitive. Ajoutons la pullulation des ravageurs tels les moustiques ou les rats.
Les principes de l’éthique sont ici mis à mal, puisque nous laissons derrière nous de plus en plus de déchets et que l’IOM ne résoudra rien. En conséquence la construction d’un IOM peut être déclarée non éthique. La seule solution éthique aux problèmes des déchets est la réduction du volume de déchets par habitant. Dans l’intervalle, il convient de trier au maximum les déchets afin de pouvoir réutiliser ce qui est réutilisable, recycler ce qui est recyclable. La base de l’économie circulaire.
« La Terre n’appartient pas à l’Homme, c’est l’Homme qui appartient à la Terre » (Sitting Bull).
Dr Bruno Bourgeon, vice-président de l’Espace éthique de La Réunion


