La "pensée verte" à l'épreuve du Monde

1/ "On évalue le degré de civilisation d'une société à sa façon de traiter les animaux".
Le propos, pas idiot et très clair à première vue, peut se lire -maintenant- dans deux sens, moins opposés qu'il n'y paraît. Dans la première acception de cette formule (or toujours se méfier des "formules", des vérités pré-établies), on dira qu'une société qui maltraite ses animaux ou qui est indifférente à leur souffrance est en réalité "sous-développée", "sous-civilisée". A ce compte-là, la Chine est peut-être le pays le moins civilisé du monde : cette affirmation peut sembler étrange quand on sait que la civilisation chinoise est l'une des plus anciennes et sophistiquées qui soit ! Dès lors la formule, je crois d'origine plus ou moins bouddhique, est un jugement de valeur, ce qui n'a rien d'inadmissible, mais pas une vérité universelle : il s'agit d'un point de vue.
Autre acception, a contrario : une société qui se complaît dans l'auto-flagellation permanente et dont les membres rejettent l'idée de transcendance de l'humanité sur le monde animal est une société dégénérée, en perte de repères, dont la fin est proche. Ainsi le véganisme (le fait de ne rien consommer qui provienne de près ou de loin des animaux) traduirait-il non pas un progrès de l'humanité mais au contraire un naufrage annoncé. Aucune espèce vivante n'a jamais renoncé à son régime alimentaire naturel, ni ne s'est jamais placé volontairement dans la chaîne alimentaire quand sa place naturelle a toujours été de figurer tout au sommet de cette chaîne. Aucune espèce vivante ne s'est jamais "rétrogradée", car toute espèce vivante (végétale comme animale) poursuit un but et un seul : la perpétuation de son règne. Ainsi, cette mode misanthropique et profondément contre-nature, cette affirmation du caractère intrinsèquement nuisible de l'humanité, n'est pas autre chose que le symptôme d'une société qui s'auto-détruit.
Rien de bon n'est jamais sorti de la détestation de soi, bien au contraire. Même si DES humains cupides, stupides, malhonnêtes, égotistes, se moquent du sort de leur environnement végétal, animal et même de celui de leurs congénères, généraliser de la sorte et mettre à l'index toute l'humanité participe d'une PENSÉE TOXIQUE, dangereuse, malsaine. Le biocentrisme est en réalité un positionnement nihiliste et nombre de philosophes pensent que ces théories radicales portent en elles le germe de l'eugénisme et du génocide. L'affirmation peut prêter à sourire quand on sait l'extrême marginalité de ces penseurs du chaos, mais imaginons une minute un Paul Watson à la tête d'un pays : sauf à renoncer à ses idées toxiques face à la réalité humaine et sociale, la mise en œuvre de son fameux "antispécisme" conduirait possiblement à des solutions de type "finales". Voilà en quoi l'affiliation de cette écologie ultra-radicale au nazisme n'est pas tant une outrance que cela. D'ailleurs, le seul régime politique qui ait jamais adopté des lois établissant des droits à l'endroit des animaux de type antispéciste ou assimilé (les animaux ont des droits en eux-mêmes et par eux-mêmes ce qui est intellectuellement une hérésie puisqu'incapables de les mettre en œuvre sans l'entremise des hommes) : le IIIème Reich, Hitler peut être vu comme le papa des animalistes modernes.
Seule l'humanisme -pas l'anthropocentrisme- peut nous amener à mieux traiter notre planète : "on mesure le degré de civilisation d'une société à la place qu'elle accorde aux membres qui la composent et c'est cette place qui va déterminer le sort réservé aux autres espèces vivantes." On voit mal comment des êtres humains dans la détestation d'eux-mêmes pourraient donner de l'amour et/ou de la considération aux animaux. Aime-toi, prends conscience de la place exceptionnelle qui est la tienne dans le vivant, de ta responsabilité, ainsi tu pourras accorder leur juste place aux choses et aux êtres qui t'entourent. En te plaçant non pas à l'extérieur du cercle de la vie (ce que fait le biocentrisme en réalité) mais plutôt en son sein. Certains animaux ont sans doute une conscience, une sensibilité, des sentiments, mais aucun (ou presque, s'agissant des éléphants, des grands singes ou des cétacés le doute est permis) n'a "conscience d'avoir conscience" : là est la spécificité humaine. Ce n'est pas la "capacité" à souffrir -pathocentrisme- qui fait la nature propre de l'homme mais sa capacité d'objectivation.
2/ "L'écologie est un enjeu majeur et transversal, une question de survie pour l'humanité".
Il s'agit d'une question trop importante et sensible pour la laisser à des "écologistes" dont la pensée (politique, quoiqu'ils en disent) balbutiante apparaît à l'examen de plus en plus étriquée et sans aucune dimension universelle. La pensée écologiste doit absolument s'inscrire dans d'autres ensembles de pensée, préexistants, plus vastes : elle n'est pas une nouvelle "philosophie politique" mais se doit d'être l'expression nouvelle d'une sagesse ancestrale.
Autre danger : l'affirmation du caractère "supra-politique" du biocentrisme, position défendue par exemple par Sea Shepherd, est une escroquerie intellectuelle destinée à éloigner les tenants idéologiques et politiques réels de l'écologie profonde. Autrefois assimilable à un mouvement de gauche, libertaire et de type "Flower Power", l' écologie radicale s'inscrit au contraire aujourd'hui clairement dans le sillage de l'extrême-droite et de l'autoritarisme. Également, cette nouvelle écologie via notamment le conservationnisme/préservationnisme est l'une des armes de destruction massive que vient de s'offrir le capitalisme globalisé et anonymisé : le grand Greewashing est en marche à coups de pétitions en ligne toujours plus simplistes et de journalistes à l'esprit critique de plus en plus atrophié, apeurés qu'ils sont d'être vus comme des "réactionnaires" ou des "écolosceptiques". Dire que l'on a vu dans le Monde (!!!) des copiés/collés de propagande d'ONGEs est juste... terrorisant.
Illustration de l'effet répulsif de la nouvelle doxa verte : une "pensée" qui ne procède que par injonctions et culpabilisations sera par définition incapable de séduire. La pensée catastrophiste et toujours plus monolithique, sans nuance, de l'écologie moderne est sans avenir car repoussante. Tout au plus cette pensée peut-elle produire des terroristes, des ayatollahs, des inquisiteurs, car l'absolutisme essentiel à cette écologie radicale est un danger, comme toute pensée absolutiste politique ou religieuse (intégrismes religieux, fascisme, nazisme, communisme... et maintenant biocentrisme/antispécisme, les deux mamelles de la Deep Ecology).
Exemple frappant : arrivés au pouvoir par le jeu d'alliances politiciennes, les EELV ne savent faire qu'une seule chose : proposer (voire imposer sans la moindre concertation) des taxes ! C'est l'écologie par le vide, l'écologie par la taxe : EELV est en réalité le boulet de l'écologie et fait reculer l'idée d'une écologie positive. Or l'écologie doit enthousiasmer pour s'imposer. Duflot et Placé, entre autres "grands démocrates", sont en réalité les fossoyeurs de l'écologie.
Aussi : l'écologie du "faites ce que je dis pas ce que j'ai fait (ou je fais)".
Oui les pays dits émergents comme l'Inde ou la Chine émettent de plus en plus de Co2 quand la part des pays dits "développés" (mdr) tend à décroître, depuis peu. Pour autant sommes-nous en position de demander à ces peuples de renoncer à leur développement, fût-il destructeur pour la planète ? L'injonction occidentale adressée aux pauvres est-elle audible, au-delà de sa légitimité éventuelle ? Procédons-nous de la bonne façon ?
Certainement pas et c'est la réponse que nous a faite très récemment ces pays émergents (déjà émergés en fait) : nous braquons des peuples contre nous et augmentons le choc des civilisation, le fossé entre le Nord et le Sud. La seule décroissance que nous proposons est la décroissance de l'idée de fraternité entre les peuples. En nous positionnant en "Papas/Mamans", nous jouons le jeu des nationalismes, des particularismes religieux.
Soyons des frères, plaçons-nous dans un rapport horizontal avec le Sud, plutôt.
Proposons de nouveaux modèles de développement que nous expérimenterons NOUS-MÊMES et à notre endroit, et si ces modèles s'avèrent bons, les pays dits émergents les adopteront naturellement en les adaptant à leur situation, sans qu'il soit nécessaire de formuler la moindre injonction.


