Refus d’obtempérer, sous Artane, beurré… un récidiviste inconscient

"Un grand dadais", il n’y a pas d’autre mot pour décrire Tony M., élancé, juché de guingois à la barre, osant à peine regarder la Cour en face. Bien semblable en ceci à tous ces jeunes presque totalement inconscients de ce qu’ils font et de ce qu’ils encourent. L’archétype d’une société juvénile en déliquescence. Qui a bien l’air de se demander ce qu’il fait là.
Le 1er mai, une heure du matin, au Tampon. Les gendarmes sont en planque rue de France, comme cela leur arrive souvent. Se présente une mobylette qui "roule en crabe", ce qui soulève, on le comprend, la méfiance des gardiens de l’ordre. Signaux habituels… le conducteur refuse de s’arrêter, évite les hommes en bleu et fonce droit devant lui. Enfin… droit, si l’on peut dire car il s’emplafonne au premier carrefour venu et finit son errance dans l’herbe du fossé.
Les gendarmes ont heureusement de quoi écrire car le relevé des infractions est copieux. Bonhomme est beurré comme un coing : plus de 0,80 d’alcool par litre d’air expiré. Il transporte une bonne provision d’Artane, produit dont il avoue faire une utilisation aussi soutenue qu’abusive. Casque non homologué, ni attaché par une mentonnière au demeurant (pourquoi faire ?). Et, vavangue sur le gâteau, pas de plaque d’immatriculation.
Il ne nie rien, ne semble guère concerné mais ne manifeste aucune agressivité non plus.
"Pourquoi rouliez-vous sans plaque d’immatriculation ?" s’enquiert le procureur Saunier. "Je ne l’avais pas encore installée", rétorque naïvement notre Mike Hailwood au petit pied.
"Vous circulez bourré, tonne le procureur, et sous Artane en plus ! La justice a été généreuse malgré les cinq mentions pour vols, dégradations, etc. à votre casier judiciaire. Vous avez bénéficié de sursis et de mises à l’épreuve mais vous ne savez manifestement pas ce que cela signifie. A chaque question, c’est "je ne sais pas, je ne sais pas". Il faut arrêter !"
Me Khlifi-Ethève a mis en avant l’irresponsabilité (évidente pour chacun) de son client, mais surtout le fait qu’il est maintenant soutenu par sa famille et qu’il travaille. Se demandant pourquoi, malgré l’évidence, aucune obligation de soins n’avait jamais été imposée au jeune homme.
La Cour a en partie entendu la défense : 4 mois dont 2 avec sursis, obligation de soins et 150 euros d’amende.


