« 5 fruits et légumes ? Non merci, pas aujourd’hui ! »

Mais depuis cette semaine, je suis en train de réviser mes convictions hygiénistes.
La crise agricole s’est (provisoirement) terminée suite aux annonces du premier ministre. Outre l’annonce de quelques centaines de millions d’euros pour permettre aux agriculteurs de sortir (temporairement) la tête hors de l’eau, il a été surtout question d’une mise en pause (c’est du jargon technocratique : en français de tous les jours, ça veut dire abandon, lâchage, renoncement, capitulation, enterrement) du plan Ecophyto.
Ce plan, dont la première version avait été lancée en 2008, ambitionnait de réduire de moitié en 10 ans l’utilisation des pesticides. Autrement dit, de mettre dans mon assiette une alimentation plus saine. Depuis, quatre moutures ont vu le jour, sans que je sois assuré, consommateur lambda au bout de la chaîne de production, que ma nourriture ne va me déclencher, dans 5, 10 ou 15 ans, cancer, Parkinson, Alzheimer, troubles cognitifs, bronchopneumopathie, troubles anxiodépressifs, pathologies de la thyroïde, etc. Toutes joyeusetés médicales dont les agriculteurs sont souvent les premières victimes.
Autant dire que le moins-disant écologique de Gabriel Attal est une bombe à retardement qui n’épargnera personne.
Des solutions “gagnant-gagnant” existent qui permettraient aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail et moi de manger, sans crainte ni arrière-pensée, ce qui je mets chaque jour dans mon assiette. En voici trois :
- abandon de tout accord de libre-échange qui ne respecte pas une totale réciprocité en termes de normes sociales et environnementales. Et sur ce point, il faut que TOUS les politiques arrêtent de nous la faire à l’envers (oui, je suis un peu énervé) en faisant des mamours aux agriculteurs sur les barrages et en votant à Paris comme à Bruxelles toutes les lois qui favorisent l’agro-industrie et la distribution au détriment des producteurs ;
- revalorisation du revenu qui passe par une interdiction absolue de vendre en dessous du prix de revient ;
- développement de l’agroécologie, seule solution pour préserver la biodiversité et la ressource en eau.
Tout cela implique la remise en question d’un modèle d’agriculture et de consommation pensé pour un pays sortant tout juste de la guerre, des restrictions, des bons d’alimentation, mais inopérant, voire dangereux pour la France du XXIe siècle.
À cette condition, nous pourrons sereinement consommer cinq fruits et légumes, voire plus, à moins que l’inflation…
Mais ceci est une autre histoire, comme l’écrivait Kipling.


