Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

Joé Bédier : Conseil municipal du 22 janvier

ORIENTATIONS BUDGETAIRES DE LA VILLE DE SAINT- ANDRE CONSEIL MUNICIPAL DU JEUDI 22 JANVIER 2015 INTERVENTION DE JOE BEDIER CONSEILLER MUNICIPAL DE L’OPPOSITION ET PRESIDENT DE L’UDSA
Ecrit par zinfos974 – le vendredi 23 janvier 2015 à 11H19
2015 constitue une année charnière pour les collectivités territoriales, dans un contexte de redressement financier national qui impose une réorientation de la gouvernance et des politiques budgétaires. La situation nouvelle exige en particulier un cadrage financier adapté et précis, en termes à la fois de bilan et de projets ainsi que des programmes recentrés sur les compétences de la collectivité et les priorités de son territoire.

Le document d’orientations budgétaires qui nous est présenté ici est loin de répondre à ces impératifs. Il souffre de trois défauts majeurs : le flou en matière budgétaire, des orientations stratégiques sans projet global et des lacunes graves.

1-Le flou budgétaire
Le bilan financier présenté est sommaire et ne permet pas d’avoir une connaissance précise de la situation de la commune. Des indicateurs aussi importants que la capacité d’autofinancement, le ratio des dépenses incompressibles, notamment des dépenses de personnel, le potentiel fiscal de la commune ne sont pas précisés alors qu’ils constituent des éléments clés de l’action municipale.
Le même flou préside aux orientations présentées en matière budgétaire. Le rapport se contente de parler de maîtrise, d’objectif à terme de stagnation générale des dépenses de fonctionnement sans objectif précis par secteurs de dépenses et sans aucune hiérarchisation entre frais de fonctionnement et dépenses d’interventions au service de la population par exemple.
Les dépenses de personnel font notamment l’objet de développements portant sur la gestion qualitative, sans objectif précis d’évolution budgétaire. Sur le plan qualitatif je lis qu’il faut valoriser les compétences des agents…Mais alors monsieur le maire, ce n’est pas en les mettant au placard qu’on y arrivera ! Budgétairement le rapport s’abstient de rappeler le ratio de ces dépenses, qui a atteint aujourd’hui 70 % des dépenses réelles de fonctionnement, soit plus de 10 % au-dessus du ratio moyen national de la strate démographique, ce qui réduit considérablement nos marges de manœuvres.

Cette absence de rigueur ne manque pas d’inquiéter quand on sait l’état réel des finances communales. Notre capacité de financement est quasi nulle aujourd’hui, l’excédent brut de la section de fonctionnement couvrant à peine la dette en capital. Nos disponibilités financières propres pour l’investissement sont donc réduites à zéro, nous obligeant à avoir recours à la dette et à une recherche effrénée de subventions, solution aléatoire dans un contexte de resserrement financier général.
Nous sommes encore plus inquiets lorsque nous lisons « qu’en dépenses de fonctionnement l’effort engagé depuis le début de la mandature sera à poursuivre », alors que le premier acte budgétaire de la nouvelle municipalité a été d’augmenter les dépenses de fonctionnement de 6 %...

2-Des orientations stratégiques sans projet global
Elles occupent 31 pages sur 38, la municipalité privilégiant visiblement cette partie au détriment des orientations budgétaires 2015 dont je viens de rappeler le flou et les lacunes quant à la précision des orientations.
Certes c’est le moment pour la municipalité de présenter son programme pluriannuel pour la ville, mais à la lecture de ces longs développements force est de constater qu’on est en présence d’une succession de listes d’actions sans les lignes directrices qui donnent à un document le caractère de projet global. Il est difficile dans ces suites d’énumérations, souvent de détails, de distinguer les grandes priorités de votre projet municipal, les grands axes d’un développement que la ville attend depuis plusieurs décennies.
Et on ne trouve là encore aucun chiffrage, même indicatif, aucune projection financière qui confèrerait une assise sérieuse au programme présenté, qui reste en l’état un catalogue d’actions, des promesses de campagne électorale alors que les élections municipales sont terminées depuis longtemps. Mais il est vrai que d’autres campagnes sont déjà là…

Je voudrais malgré tout émettre quelques observations sur les différents thèmes abordés.

Commençons par votre grand projet, sans doute celui du siècle voire du millénaire pour Saint-André, le port de Bois Rouge. Au risque de me répéter, le SAR révisé en 2011 exclut expressément tout port en eau profonde en dehors du complexe portuaire actuel des communes de la Possession et du Port. Je vois mal une décision allant à l’encontre d’un tel document stratégique et juridique. Vous faites par ailleurs état de discussions qui avancent avec les autorités notamment du Grand Port Autonome, mais il n’y a que vous qui en parlez jusqu’ici, on n’a jamais entendu ces autorités s’exprimer sur le sujet…
Vous parlez d’une technopole à Saint-André. Ce n’est pas la première fois mais personne n’en sait plus sur ce projet, son état d’avancement, son implantation, son financement…La région acceptera-t-elle de la financer alors que le SAR prévoit l’implantation d’une zone - et une seule apparemment – d’activités stratégique à Saint-Benoit, promu en 2011 pôle d’activités principal par le SAR au détriment de Saint-André ?...

Le centre de préparation aux concours. Il s’agit en général de structures rattachées aux universités, qui présentent des caractéristiques particulières en termes d’organisation, de fonctionnement et de compétences. Quelles garanties l’association porteuse du centre pourra-t-elle offrir dans tous ces domaines ? Ne risque-t-on pas par ailleurs de détourner des jeunes de la structure universitaire de préparation et de diminuer ainsi leurs chances de réussite ? A-t-on enfin chiffré le coût d’investissement et de fonctionnement du centre ?
Dans les domaines culturel et sportif, l’énumération de vos projets peut impressionner mais quand on regarde de plus près il y a un manque manifeste d’ambition pour une ville de 55 000 habitants.
Je ne peux enfin m’empêcher de sourire en lisant, à propos d’actions de réussite éducative, que « la poursuite et l’intensification de notre travail de partenariat engagé depuis le début de notre mandature avec les acteurs de l’éducation sera au cœur de notre démarche ». Dois-je rappeler la délibération que vous avez fait voter pour refuser de mettre en œuvre la réforme des rythmes scolaires, le recours que vous avez introduit contre le décret ou encore les termes du rapport présenté en conseil municipal affirmant que l’éducation relève de la seule compétence régalienne de l’Etat ?...

3-Des lacunes graves
Vos orientations stratégiques font l’impasse sur des secteurs d’intervention majeurs, en matière d’aménagement du territoire, de services à la population ou dans le domaine social.
Huit lignes en tout et pour tout sur ce que vous appelez le « volet » agricole. La place et l’importance de l’agriculture dans notre commune, les incertitudes qui pèsent encore sur la filière canne-sucre et les enjeux en cause, le soutien que les acteurs de la filière attendent des élus et des collectivités, le soutien qu’une collectivité de l’importance de la nôtre peut apporter à l’écoulement des produits locaux méritaient un meilleur traitement, en tout cas une place plus importante pour nos agriculteurs dans un document stratégique.

Rien sur les transports urbains. Est-ce pour vous un secteur secondaire, négligeable ? Estimez-vous que la population de Saint-André est déjà desservie par le meilleur des réseaux de transport urbain ? Non seulement ce réseau reste à créer, alors que toutes les villes de cette importance en sont dotées, non seulement l’existant est loin de correspondre aux besoins quotidiens minimums de la population, mais aucun projet de développement territorial n’est concevable sans une place particulière faite aux transports collectifs.
Je n’ai pas vu non plus grand-chose de prévu pour l’agglomération de Cambuston, manifestement parent pauvre de vos projets pour Saint-André.

Je terminerai sur le peu de considération voire le mépris pour les jeunes qui ressort de la lecture de ce document. A peine quelques lignes au travers du centre de préparation au concours et d’un vague projet « Initiative et emploi des jeunes », sans autre précision. La priorité des priorités qui s’impose à toutes les collectivités à la Réunion c’est bien l’insertion sociale et professionnelle des jeunes. Leur situation est catastrophique et explosive. Elle exige de la part des pouvoirs publics des actions particulières et urgentes. Il est irresponsable que des orientations stratégiques d’une commune comportant des milliers de jeunes au chômage, dont une part importante est sans qualification et donc sans aucune chance d’insertion, ne comporte pas un programme spécifique et volontariste pour cette jeunesse en grande difficulté.

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :