Revenir à la rubrique : Courrier des lecteurs

Zot la honte koz fransé ou koué ?

Ecrit par zinfos974 – le dimanche 18 janvier 2015 à 09H03

Je rencontrai récemment mon vieux pote Idriss Issa, une des meilleures "plumes" ayant fait les beaux jours du Quotidien, où nous avons effectué ensemble nos premiers pas en journalisme en 1976. Nous avons devisé longtemps sur le bord du trottoir, constatant entre autres que notre population réunionnaise semblait avoir honte de parler français. Avec mille exemples à l’appui. Cette constatation n’a fait que se conforter hier.

Ce samedi, nos chaînes de télévision ont présenté d’émouvants reportages sur les orphelins et d’autres milliers de gosses haïtiens abandonnés par leurs parents depuis le terrible drame d’il y a peu.

Interrogés au sein même de leurs orphelinats, ces jeunes de 5 à 15 ans ont répondu aux reporters dans un très bon français. Pourtant, cette république antillaise n’est plus française depuis 1804. (P.S. : Pour la petite histoire, le 2è Président de la république d’Haïti s’appelait… Jean-Pierre Boyer. Attende pas li lé mort po dire à li !)

Les Haïtiens ont pourtant leur langue, le créole haïtien. Autres exemples : les Guyanais, Guadeloupéens et Antillais, qui ne sont pas peu fiers de leur créole à eux, le sont tout autant de s’exprimer en un excellent français devant micros et caméras. Il en va de même en Nouvelle-Calédonie, à Tahiti.

Dans l’océan Indien, Rodriguais, Mauriciens, Seychellois et Malgaches n’agissent pas autrement. Interrogés en français, ils ont la courtoisie (et la fierté) de répondre de même, et de fort belle manière. Même les Vietnamiens, Laotiens et Cambodgiens les plus âgés se font un devoir de répondre en français à nos journalistes.

Pourquoi faut-il alors que La Réunion, département français, s’inscrive en faux ? Comme si les Réunionnais en avaient honte…
Depuis que des "ultras" Créoles ont mis cette pratique en usage, beaucoup se font un devoir de faire comme s’ils ne parlaient pas le français. Mais c’est une question de génération ; nos Vieux se font un plaisir de répondre en français. Quant aux jeunes… ils répondent comme ils peuvent, hélas.

Et qu’on ne me dise surtout pas (oui, on me l’a déjà jeté à la figure) que je suis anti créole ! De la trentaine de livres que j’ai écrits, seul le deuxième, "Une fois de trop", n’a pas La Réunion pour décor.

Voici 15 ans, j’ai même écrit un Petit glossaire créole publié par Azalées et récemment réédité. Précisément parce que je constatais que non seulement nos jeunes ne savent plus parler français mais, en plus… i gaingn pu koz kréol in merde ! Ils naviguent dans l’existence avec 200, 300 mots à tout casser et massacrent allègrement le peu de langage qu’ils manipulent.

Je dis et répète qu’on ne dit pas "mi lé là" mais "moin lé là". Il y a un vocabulaire, une grammaire et une syntaxe créoles qu’on ne peut démolir sous peine, alors là vraiment, de voir disparaître la langue chère à Fourcade et Jules Joron.

D’où viennent ces paradoxes, dans une île où les moyens d’enseignement existent à foison ? Laxisme des programmes ? Faible engagement des enseignants ? M’en-foutisme des élèves (et de leurs parents) ? Difficile à dire mais le constat n’en est pas moins affligeant.

Jules-Charlie Bénard

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :