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Violence virale, la légistique à l'épreuve du joystick

Ecrit par zinfos974 – le mardi 5 mai 2020 à 09H39

J'ai trouvé extrêmement touchante l'intervention d'Alain FINKIELKRAUT qui, sur le plateau d'un talk show le 16 avril, déclarait qu'il aurait pu se laisser mourir, gagné par le syndrome du glissement si les médias ne lui lançaient, de temps à autre, des invitations à discuter. En fin d'interview, il prenait, toutefois, ses distances avec "le monde d'après" en rejetant le resserrement du numérique sur nos existences : "Le monde d'avant en pire !".

Il faudra bien que nos générations - qui écrivent encore aux journaux - prennent la mesure de ces nouveaux outils. L'enquête Diplomeo, "La parole aux jeunes" menée du 11 au 17 janvier 2020 auprès de 4312 personnes âgées entre 16 et 25 ans nous en donne l'opportunité. Ainsi, les jeunes seraient 74% à utiliser Snapchat, terra incognita pour nombre d'entre-nous qui venons tout juste de prendre nos marques sur le vieillissant Facebook, réseau social le plus supprimé par les jeunes tous âges confondus (12 %) selon cette même étude. Les jeunes enquêté.e.s sont 44 % à penser qu’ils.elles ne pourraient absolument pas se passer des réseaux sociaux (FB, Twitter  Linkedin, Instagram, Pinterest, Tik Tok, etc.) la grande majorité des sondé.e.s tendant à associer ces derniers à des émotions positives: "Plus de 7 jeunes sur 10 y trouvent de l’amusement, 3 sur 10 de la joie et de la motivation, et 2 sur 10 du bonheur et du calme. Moins nombreux sont ceux qui les associent plutôt à des ressentis négatifs comme la perte de confiance en soi (17 %), la tristesse (16 %), la haine (13 %) ou encore le désespoir et l’angoisse (10 %)."

Un point important que met en exergue ce sondage et que corroborent tristement les signalements sur la toile, nos clics peuvent ouvrir des espaces insécures se dérobant sous les pas de nos jeunes:  "12 % des répondants affirment qu’ils ont déjà été victimes de cyberharcèlement sur les réseaux sociaux et 6 % pensent qu’ils ont déjà participé au cyberharcèlement d’une autre personne."
Les médias se font l'écho de ces phénomènes, plus visibles sur nos radars en cette période de confinement lorsque l'ennui a barre sur notre cerveau reptilien.  Ainsi Le Télégramme nous informe le 25 avril qu'un jeune garçon vivant dans la région de Quimperlé, harcelé, victime de "raids numériques" de la part de ses camarades de classe, a tenté récemment de se suicider. Autre phénomène particulièrement traumatisant et parfois associé au revenge porn ou slut shaming,  le développement des comptes "fisha" [se taper l'affiche en verlan] sur Snapchat et Telegram (pas le Quotidien régional, le réseau social... suivez un peu !) et qui consiste à recueillir auprès d'hommes complices des photos intimes de leur amie ou ex conjointe pour les diffuser en masse sur internet.

Bien sûr, nous nous associons à Marlène SCHIAPPA, Secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les Femmes et les Hommes pour inviter avec force nos jeunes à se désolidariser de ces pratiques abjectes. Les adultes ne sont cependant pas en reste. Le Dr Muriel SALMONA, psychiatre, Présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie, denonçait dès les premières semaines du confinement, le fait que la France, en nombre de sites et de consommateurs d'images pédocriminelles, se place à la 4ème place, après les USA, le Canada et les Pays-Bas. Je pense qu'il est grand temps, à l'exemple des parlementaires britanniques, que nos juristes et représentants.e.s qui, pour l'heure, abandonnent à des community managers la gestion de leur.s compte.s, se saisissent de cette problématique pour protéger les plus vulnérables d'entre-nous.

"Ne soyez ni obstinés dans le maintien de ce qui s'écroule, ni trop pressés dans l'établissement de ce qui semble s'annoncer." Benjamin CONSTANT

 

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