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1,8 million d’euros joués au PMU : un chef d’entreprise accro au jeu face à la justice

Ecrit par L.C – le lundi 24 novembre 2025 à 15H18

Jean-Claude N., à la tête d’une entreprise dans le bâtiment à Saint-André, comparaît vendredi 21 novembre au tribunal de Champ-Fleuri. Accro au jeu, il est soupçonné d’avoir usé l’argent de deux entreprises pour financer son addiction aux paris PMU, pour un préjudice de 1,8 million d’euros. À la barre, quatre personnes étaient présentes : sa femme, son fils et deux buralistes.

Des faits simples, pour une longue audience, très longue. Jean-Claude N., entrepreneur saint-andréen, est soupçonné d’avoir utilisé des fonds de deux entreprises pour financer son addiction aux paris PMU, pour la coquette somme de 1,8 million d’euros.

Un abus de biens sociaux, couplé à du travail dissimulé. Sa femme était présente à ses côtés à la barre, ainsi que son fils. La justice a joint à cette audience deux buralistes, soupçonnés pour l’un d’avoir encaissé sans broncher les chèques de sociétés et l’autre de blanchiment d’argent.

Un signalement Tracfin à l’origine de la découverte

L’affaire débute en juillet 2023. Un signalement Tracfin trouve suspectes des transactions bancaires d’une entreprise de BTP située à Saint-André. Cinq chèques ont été débités sur l’année 2021-2022 à l’adresse d’une élue de Saint-Pierre. Au départ, l’organisme soupçonne des pots-de-vin pour un appel d’offres.

En enquêtant, l’histoire des pots-de-vin n’est rien d’autre qu’une rémunération pour du travail non déclaré, concernant l’époux de l’élue. Mais des débits de chèques impressionnants par leur nombre mettent la puce à l’oreille des enquêteurs. Il est révélé que, sous couvert de fausses factures usurpées de prestataires, le gérant de la boîte finançait son addiction au PMU.

Un montage financier rôdé

Jean-Claude N., le chef d’entreprise, montait de fausses factures de ses prestataires, parfois de plusieurs milliers d’euros. Grâce à des chèques de sociétés, il jouait des sommes dans deux bureaux de tabac où l’homme avait ses habitudes.

On parle ici d’une somme aberrante : 1,8 million d’euros. Ce n’est qu’un an après le signalement Tracfin que Jean-Claude N. est interpellé, en juillet 2024.

L’homme n’en est pas à son coup d’essai. Dans la décennie précédente, il a été définitivement condamné pour des faits similaires alors qu’il était employé par un bailleur social.

C’est donc pour plusieurs motifs que l’entrepreneur est jugé ce vendredi : abus de biens, blanchiment, exécution de travail dissimulé, faux et usage de faux.

L’homme se défend, se disant « malade »

À la barre, ce ne sont pas moins de cinq personnes qui sont présentées à la justice. Jean-Claude N. donc, sa femme Marie A., pour avoir été à la tête de l’entreprise alors que son mari était frappé d’une interdiction de gérance, et leur fils pour complicité et travail dissimulé. Deux buralistes, Marc Y. et Daniel V., étaient également jugés pour recel et complicité de blanchiment d’argent.

Tout au long de la matinée, la justice s’est penchée sur le principal intéressé, Jean-Claude N. Lors de ses auditions en garde à vue, il ne nie pas les faits qui lui sont reprochés. Pendant l’audience, il réitère : cette descente aux enfers est liée à sa maladie. Selon lui, son addiction au jeu le poussait sans cesse à faire du chiffre pour financer sa passion des paris.

Non sans pointe d’ironie, le président du tribunal lui a souvent fait remarquer que tout ceci n’est pas une fatalité.

Concernant le travail dissimulé, là, Jean-Claude N. évoque une faute liée à son grand cœur. Selon lui, il a pris des employés d’une entreprise récemment liquidée pour ne pas les laisser sans emploi. En attendant leur licenciement effectif, l’entrepreneur les a fait travailler sans déclaration. Or, comme le rappelle le tribunal, l’entreprise a été liquidée en 2020… Il avait tout le temps de régulariser leur situation depuis.

À son égard, le ministère public a requis une peine de prison mixte : 3 ans, dont 1 an avec sursis probatoire, une obligation de soins, d’indemniser les victimes (35 sur le rôle d’audience !) et les impôts, la confiscation d’un bien immobilier, ainsi qu’une amende de 20 000 euros.

Fils et épouse à la barre

Après le père, vient le fils. Ruben N. doit détailler à la barre son rôle joué dans le système instauré par son père. À une époque, lui aussi travaillait pour l’entreprise familiale. Il est également soupçonné de travail dissimulé. Tout comme papa donc.

Concernant la complicité d’usage de faux, le jeune homme se défend ainsi : il a tout simplement copié le modèle de facturation de son père. Selon lui, cet usage et le travail dissimulé n’étaient pas une velléité d’enrichissement. Les fausses factures émises étaient pour couvrir ces travailleurs au black. Toutefois, Ruben N. assure avoir remboursé les sommes dues à la Sécurité sociale.

Le cas de l’épouse de Jean-Claude N. est plus intéressant. Lors de son interdiction de gérance, Marie A. a, de facto, hérité de l’entreprise de BTP. Or, pendant cette période, son mari continuait à prendre dans les caisses de l’entreprise.

Son entourage proche confirme qu’elle ne s’est jamais penchée sur la gérance réelle de l’entreprise, ne s’occupant pas des affaires de son mari. Son fils et elle auraient découvert le pot aux roses en même temps que les enquêteurs… Selon elle, son seul rôle dans l’entreprise était de faire des ménages.

À l’égard de Ruben N., la procureure requiert 12 mois de prison assortis d’un sursis simple et 40 000 euros d’amende. Concernant la matriarche, une peine de 6 mois de prison avec sursis, 5 000 euros d’amende, une interdiction de gérer et la confiscation de deux véhicules, recel de l’infraction.

Le cas des deux buralistes

Enfin, les deux derniers prévenus sont buralistes, l’un à Saint-Denis, l’autre à Saint-André. Ce dernier, Daniel V., est non seulement soupçonné de recel, mais aussi de blanchiment d’argent.

Tout comme son confrère Marc Y., les deux connaissent bien Jean-Claude N. Joueur habitué de leur bureau, ils sont soupçonnés d’avoir accepté des chèques de sociétés pour que l’entrepreneur saint-andréen puisse parier allègrement.

Par une manipulation, en déposant les chèques sur un compte et en retirant l’argent, ils ont ainsi contourné la loi. Sans contester ce qui leur est reproché, les deux hommes expliquent qu’ils se faisaient une marge plus importante. Concernant leur cas, une sanction a déjà été appliquée par la police des jeux.

Deux autres personnes devant la justice

La procureure a requis à l’égard de Marc Y. une peine de 4 mois avec sursis, 2 000 euros d’amende et une saisie, à hauteur de 5 100 euros, sur son assurance-vie. L’autre buraliste, ayant en plus de cela remis de l’argent liquide à Jean-Claude N., une peine d’un an de prison avec sursis, 10 000 euros d’amende et 21 715 euros saisis de son assurance-vie.

Tout ce beau monde doit être fixé sur son sort le 19 décembre prochain.

En attendant, deux autres personnes doivent être présentées à la justice, le 12 décembre. La première, un chef d’entreprise, est soupçonnée de complicité puisque Jean-Claude N. se serait servi de son chéquier pour jouer au PMU. Son amante doit également répondre de faits de recel en comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité.

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