Vincent Peillon ou le laborieux exercice de la consultation démocratique

Le décret instituant la semaine de 4,5 jours est voté depuis le 26 janvier et son application future ne cesse d’être entachée de dérogations diverses. Ainsi M. Peillon, relayé ici par le recteur, prévoyait qu’au moins 50% des écoles se plieraient à cette réforme couteuse et inutile. Dans les faits, au 31 mars, date butoir, la Réunion compte une soixantaine d’écoles plus ou moins prêtes à obtempérer dès le mois d’aout ce qui représente 12% des établissements ; nous sommes donc très éloignés des 50% promis par le recteur.
Dans le décret, la journée ne doit pas excéder 5h30 d’enseignement ; or Paris maintiendra 6 heures d’enseignement deux jours par semaine. Toujours dans le décret, une commune doit appliquer le changement sur l’ensemble de ses écoles ; or, Saint Denis ne souhaite mettre en place la réforme que pour 24 écoles sur une centaine. A la Réunion, à la différence de la ville de Paris, aucune consultation véritable n’a été proposée, ni vis-à-vis des parents, ni avec la communauté enseignante. Aucun retour n’a donc pu être fait concernant le choix du mercredi ou du samedi, ni sur l’accueil des enfants le matin ou le soir, sur la situation des familles ???
La commune de Saint Benoit a organisé des réunions auxquelles 80 parents en tout et pour tout ont assisté ; sur 30 écoles cela paraît bien peu. La sollicitation des ATSEM a t- elle reçu un avis favorable de la part des parents et/ou des personnels concernés ? De plus, la commune de Saint Benoit compte beaucoup de jeunes d’enseignants, faibles barèmes obligent, qui habitent dans l’ouest et le sud ; ils font la route et devront effectuer un voyage supplémentaire par semaine. Les a-t-on consultés ?
Le maire de Saint Denis n’a rien organisé, ni consultation ni questionnaire ; décision a pourtant été prise depuis le 31 janvier de procéder à une « expérimentation », terme impropre puisque l’application doit légalement être obligatoire en 2014. Chacun se renvoie la balle : le maire, le recteur l’inspectrice, aucun d’entre eux ne voulant être celui qui a décidé. On perçoit bien leur manque de courage face à la contestation de la circonscription de Saint Denis 2. Pour autant, aucun ne se déjugera, car alors qu’en penserait le ministre ?
Les conseils municipaux n’ont pas non plus été consultés, les maires estimant qu’il n’était pas indispensable de le faire. Mais là encore l’exercice démocratique sur une question intéressant l’ensemble des habitants ne méritait certainement pas de s’exercer pleinement. La situation à la Possession semble être surréaliste: le conseil municipal s’est prononcé en faveur de la rentrée 2013 à condition que l’Etat lui octroie des contrats supplémentaires! Personne n’a été mis dans la confidence ; ni les journaux, ni les parents, ni la communauté éducative (ni l’inspecteur ?). Une réunion prévue avec les parents au dernier moment a été annulée. Toutes les écoles de la commune devront-elles appliquer la réforme dès 2013 ?
Les contempteurs habituels des enseignants seront ravis, tous ceux qui se cachent honteux sous des pseudonymes plus ou moins évocateurs trouveront que tout cela sera forcément bénéfique pour les élèves. A l’instar de M.Peillon et de M. le recteur peu importe la manière, ce qui compte c’est le nombre d’écoles qui appliqueront la réforme en 2013.
Sur le plan national, les communes les plus pauvres ont choisi d’appliquer- pour bénéficier des « primes » ; les autres, celles qui avaient financièrement le choix, ont préféré attendre 2014. Ou peut être un remaniement ministériel…..
SONIA DELRIEU (SAIPER PAS 974)


