40 ans de la Région : Quelle économie pour demain ?

Ce colloque, qui a réuni aussi bien des économistes, des institutionnels mais aussi des chercheurs, a permis tout d'abord de faire une rétrospective approfondie sur les grandes mutations économiques et sociales subies par l'île ces dernières décennies, notamment depuis 1983, avant d'explorer les perspectives aux défis futurs auxquels La Réunion fera face. Ce colloque a notamment pour but pour la présidente de Région, Huguette Bello, "de dire notre réalité d'aujourd'hui et tracer des perspectives pour l'avenir" :
Hai Quang Ho, économiste et maître de conférences en sciences économiques, a notamment fait un focus sur la transition du modèle économique réunionnais, passant au lendemain de la départementalisation de 1946 d'une économie de plantation à une entrée de plain-pied dans une économie de marché, et de surcroît, mondialisée. Le directeur de l'Iedom, Philippe La Cognata, est quant à lui revenu sur les évolutions structurelles, en se focalisant notamment sur l'alignement des minima sociaux avec l'Hexagone, la mise en place de la loi de défiscalisation ou les transferts publics de l'État et de l'Europe "qui ont permis de créer l'administration publique du territoire", explique-t-il. Des fonds qui ont notamment permis la construction d'infrastructures telles que la piste longue de Gillot, l'aéroport Roland-Garros, le Grand Port maritime ou d'entretenir la Route du Littoral. Un cycle qui touche aujourd'hui à sa fin, estime le patron de l'Iedom, qui parle de "fin des 30 Glorieuses réunionnaises".
"En regardant dans le rétroviseur, on voit une Réunion qui s'est énormément développée, modernisée avec de belles infrastructures, une santé et une éducation de bon niveau. Mais on voit quand même que 35% de la population vivent en-dessous du seuil de pauvreté, que 17% des Réunionnais sont encore au chômage, sans oublier que le RSA et les allocations occupent encore une place importante dans les revenus", lance tout d'abord Philippe La Cognata. Mais face à ces défis, La Réunion possède déjà toutes les cartes en main pour y faire face assure-t-il, "en s'appuyant par exemple sur son attractivité ou sur sa jeunesse bien formée". À condition bien sûr de réduire en amont les inégalités "entre une partie de la population aisée et l'autre partie déshéritée et qui vit d'expédiants sociaux".
Un point partagé par Jean-François Hoarau, professeur de sciences économiques à l'Université de La Réunion. Ce dernier estime néanmoins que La Réunion devra impérativement internationaliser son économie, en s'intégrant davantage dans son bassin géographique. Il s'explique : "On est toujours centré sur le marché français et européen alors que certains de nos produits qui sont déjà d'une bonne qualité pourraient peut-être être vendus sur d'autres marchés qui sont pour l'heure inexploités. On ne doit pas se limiter aux petites îles environnantes mais aller explorer la côte Est africaine ou le Moyen-Orient". Jean-François Hoarau plaide par ailleurs pour une économie circulaire "où les déchets des uns deviendraient des ressources pour les autres", via une meilleure synergie entre les différentes industries.
Sur ces différentes pistes d'investigation, notamment sur l'intégration régionale, Jean-François Hoarau estime qu'une évolution statutaire de La Réunion vers son autonomie ("et non l'indépendance", tient-il à préciser) est indispensable afin de jouer d'égal à égal avec les pays voisins. "Quand vous voulez rentrer dans les négociations avec les partenaires, il faut être capable à un certain moment de signer des conventions, de rentrer dans des accords commerciaux et il vous faut donc cette compétence pour discuter d'égal à égal avec les partenaires. Prenons l'exemple le problème des normes : à un certain moment, il faut savoir prendre en temps réel des décisions adaptées à votre territoire", conclut-il.


