Roger Hanin à train d’enfer : Il n’y a pas que Navarro

A presque 90 balais, il se paie le luxe de disparaître non de vieillesse mais de maladie. Encore une de ces farces dont il était coutumier et qui faisaient son charme, disent ceux qui l’ont connu.
Pour les plus jeunes cinéphiles ou téléspectateurs, il est surtout le commissaire Navarro, grande gueule et grand cœur, ce qui n’était sans doute pas si loin de l’homme qu’il était réellement.
Celui que l’on surnommait "le beauf" parce qu’ayant épousé la sœur de Danièle Mitterrand jouissait, paraît-il, d’une piètre réputation à l’Elysée où il a eu ses entrées à partir de 1981. Son comportement envers le personnel n’était guère chaleureux mais ce sont des on-dit.
Après une série grand écran autour d’un espion appelé "le Tigre", qui n’a guère laissé un souvenir impérissable dans les mémoires, Roger Hanin a connu une gloire méritée avec "Le coup de sirocco" notamment. Acteur accompli, il savait aussi jouer les méchants dégueulasses avec conviction. Par exemple le salopard de tavernier qui refuse à manger à Jean Valjean (incarné par Ventura) dans une des meilleurs versions filmées des "Misérables".
Mais il a fait mille fois mieux… Il est un film, réalisé et interprété par lui, dont on parle peu, qui n’a pas remporté un succès phénoménal à sa sortie mais restera l’un des plus francs, des plus courageux, à propos du racisme. C’est en tout cas mon avis. "Train d’enfer" s’attaque au sujet épineux de la vie faite aux beurs par les fronts bas au crâne rasé. Sujet simple : dans un train de nuit, un jeune Beur est attaqué, battu puis jeté du train par des crânes rasés d’extrême droite. Sans fioritures, sans grands effets, avec une admirable justesse de ton, Hanin règle leur compte aux intolérants.
Alors, bien sûr j’ai aimé la série Navarro, une des meilleures séries policières télévisées de tous temps. Mais s’il est "un" film, un seul, que la télé doit diffuser en hommage à Roger Hanin, c’est "Train d’enfer" et aucun autre !
Jules Bénard


